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CRITIQUES DE CONCERTS 29 mars 2017

Version de concert de la Pucelle d’Orléans de Tchaïkovski par la troupe du Bolchoï sous la direction de Tugan Sokhiev à la Philharmonie de Paris.

La Pucelle amoureuse
© DR

Le massif opéra la Pucelle d’Orléans que Tchaïkovski créa au Mariinski en 1881 laisse perplexe. Des flots débordants de passion déversés sans répit, de la très belle musique, quelques longueurs et platitudes, mais un livret fantaisiste rendant peu crédibles les personnages. Indispensable néanmoins à une connaissance complète du compositeur.
 

Philharmonie, Paris
Le 17/03/2017
Gérard MANNONI
 



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  • Pas étonnant que cet opéra amplement développé n’ait pas trouvé grâce dans le répertoire français. Rare opéra russe sur un sujet non national, cette Jeanne d’Arc revue principalement par l’Allemagne de Schiller puis par l’imagination de Tchaïkovski, est si loin du mythe historique que l’on y croit ou pas, que l’on y adhère ou pas. Il devient alors difficile de s’intéresser aux problèmes amoureux des héros principaux.

    Pleine de contradictions, l’histoire racontée d’abord par Schiller selon un schéma qu’il aime, héroïne pur, traître (ici le papa d’Arc) et amoureux transi (le beau Lionel de Bourgogne), empêche que l’on s’y intéresse vraiment et que les personnages nous concernent. Mais pourquoi pas démythifier le mythe, dira-t-on ? Seulement, patatras, la Jeanne de Tchaïkovski finit quand même sur le bûcher, contrairement à celle de Schiller et même à celle de Verdi !

    On a du mal à s’y retrouver. Mieux vaut se gorger simplement de ces flots de musique le plus souvent somptueuse, sans se soucier beaucoup de ce qu’elle raconte. Il y a de magnifiques passages orchestraux, défendus par l’admirable Orchestre du Bolchoï aux cordes sublimes et à l’harmonie étincelante, des chœurs impressionnants confiés aux voix exceptionnelles du Chœur du Bolchoï, et un lot de beaux solistes eux aussi venus de Moscou sous la baguette énergique, très efficace, jamais à cours d’idées, d’un Tugan Sokhiev inspiré. En faut-il davantage pour que ce soit une très belle soirée d’opéra ? Sans doute pas.

    Jeanne est la très solide mezzo Anna Smirnova, d’une vaillance à toute épreuve, capable de passer tous les orchestres du monde. Le rôle est difficile, éprouvant. Crie-t-elle trop ? Parfois. Elle a surtout une voix typiquement russe, avec un éclat assez métallique, un vibrato parfois mal contrôlé, mais une vaillance permanente, une lumière superbe, un souffle inépuisable et une vraie capacité à transmettre les émotions fortes de l’héroïne. Une belle distribution de voix graves, à l’exception de Charles VII, confié à un ténor, lui donne la réplique, mais avouons que tout un chacun a du mal à résister à la tornade Smirnova, y compris le très beau baryton d’Igor Golovatenko (Lionel), même s’il parvient à survivre dans ses torrides duos d’amour avec Jeanne.

    La question reste pourquoi, juste après Eugène Onéguine, Tchaïkovski a-t-il choisi ce sujet s’il était tenté par une grande histoire d’amours malheureuses de plus et s’il voulait faire un grand opéra romantique à la Française ? Dans l’histoire de France, et peut-être surtout là, les passions fatales ne manquent pas. Même si Jeanne n’avait pas encore été canonisée à l’époque, le risque était grand de s’attaquer à l’un des rares mythes réunissant pureté, vaillance et patriotisme. Le patriotisme est certes lui aussi omniprésent et largement exprimé ici et Jeanne, prise dans ce conflit cornélien, sera jugée comme traître et sorcière et condamnée au bûcher… quand même. Pour retomber à la dernière minute dans la vérité historique ?

    Grand triomphe public très mérité pour cette soirée d’exception à tous égards.




    Philharmonie, Paris
    Le 17/03/2017
    Gérard MANNONI

    Version de concert de la Pucelle d’Orléans de Tchaïkovski par la troupe du Bolchoï sous la direction de Tugan Sokhiev à la Philharmonie de Paris.
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    La Pucelle d’Orléans (1881)
    Livret du compositeur d’après la tragédie de Schiller

    Anna Smirnova (Jeanne d’Arc)
    Oleg Dolgov (Charles VII)
    Bogdan Volkov (Raymond)
    Anna Nechaeva (Agnès Sorel)
    Andrii Goniukov (Dunois)
    Stanislas Trofimov (L’Archevêque)
    Petr Migunov (Thibaut d’Arc)
    Igor Golovatenko (Lionel de Bourgogne)
    Nikolaï Kazansky (Bertrand)
    Azdreï Kimach (le Soldat)
    Marta Danyusevich (l’Ange)
    Chœur et Orchestre du Théâtre Bolchoï de Moscou
    direction : Tugan Sokhiev

     


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