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CRITIQUES DE CONCERTS 27 juillet 2017

Récital de la pianiste Yuja Wang dans le cadre de Piano**** à la Philharmonie de Paris.

Stupéfiante Yuja Wang
© Esther Haase

Au-delà de toute référence, son interprétation d’œuvres parmi les plus célèbres de trois grands compositeurs du XIXe siècle en a transcendé l’expressivité. L’audace habitée de la jeune Chinoise ignore toute prudence. Si l’admiration qu’elle provoque est unanime, à l’enthousiasme de certains se mêle la réserve étonnée d’auditeurs par trop bousculés.
 

Philharmonie, Paris
Le 27/03/2017
Claude HELLEU
 



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  • Vingt-quatre préludes jamais entendus. De Chopin, un compositeur qui vécut au début du XIXe siècle et se réincarne une fois encore, fidèle à lui-même mais doté d’un tempérament dont toute la violence n’avait pas encore été découverte. Le temps – presque deux cents ans de vies antérieures sous les doigts d’interprètes multiples –, les progrès du piano, ce soir un Steinway sur lequel son propriétaire, André Furno, producteur de Piano****, veille jalousement, contribuent à l’audace qu’il révèle sous les doigts de Yuja Wang.

    Elle ose tout, la jeune Chinoise. Le plus naturellement du monde, en accord fusionnel avec l’inspiration innovante des Préludes, elle exalte sans la moindre réserve la liberté de ce Chopin outrancier. Passion saisissante du premier, Agitato. Un Lento captivant lui succède, le rythme de la main gauche participant superbement au chant de la main droite. Après les tourbillons de doubles croches d’un Vivace limpide, à nouveau les basses habitent la tristesse insondable du Largo. L’emportement du Molto allegro affronte et triomphe insolemment de tous les périls, le Lento assai est poignant…

    De majeur en mineur, selon l’ordre des vingt-quatre tons de la gamme, le romantisme des Préludes se montre ravageur et sa hardiesse s’expose dédaigneuse de toute retenue. Les prouesses de la technique fabuleuse de la pianiste, qu’il devient inutile de rappeler, la subtilité des sonorités des plus sombres aux plus légères suscitent à l’infini fureurs et grandeur aussi bien, tumultes pathétiques et rêveries bucoliques ou fiévreuses, déferlements passionnés et passionnels. Jusqu’au brasier charnel du dernier prélude qu’elle attise, assise toujours bien droite et physiquement impassible, jusqu’aux trois graves finaux splendidement martelés.

    Elle était entrée sur scène dans un long fourreau transparent. Après l’entracte, elle revient très courtement vêtue d’une robe scintillante verte et ajustée, perchée sur de très hauts talons qui ne la gêneront nullement dans son jeu de pédales au service des Variations sur un thème de Haendel de Brahms. Et quel jeu de pédales dans la création des résonnances !

    Qu’elles s’amplifient ou se dissolvent, entourent des silences, les concluent d’accords magistraux, elles portent les vingt-cinq métamorphoses du thème extrait de la Suite pour clavecin n° 1 de Haendel. Les pièces courtes, là encore, s’engendrent et se différencient au fil d’une partition riche en recherches d’écriture dont aucune n’échappe à la clarté de l’interprétation. Le dynamisme, la puissance de la frêle jeune femme stupéfient à nouveau, sans que les climats qu’elle crée étonnent autant que précédemment. C’est que la vigueur de la partition impose ses transformations.

    Encore faut-il tisser aussi nettement son réseau polyphonique, éclairer sa volubilité et ses changements d’atmosphère, mêler la fantaisie de l’inspiration à la rigueur de la construction, soutenir sa progression symphonique. Yuja Wang s’y engage corps et âme, magicienne des couleurs orchestrales qu’elle crée dans une montée triomphante et conclut d’une Fugue grandiose, son thème sobrement gravé avant que la fougue n’emporte le tutti de l’orchestre né des dix doigts.

    Sa vie trop courte, Schubert la prolonge avec ce Klavierstück n° 2 imprégné de la prescience de sa mort. Sombres visions mais espérance… Une fin de programme que Yuja Wang a voulu émouvante et qui témoigne de sa sensibilité expressive. Lui succéderont des bis irrésistibles, dont la Marche turque de Mozart dans l’arrangement délirant d’Arcadi Volodos, basses et aigus en folie, ou l’air dont Carmen voudrait envoûter son brigadier et que la pianiste danse sur son clavier à nous ensorceler.




    Philharmonie, Paris
    Le 27/03/2017
    Claude HELLEU

    Récital de la pianiste Yuja Wang dans le cadre de Piano**** à la Philharmonie de Paris.
    Frédéric Chopin (1810-1849)
    24 Préludes op. 28
    Johannes Brahms (1833-1897)
    Variations sur un thème de Haendel op. 24
    Franz Schubert (1797-1828)
    Klavierstück n° 2 D. 946
    Yuja Wang, piano

     


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