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CRITIQUES DE CONCERTS 20 septembre 2017

Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Josep Pons, avec la participation du pianiste Javier Perianes et de la mezzo-soprano Maria Toledo à la Philharmonie de Paris.

Arc-en-ciel sur l’Espagne

Où le caractère ibérique de certaines compositions du basque Maurice Ravel se colore magnifiquement sous la direction de Josep Pons, avec un Concerto en sol étonnant et complice entre Xavier Perianes et l’Orchestre de Paris. Suivi d’un éblouissant Amour sorcier de son contemporain espagnol Manuel de Falla.
 

Philharmonie, Paris
Le 15/03/2017
Claude HELLEU
 



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  • Un festival de couleurs, une diversité conjointe à l’homogénéité du programme. De l’Alborada del gracioso pour orchestre de Ravel à l’Amour sorcier de Manuel de Falla pour conclure le concert, la richesse des timbres n’a cessé de fasciner. À la direction de l’Orchestre de Paris, Josep Pons a régné sur un climat dont il a lumineusement singularisé les inspirations espagnoles.

    Orchestrée par Ravel seize ans après qu’il l’a écrite pour piano dans le cahier Miroirs, l’Alborada del gracioso revendique sa filiation ibérique. Le gracioso est en effet le bouffon de cour imaginé par Calderón ou Lope de Vega. Pauvre bouffon, face à une belle dame moqueuse. Son aubade est pourtant bien séduisante et la sensualité de son triste chant troublante. Le basson s’y donne corps et âme, au sein d’une rutilance orchestrale aux rythmes insistants.

    Cette vitalité des couleurs se perpétue au cours d’un Concerto en sol inédit. Javier Perianes l’éclaire à sa manière, et si celle-ci déroute parfois, sa séduction s’impose au fil d’une œuvre que le soliste personnalise sans jamais lui manquer. Les solistes, devrait-on dire, tant prime le dialogue entre les différents pupitres en réponse ou écho ou ajout à l’expressivité du pianiste. Harpe, clarinette, trompette, cor, flûte, hautbois, trombone, basson, premier violon se singularisent selon les moments partagés avec Perianes, attentif à cette entente.

    Lui, l’articulation précise, anime les rythmes à sa manière. Le rubato, des lenteurs, des emportements, une frénésie parfois surprennent, inattendus, mais leur originalité garde à l’Allegramente sa ligne impérieuse. Elle repose sur des traits remarquables, des trilles perlés, l’alternance de l’éloquence aux deux mains, des recherches de sonorités naturelles.

    L’atmosphère de l’Adagio assai est inédite. La mélodie déployée à la main droite occulte l’accompagnement lancinant de la main gauche et progresse vers l’épanouissement de l’orchestre. Rêverie partagée, où le piano à l’écoute de ses partenaires se veut discret. Surprenante et féérique humilité qui fait du soliste un instrument lié aux autres. La course du Presto se poursuit entre la fougue pianistique et des vents d’une volubilité pétillante.

    Avec le Tombeau de Couperin, hommage de Ravel à la musique française du XVIIIe siècle. De même orchestrée par le compositeur à partir de quatre pièces de sa Suite pour piano, l’œuvre enchaîne Prélude, tranquille, balancé, sobre et jouissif, le hautbois à nouveau d’une présence remarquable, Forlane, l’élégance souriante, les bois et cuivres audacieusement dissonants, Menuet pastoral, le hautbois revenu mélancolique, et Rigaudon chaleureux, les cuivres en fête. Des pâleurs, des éclats, la présence discrète des cordes alentour les vents à l’honneur renouvellent la magie des timbres. Qui explose dans l’Amour sorcier, ballet, de Manuel de Falla.

    Contrebasses mystérieuses, montée des cordes graves, nous sommes dans la cave des gitans, premier des treize numéros enchaînés sans interruption dans cette partition typiquement andalouse. Y intervient une mezzo-soprano, héroïne d’une histoire aux sortilèges multiples. Maria Toledo, chanteuse de flamenco reconnue, se montre assez conventionnelle au sein de la diversité qui irradie l’orchestre. Ses incantations n’ont pas la richesse expressive qui l’entoure. La voix grave, joliment rauque, se projette mal cependant que l’orchestre flamboie.

    Des couleurs profondes succèdent aux éclats, des transparences ravissent, des accélérations furieuses transportent, ciselées, irisées, les évocations s’animent, s’enthousiasment. L’inspiration habite la direction de Josep Pons. Le chef espagnol, aux mêmes racines que le compositeur, enflamme l’Orchestre de Paris. La densité rythmique rutile dans la célèbre Danse rituelle du feu. L’Amour sorcier incarne vraiment ce soir un chant gitano-andalou aux sortilèges irrésistibles.




    Philharmonie, Paris
    Le 15/03/2017
    Claude HELLEU

    Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Josep Pons, avec la participation du pianiste Javier Perianes et de la mezzo-soprano Maria Toledo à la Philharmonie de Paris.
    Maurice Ravel (1875-1937)
    Alborada del gracioso
    Concerto pour piano en sol majeur
    Javier Perianes, piano
    Le Tombeau de Couperin
    Manuel de Falla (1876-1940)
    L’Amour sorcier (version 1925)
    Maria Toledo, chant
    Orchestre de Paris
    direction : Josep Pons

     


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