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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Nouvelle production de la Flûte enchantée de Mozart dans une mise en scène de David Lescot et sous la direction de Christophe Rousset à l’Opéra de Dijon.

Une Flûte zéro déchet
© Gilles Abegg

À Dijon, trois ans après une Finta Giardiniera très réussie, David Lescot s’attaque au livret ô combien plus ambigu de la Flûte enchantée, transposé dans un monde où l’homme a détruit la nature. Un message écolo qui finit par caler au deuxième acte, alors que l’équipe musicale est à la fête, entre une excellente distribution et la direction équilibrée de Christophe Rousset.
 

Auditorium, Dijon
Le 23/03/2017
Yannick MILLON
 



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  • La Flûte enchantée compte parmi les ouvrages au livret regorgeant de niveaux de lecture et d’influences dès lors que l’on gratte derrière le simple conte. Depuis quelques années, les mises en scène de l’ultime opéra de Mozart lui auront fait presque tout raconter, jusqu’à cette intéressante proposition de David Lescot située dans un monde post-apocalyptique.

    Une dystopie appuyée sur une scénographie qui porterait à elle seul le spectacle, d’abord désert de terre craquelée sous lequel on devine un monde englouti guère rassurant, puis l’étage souterrain dans un centre commercial sur deux niveaux, ravagé par un cataclysme, où se terrent des croyants sectaires adorant le sorcier Sarastro.

    Pour appuyer son propos, le metteur en scène met à profit l’ouverture pour illustrer un préambule à l’action racontant l’idylle, dans le monde riant de naguère, entre la Reine de la nuit et Sarastro, couple béat que la naissance de Pamina, puis, plus étonnant, de son frère Papageno, ne sauvera pas de la rupture, le tout dans un style volontairement naïf.

    Et si malgré la transposition, David Lescot trouve maintes solutions habiles pour coller au mot à mot du livret, et que la parabole écologique est appuyée par des animaux façon créatures mutantes et une Papagena tel un oiseau empêtré jusqu’à la tête dans des sacs plastiques usagés, le propos s’étiole en cours de deuxième acte, surtout à la scène des épreuves dans un escalator.

    © Gilles Abegg

    La musique suit quant à elle une trajectoire continue, malgré la battue presque brutale de Christophe Rousset dans une ouverture expédiée où les instruments anciens sont poussés dans leurs retranchements. Une horizontalité belliciste, aux attaques confuses, qui s’évapore dès l’air du Portrait, au profit d’une vision plus nuancée, qui sait prendre son temps, évoquer la tendresse, laisser leur place aux silences, jusqu’à un Ach, ich fühl’s sans la moindre précipitation.

    Du reste, les Talens lyriques font valoir de superbes couleurs, avec leurs bois mordorés et une transparence des pupitres ne lorgnant jamais vers l’épaisseur d’une célébration parsifalienne dans les scènes du temple, un rebond très fin des cordes graves qui offrent, si l’on oublie une trompette constamment défaillante dans les Épreuves, leur lot de merveilles pour l’oreille.

    D’autant que le plateau est de premier plan, à l’exception d’un Sarastro aux registres chaotiques, au grave inexistant, et d’un trio de Knaben très faible, la voix du haut constamment inaudible. Dans le haut du panier, le Papageno de Klemens Sander, à l’émission diffuse, reste le moins mémorable, surtout face au Tamino de rêve de Julian Prégardien, apte comme peu d’autres à l’allègement en voix mixte, d’une magnifique couleur di grazia jusque dans le plus ineffable pianissimo, et qui serait parfait sans la négligence des attaques de consonnes sous la hauteur de la note.

    Il forme un couple idéal avec la Pamina de Siobhan Stagg, soprano australienne façon Genia Kühmeier en devenir, d’école allemande, avec cette lumière du haut registre, cette blondeur du timbre, ces aigus diaphanes qui sont une révélation, et proposent un joli contraste avec la Papagena piquante de Camille Poul, vibrato serré et maestria dans l’onomatopée. Aucune faille non plus chez un trio de Damen amazones à la synchronisation impeccable, aux voix bien frappées, ni chez la Reine de la nuit épatante de Jodie Devos, intense, au bon médium, aux vocalises très ancrées, en somme l’anti-colorature inoffensive. On voudrait labelliser une production « zéro déchet » qu’on ne s’y prendrait pas mieux.




    Auditorium, Dijon
    Le 23/03/2017
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de la Flûte enchantée de Mozart dans une mise en scène de David Lescot et sous la direction de Christophe Rousset à l’Opéra de Dijon.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Die Zauberflöte, opéra en deux actes KV 620 (1791)
    Livret d’Emanuel Schikaneder

    Chœur de l’Opéra de Dijon
    Les Talens lyriques
    direction : Christophe Rousset
    mise en scène : David Lescot
    décors : Alwyne de Dardel
    costumes : Mariane Delayre
    éclairages : Paul Beaureilles
    vidéo : Serge Meyer
    préparation des chœurs : Anass Ismat

    Avec :
    Jodie Devos (la Reine de la nuit), Siobhan Stagg (Pamina), Sophie Junker (Première Dame), Emilie Renard (Deuxième Dame), Eva Zaïcik (Troisième Dame), Camille Poul (Papagena), Julian Prégardien (Tamino), Dashon Burton (Sarastro), Klemens Sander (Papageno), Mark Ovmlee (Monostatos), Christian Immler (l’Orateur), Rafael Galaz (Premier Prêtre / Premier Homme en armes), Yu Chen (Deuxième Prêtre / Deuxième Homme en armes).

     



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