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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Premier concert de Kirill Petrenko à la tête des Berliner Philharmoniker depuis sa nomination à la tête de l’orchestre.

Un nouveau héros ?

Kirill Petrenko, le chef russe sous tous les projecteurs, dirige à la Philharmonie de Berlin son premier concert avec les Berliner après son élection en juin 2015 en tant que chef principal de la vénérable formation. Et éblouit dans Mozart, Adams et Tchaïkovski, tout en révélant quelques failles qui posent question au moment de démarrer une nouvelle ère.
 

Philharmonie, Berlin
Le 26/03/2017
Hermann GRAMPP
 



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  • Petrenko fut élu chef principal de l’Orchestre philharmonique de Berlin le 21 juin 2015 à la surprise générale, car six semaines plus tôt, l’orchestre avait siégé pendant toute une journée sans résultat ni même annoncer la date d’un nouveau scrutin. Et soudain, le jour de l’été, la nouvelle tombait. D’autant plus inattendue qu’à cette date, Petrenko n’avait dirigé que trois fois la formation, et qu’en décembre 2014, il avait annulé un concert après le début des répétitions.

    En ce 26 mars 2017, c’est donc la première fois que le chef de la Staatsoper de Munich revient au pupitre de la plus prestigieuse phalange allemande depuis son élection, donnant à ce concert un goût d’événement parmi les plus attendus de la saison musicale berlinoise, et une atmosphère particulièrement électrique.

    Le choix de débuter par Mozart et sa Symphonie Haffner est d’ailleurs risqué. Toutes les qualités de Petrenko sont pourtant présentes : expression intense, brio, feu, clarté analytique. L’Allegro con spirito démarre résolu, caresse les soupirs des cordes comme il laisse chanter l’éclat de la joie conquérante du thème principal. Un élégant et élégiaque Andante précède un Menuetto rythmé, parfaitement exécuté.

    Dans le Finale, le tempérament du chef russe explose, et l’orchestre éprouve un audible plaisir, mais on perçoit déjà une certaine rigidité dynamique allant de pair avec un manque de rayonnement, de gaieté légère qui sépare les bons des grands mozartiens. Comme souvent chez Petrenko, l’obsession du détail semble impacter la grande arche.

    Contrepoint introverti idéal, The Wound-Dresser, de John Adams, partition pour baryton et orchestre dont le texte est tiré d’une collection de poèmes de Walt Whitman, Drum-Taps, qui résument son expérience en tant qu’infirmier pendant la Guerre de Sécession. Les paroles touchantes et intenses sont mises en musique comme une sombre expérience de la mort dominée par le chant funèbre des cordes et l’usage récurrent de la trompette solo (merveilleux Gábor Tarkövi).

    Après I Dress a Wound, un crescendo énorme est accompagné par la trompette et les aigus stridents de la flûte pendant lequel le baryton Georg Nigl, qui possède une assise chaude et ronde, atteint ses limites et ne réussit pas à s’imposer au sein des vagues orchestrales, après lesquelles la musique descend au pianissimo de la transcendance. Pour suivre le même chemin après l’entracte, il semblait logique de clore la soirée avec la Pathétique de Tchaïkovski, partagée entre le ton optimiste de Mozart et le désir de mort d’Adams. On pouvait d’ailleurs légitimement penser que Petrenko serait à la fête dans son répertoire national, et c’est tout à fait le cas.

    Des langueurs initiales pleines de chaleur du premier mouvement à la folie moribonde du troisième, jusqu’au néant de la mort véritable à la fin de l’Adagio lamentoso, la partition est maîtrisée, parfaitement exécutée, d’une expression vive et virile inouïe, en plus d’exhumer la sonorité très profonde que Rattle n’a pas réussi à enterrer en quinze ans de mandat.

    Pourtant, on perçoit par-delà une impressionnante puissance rythmique un certain manque de flexibilité dénotant un contrôle fanatique qui ne lâche jamais la bride, jusqu’à donner l’impression de cadenasser, de corseter par trop le discours. Les larges épaules, les gestes beaux et ronds de Petrenko maîtrisent parfaitement l’orchestre, mais empêchent à certains moments la musique de respirer, la magie d’éclore.

    Le fameux public des abonnés des Berliner Philharmoniker salue pourtant son nouveau héros avec des tonnerres d’applaudissements, sans avoir pris sans doute la mesure des potentielles lignes de faille de la nouvelle ère qui s’ouvre pour cette fière et ancienne phalange orchestrale.




    Philharmonie, Berlin
    Le 26/03/2017
    Hermann GRAMPP

    Premier concert de Kirill Petrenko à la tête des Berliner Philharmoniker depuis sa nomination à la tête de l’orchestre.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Symphonie n° 35 en ré majeur, « Haffner »
    John Adams (*1947)
    The Wound-Dresser, pour baryton et orchestre
    Georg Nigl, baryton
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Symphonie n° 6 en si mineur op. 74, « Pathétique »
    Berliner Philharmoniker
    direction: Kirill Petrenko

     


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