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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Première à l’Opéra de Lorraine du Coq d’or de Rimski-Korsakov dans la mise en scène de Laurent Pelly, sous la direction de Rani Calderon.

Un Coq tragi-comique
© Opéra national de Lorraine

Après sa création à Bruxelles, l’Opéra de Lorraine accueille une superbe production du Coq d’or, ouvrage le plus corrosif de Rimski-Korsakov que Laurent Pelly pare de dimensions tant tragiques que comique avec maestria. La partie musicale n’est pas en reste, avec une distribution impeccable et la direction affûtée de Rani Calderon.
 

Opéra, Nancy
Le 19/03/2017
Pierre-Emmanuel LEPHAY
 



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  • Il est des opéras que certaines mises en scène ont tellement marqués de leur patte que c’est toujours un peu à reculons que l’on va en découvrir une nouvelle production. Le Coq d’or de Rimski-Korsakov est de ceux-là, hanté par la splendide production du Châtelet de 1984 (reprise en 2002) façon théâtre kabuki par Ennosuke Ichikawa. La mise en scène de Laurent Pelly n’a pourtant pas à rougir de la comparaison, bien au contraire.

    Elle excelle en effet à illustrer toutes les facettes d’un conte faussement comique qui s’avère tragique et désespérant sur la nature humaine. Initialement composé en réaction à la gestion désastreuse de la Russie par Nicolas II, l’opéra ridiculise un tsar fainéant et idiot mené par le bout du nez par une reine orientale ainsi qu’un astrologue promettant monts et merveilles. Les enfants du tsar, l’intendante, le général et même le peuple sont tout aussi incapables d’aider le tsar qui finit terrassé par le fameux coq d’or passant subitement du statut d’allié à celui d’ennemi.

    Laurent Pelly a l’intelligence de ne pas complètement rattacher l’ouvrage à son contexte russe prérévolutionnaire et vise à l’universalité avec un décor de collines couvertes de boue (qui entachent le bas des costumes de toute la cour), symbole d’un pouvoir englué. Au sommet, tel un trône, un gigantesque lit rococo domine, évoquant cette fois un pouvoir paresseux. Suite à une alliance éphémère entre le tsar et la reine de Chemakha, c’est sur un char que réapparaît le lit-trône tandis que le domaine de la reine est symbolisé par une superbe structure métallique rappelant une corne d’abondance. Si les situations irrésistiblement comiques ne manquent donc pas, les images les plus fortes viennent sans doute du peuple asservi, manipulé et incapable de réflexion, massacré comme son tsar tandis que l’astrologue ricane de manière sardonique.

    La force des situations et la splendeur des images imaginées par le metteur en scène et Barbara de Limburg (avec de superbes éclairages de Joël Adam) s’accompagnent d’une direction d’acteurs fouillée qui parachève cette forte proposition théâtrale à laquelle répond une formidable exécution musicale. Mené avec beaucoup d’entrain et de précision par Rani Calderon (qui nous gratifie entre le II et le III d’une superbe interprétation du Lac enchanté de Liadov, qui paraîtrait presque debussyste par la couleur des très beaux bois), l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy se défend dans une partition très exigeante. Manquant parfois d’un peu plus de lyrisme, la direction offre mordant et ironie, à l’image de ce génial contrebasson goguenard.

    La distribution est quant à elle impeccable. Vladimir Samsonov incarne le Tsar Dodon avec une vis comica et un engagement remarquables, voix belle et égale mais manquant de puissance, ce qui n’est pas le cas de la splendide Svetlana Moskalenko, très à l’aise en scène, matériau vocal conséquent quoiqu’un peu acidulé, ce qui convient bien à la Reine et permet d’affronter crânement de terrifiantes vocalises jusqu’à un impressionnant contre-mi.

    Tout aussi parfait se révèle Yaroslav Abaimov dans le rôle impossible de l’Astrologue, ténor-altino selon le compositeur qui le fait monter jusqu’au contre-fa émis ici d’une puissante voix mixte. Le chanteur donne un impact certain au prologue et à l’épilogue mais se montre tout aussi percutant dans sa brève apparition au III. Les rôles secondaires sont parfaits, des tsarévitchs de Roman Shulakov et Jaroslaw Kitala, au jeu très physique, au Général Polkan de Mischa Schelomianski en passant par l’Amelfa de Marina Pinchuk ou le Coq d’Inna Jeskova.

    Les chœurs maison sont une fois de plus très efficaces tant vocalement que scéniquement, d’une drôlerie irrésistible. Figurants, danseuse (pour le coq) et excellent marionnettiste (pour le perroquet du tsar) complètent avantageusement la proposition scénique qui jamais ne phagocyte une musique superbement servie. Une production magistrale tout à l’honneur de l’Opéra de Nancy.




    Opéra, Nancy
    Le 19/03/2017
    Pierre-Emmanuel LEPHAY

    Première à l’Opéra de Lorraine du Coq d’or de Rimski-Korsakov dans la mise en scène de Laurent Pelly, sous la direction de Rani Calderon.
    Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908)
    Le Coq d’or, opéra en trois actes avec prologue et épilogue (1909)
    Livret de Vladimir Bielsky d’après un conte de Pouchkine

    Chœurs de l’Opéra national de Lorraine
    Orchestre symphonique et lyrique de Nancy
    direction musicale : Rani Calderon
    mise en scène : Laurent Pelly
    décors : Barbara de Limburg
    éclairages : Joël Adam
    chorégraphie : Lionel Hoche
    préparation des chœurs : Merion Powell

    Avec :
    Vladimir Samsonov (le Tsar Dodon), Svetlana Moskalenko (la Reine de Chemakha), Yaroslav Abaimov (l’Astrologue), Roman Shulakov (tsarévitch Gvidon), Jaroslaw Kitala (tsarévitch Afron), Mischa Schelomianski (Général Polkan), Marina Pinchuk (Amelfa), Inna Jeskova (le Coq d’or).

     



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