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CRITIQUES DE CONCERTS 22 septembre 2017

Nouvelle production de Carmen de Bizet dans la mise en scène de Calixto Bieito, sous la direction de Bertrand de Billy à l’Opéra de Paris.

Une Carmen datée
© Vincent Pontet

Nouveau spectacle à l’Opéra Bastille, cette Carmen n’est pas inédite pour autant. Créée au Festival de Peralada en 1999 dans une mise en scène de Calixto Bieito, elle a depuis voyagé sur plusieurs continents… et accuse son âge. Roberto Alagna, en revanche, incarne un don José d’une jeunesse passionnée en face d’une Carmen qui n’en mérite pas tant.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 10/03/2017
Claude HELLEU
 



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  • Si je t’aime, prends garde à toi ! L’expression menaçante, la Carmen de Clémentine Margaine se présente plus impitoyable que lascive dans la célèbre Habanera qui accompagne son apparition au sortir d’une cabine téléphonique, seul élément de décor d’un plateau peuplé de soldats surexcités par les cigarières. Le Chœur de l’Opéra crée l’ambiance, tant par son jeu que par sa partition. Le climat est annoncé. Un rut omniprésent caractérisera les rapports hommes-femmes de l’opéra de Bizet. Son obscénité n’a plus rien d’original et la kalachnikov que porte on ne sait pourquoi un coureur en caleçon au début du spectacle n’en est qu’une parmi toutes celles devenues de rigueur dans moult mises en scènes contemporaines.

    Celle de Calixto Bieito annonce une époque imprécise et la zone désertique où il situe l’histoire, sauf que de désert nous n’en verrons jamais l’étendue ni le mystère, pas plus que de prison, de taverne ou de montagnes. La musique compense cette absence de décors. Dirigé par Bertrand de Billy, qui a remplacé tardivement Lionel Bringuier, l’Orchestre de l’Opéra donne à la dynamique des scènes les couleurs qui accompagnent leur diversité. Et la vitalité des interprètes suffit à les camper. Plus ou moins conformément à ce que nous annonce le metteur en scène.

    Carmen, notamment, « une femme complexe aux multiples visages », demeure fidèle à sa placidité. Aguicheuse bobonne, la voix chaude et timbrée, puissante, peu nuancée, elle revendique amour et liberté sans nous convaincre de leur priorité. Sa passion éphémère pour un certain brigadier n’est pas plus torride que pour un prestigieux torero plus tard. Le simple brigadier, en revanche, nous séduit une fois encore. Toujours aussi grand acteur que chanteur exceptionnel, Roberto Alagna, annoncé souffrant, ne s’est pas ménagé pour autant. Si quelques aigus en pâtissent au début, la montée en puissance de sa souffrance sous la torture de son désir pour celle qui ne veut plus de lui atteindra des sommets d’humanité.

    Autour de ce couple maudit, soldats et comparses de trafics illicites s’agitent. Devenue lieu de pique-nique, la taverne de Lillas Pastia voit l’arrivée poussive, klaxon à l’appui, d’une Mercedes d’où jaillissent les amis de Carmen. À moitié saoules, les pauvres Frasquita et Mercédès se trémoussent et chevauchent des mâles qu’elles finissent toujours par repousser. Vannina Santoni et Antoinette Dennefeld s’en sortent plutôt bien grâce à l’expressivité de leur jolie voix.

    Sorti de prison, Don José apparaît enfin, fidèlement attendu par Carmen et les spectateurs lassés de ces copulations. Leur rapport avec les « temps particulièrement cruels » que nous vivons et leur « violence quotidienne et contextuelle » n’est pas évident. Et Carmen se veut danseuse autour de la voiture, mais le clairon sonne, Don José va s’éloigner, arrive l’officier Zuniga, excellent François Lis. Jalousie, coups, Don José doit fuir avec Carmen et ses amis contrebandiers, le Dancaïre et le Remendado, Boris Grappe et François Rougier parfaits dans leur virilité autoritaire.

    Cinq ou six énormes véhicules Mercedes ont envahi le campement des gitans, Don José et Carmen se disputent, sur le capot d’une voiture les femmes tirent les cartes, la mort s’annonce, Clémentine Morgaine prend une nouvelle stature plus en accord avec sa projection vocale et son allure. Escamillo vient retrouver Carmen, sage et sincère Roberto Tagliavini qui nous vaut un duel des plus réussis avec Don José.

    Micaëla revient dans ce monde en marge. Aleksandra Kurzak apporte fraîcheur et pureté au rôle délicat qu’elle rend émouvant. Elle réussit à emmener Don José près de sa mère, mais il reviendra. La menace pèse. L’atmosphère se densifie. Avec la ruée de la foule derrière la corde symbolique d’une arène à l’avant du plateau, la direction d’acteur dont se prévaut Calixto Bieito se resserre. Sobre, humaine et dramatique, la tragédie empoigne la femme qui clame sa liberté et l’homme qui la tuera faute de la posséder. Un moment de vérité qu’Alagna rend poignant.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 10/03/2017
    Claude HELLEU

    Nouvelle production de Carmen de Bizet dans la mise en scène de Calixto Bieito, sous la direction de Bertrand de Billy à l’Opéra de Paris.
    Georges Bizet (1838-1875)
    Carmen, opéra en quatre actes (1875)
    Poème de Henri Meilhac et Ludovic Halévy d’après Prosper Mérimée

    Maîtrise des Hauts de Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris
    Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Bertrand de Billy
    mise en scène : Calixto Bieito
    décors : Alfons Flores
    éclairages : Alberto Rodriguez Vega
    préparation des chœurs : José Luis Basso

    Avec :
    Clémentine Margaine (Carmen), Roberto Alagna (Don José), Aleksandra Kurzak (Micaëla), Roberto Tagliavini (Escamillo), Vannina Santoni (Fasquita), Antoinette Dennefeld (Mercédès), Boris Grappe (Le Dancaïre), François Rougier (Le Remandado), François Lis (Zuniga), Jean-Luc Ballestra (Moralès), Alain Azérot (Lillas Pastia).

     



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