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CRITIQUES DE CONCERTS 23 aoűt 2019

Version de concert de l’Affaire Makropoulos de Janáček sous la direction de Mikko Franck Ă  l’Auditorium de la Maison de la Radio, Paris.

Symphonie tchèque

S’il avait dû annuler au dernier moment la Ville morte l’an passé, Mikko Franck est bien présent cette saison pour l’Affaire Makropoulos en version de concert à la Maison de la Radio, conduite avec une chaleur nordique tandis que la distribution unit Tchèques et Français face à la soprano américaine Laura Aikin.
 

Auditorium de la Maison de la Radio, Paris
Le 01/04/2017
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Exceptionnellement un samedi, le concert hebdomadaire du Philharmonique de Radio France a Ă©tĂ© dĂ©calĂ© cette semaine au 1er avril, par hasard Ă©galement le jour de l’anniversaire de Mikko Franck, qui fĂŞtait pour l’occasion ses 38 ans.

    Après Die Tote Stadt de Korngold l’an passĂ©, abandonnĂ© par le chef finlandais Ă  Paris mais dirigĂ© depuis Ă  Vienne, Mikko Franck s’attaque Ă  l’avant dernier opĂ©ra de Leoš Janáček, Věc Makropulos. En version de concert, le drame musical fantastique autour d’une femme possĂ©dant une formule lui permettant d’avoir vĂ©cu et attirĂ© les hommes depuis trois cents ans souffre quelque peu de ne pas ĂŞtre mis en scène, laissant alors seulement la musique porter les sensations de malaise et de sensationnel.

    Orchestralement, le Philharmonique de Radio France au grand complet libère une masse symphonique quasi impossible en fosse, puisqu’il joue ici dans une formation classique dĂ©diĂ©e Ă  une grande symphonie, avec huit contrebasses, dix violoncelles, douze altos et trente violons. Cette densitĂ© crĂ©e dès le prĂ©lude une chaleur inhabituelle Ă  l’œuvre, renforcĂ©e par la patte sonore du chef, dont la douceur semble d’abord plus amener vers les contrĂ©es nordiques de Sibelius ou Nielsen que vers l’Est de Janáček.

    Il faut attendre l’intervention des flûtes et surtout du piccolo pour retrouver une force dans l’aigu et des couleurs plus adaptées à la musique tchèque, puis que les premiers violons gagnent en nervosité, ce à quoi jamais les cordes graves ne parviendront dans cette lecture. Peuvent alors s’épanouir la suavité des phrases lyriques et la délicatesse des moments d’amours, tout particulièrement au dernier acte et lors du solo d’alto tiré du quatuor Lettres intimes. À l’inverse, le son n’est jamais assez franc ni assez cassant pour dynamiser les moments de doutes et de tensions, malgré de superbes trompettes soutenues par trois magnifiques trombones.

    Au chant, outre une belle intervention finale du chœur d’hommes, on retrouve une distribution mêlant chanteurs tchèques et français peu connus, les rôles des différents amants étant trop courts pour séduire de grands noms ; seul le rôle-titre féminin étant suffisamment important pour intéresser les sopranos dramatiques comme naguère Elisabeth Söderström, et ce soir tenu par Laura Aikin après avoir ces dernières années été développé par Angela Denoke, Ricarda Merbeth, ou encore Evelyn Herlitzius.

    Laura Aikin revient donc à un personnage qu’elle tenait en 2015 sur la scène viennoise, avec une voix posée dans des médiums sombres mais pour laquelle on regrette l’absence de clarté de l’aigu, où elle monte en force au III, sans le tenir toujours au II. Des deux autres rôles féminins, beaucoup plus courts, on retient surtout le chant joliment timbré de la jeune mezzo-soprano Chloé Briot (Krista), tandis que l’alto Marie-Hélène Gatti tient par sa voix dure une Femme de chambre crédible scéniquement, même si l’on est ici en pure version de concert avec les partitions présentes devant les chanteurs.

    Des hommes se dĂ©marquent dès sa première intervention le Vitek engagĂ© de Jan Vacik, si dynamique que mĂŞme lorsqu’il ne chante pas, il possède les mimiques qu’il dont il aurait besoin sur un plateau Ă  la dĂ©couverte du secret d’Emilia Marty. Raymond VĂ©ry en Albert Gregor convainc moins que Prus père et fils, le tĂ©nor Aleš Voráček et surtout le baryton Svatopluk Sem, droit dans la projection et chatoyant dans le mĂ©dium. Le Dr Koletany trouve Ă©galement avec Gustav Beláček un artiste idĂ©al, bien assis dans des graves plutĂ´t clairs, tandis que l’on retiendra aussi le petit rĂ´le du machiniste, excellemment tenu par la basse Sylvain Levasseur, dont la clartĂ© d’émission est impeccable.

    Au jeu des opĂ©ras tchèques dĂ©but XXe en version de concert, on aurait sans doute prĂ©fĂ©rĂ© le rare Matka d’Alois Hába ou Šárka de Janáček plutĂ´t qu’une Ĺ“uvre que l’on commence Ă  voir souvent dans les salles, car le vĂ©ritable intĂ©rĂŞt de la version de concert reste celui-ci : permettre d’entendre des Ĺ“uvres dont les chanteurs ne veulent pas apprendre les textes pour la scène.




    Auditorium de la Maison de la Radio, Paris
    Le 01/04/2017
    Vincent GUILLEMIN

    Version de concert de l’Affaire Makropoulos de Janáček sous la direction de Mikko Franck Ă  l’Auditorium de la Maison de la Radio, Paris.
    Leoš Janáček (1854-1928)
    Věc Makropulos, opĂ©ra en trois actes
    Livret du compositeur d’après la comĂ©die de Karel Čapek

    Laura Aikin (Emilia Marty / Elina Makropoulos)
    Raymond Very (Albert Gregor)
    Jan Vacik (Vitek)
    Chloé Briot (Krista)
    Svatopluk Sem (Jaroslav Prus)
    Aleš Voráček (Janek Prus)
    Jan JeĹľek (Hauk-Sendorf)
    Gustav Beláček (Dr Kolenaty)
    Sylvain Levasseur (Le machiniste)
    Marie-Hélène Gatti (La femme de chambre)

    Chœur d'hommes de Radio France
    préparation : Irène Kudela
    Orchestre philharmonique de Radio France
    direction : Mikko Franck

     


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