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CRITIQUES DE CONCERTS 20 septembre 2017

Nouvelle production de Salomé de Strauss dans une mise en scène d’Olivier Py et sous la direction de Constantin Trinks à l’Opéra national du Rhin.

Salomé éparpillée

Grosse déception à l’Opéra du Rhin pour la première Salomé de Strauss mise en scène par Olivier Py, qui multiplie les niveaux de lecture dans un spectacle confus qui vaut pour sa seule scénographie. Heureusement, la direction claire et chatoyante de Constantin Trinks contrebalance le visuel avec l’aide d’un plateau honorable.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 16/03/2017
Yannick MILLON
 



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  • C’est à Strasbourg, au cœur d’une excellente programmation, qu’Olivier Py a réservé sa première Salomé, dans laquelle il emprunte à beaucoup de ses anciens spectacles – la coiffeuse, le corps peint en rouge –, avec une tendance accrue, comme chez Robert Carsen dernièrement, au porno chic qui ne choque plus personne. Surtout, le prolifique directeur du festival d’Avignon s’éparpille ici comme rarement.

    La cour mafieuse d’Hérode tourne autour de la poule Salomé, danseuse de cabaret poursuivie par le désir du jeune homme de main Narraboth, dont le suicide laissera inconsolable un Page androgyne chevauché par tous les soldats. Au milieu de cette pègre contemporaine, Hérodiade semble sortie d’une mise en scène traditionnelle, tout comme un Iokanaan crasseux, vaguement biblique.

    La dernière image court un nouveau lièvre en affichant en lettres scintillantes le « Dieu est mort » de Nietzsche, enfonçant le clou d’une société sexuellement débridée, qui ne croit plus en rien. De là à justifier une direction d’acteurs surexcitée, cet ange rouge (en fait le bourreau Naaman) dans le plus simple appareil sauf pour la Danse des sept voiles où six beaux mâles le rejoignent autour de l’adolescente, ou d’incessantes fornications totalement gratuites…

    Pourtant, l’idée de départ d’un décor peint en feuilles successives d’un livre à contre-plis s’empilant en marches d’escalier à chaque page tournée était bonne. Mais l’effeuillement des sept décors (à défaut de voiles) déconcerte : un mur de briques noires, une improbable jungle où déambule Salomé dans un costume sioux, un paysage de montagnes enneigées, une forêt nocturne de gratte-ciels, le chœur d’une église, les flammes de l’Enfer, enfin un ciel noir constellé d’étoiles.

    Si l’on ajoute un œcuménique quintette des Juifs façon Monty Python (un cardinal, un pasteur, un pope, un rabbin et un imam), un Christ sculpté baladé aux quatre coins de la scène, qui assiste, pendu par les pieds, aux multiples partouzes, et la tête du Baptiste attachée au même filin se balançant bêtement au-dessus de la fosse, censée rappeler l’Apparition de Gustave Moreau, on est tenté de penser que Jésus lui-même n’y retrouverait pas ses apôtres.

    Reste la musique, et notamment l’orchestre, maître d’œuvre parfaitement tenu par le jeune Constantin Trinks qui, sans sensualité débordante, n’en délivre pas moins une lecture précise, raffinée, où les percussions et les bois – la flûte surtout – ont la part belle, éclipsant souvent le peu de densité des cordes. Et si les cuivres de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg sont parfois fragiles, ils n’en participent pas moins à un sentiment permanent d’irisation sonore.

    Sans être exceptionnel, notamment en termes de volume, le plateau offre quelques belles individualités. Écartons d’emblée le Iokanaan poussif d’un Robert Bork qui en dix ans a troqué son mordant contre une ligne exsangue au vibrato disqualifiant, pour retenir, outre le Premier Soldat joliment chantant de Jean-Gabriel Saint-Martin, le Narraboth viril et rayonnant de Julien Behr, l’Hérodiade plutôt pataude de Susan Maclean, qui a au moins un aigu sachant percer la masse orchestrale, et l’Hérode sans histrionisme de Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, châtié, excellent diseur, juste un peu court de projection dans les moments les plus exposés.

    Enfin, la Salomé d’Helena Juntunen, drôle de phénomène vocal, offre une évolution du personnage à rebours de la tradition, de la femme fatale à la petite fille apeurée qui, même victime d’un trou de mémoire vers la fin de son grand monologue, propose quelques instants magiques, au vibrato fiévreux, aux aigus jubilatoires, au milieu de moments où la voix peine à passer la rampe, et d’un allemand aux voyelles sujettes à caution.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 16/03/2017
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Salomé de Strauss dans une mise en scène d’Olivier Py et sous la direction de Constantin Trinks à l’Opéra national du Rhin.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Salomé, opéra en un acte (1905)
    Livret d’après la pièce d’Oscar Wilde dans la traduction allemande d’Hedwig Lachmann

    Orchestre philharmonique de Strasbourg
    direction : Constantin Trinks
    mise en scène : Olivier Py
    décors & costumes : Pierre-André Weitz
    éclairages : Bertrand Killy

    Avec :
    Helena Juntunen (Salomé), Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Hérode), Susan Maclean (Hérodiade), Robert Bork (Iokanaan), Julien Behr (Narraboth), Yael Raanan Vandor (Page d’Hérodiade), Ugo Rabec (Premier Nazaréen), Emmanuel Franco (Deuxième Nazaréen), Andreas Jaeggi (Premier Juif), Mark Van Arsdale (Deuxième Juif), Peter Kirk (Troisième Juif), Diego Godoy (Quatrième Juif), Nathanaël Tavernier (Cinquième Juif), Jean-Gabriel Saint-Martin (Premier Soldat), Sévag Tachdjian (Deuxième Soldat), Georgios Papadimitriou (Un Cappadocien), Francesca Sorteni (Une esclave).

     



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