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CRITIQUES DE CONCERTS 19 août 2017

Nouvelle production de Lohengrin de Sciarrino dans une mise en scène de Michael Sturminger et sous la direction de Peter Tilling au festival de Pâques de Salzbourg 2017.

Salzburg Pâques 2017 (3) :
La folie d’Elsa

© Matthias Creutziger

En plus de la Walkyrie, l’Osterfestspiele Salzburg 2017 programme Lohengrin, action invisible composée par Salvatore Sciarrino. Ouverte avec deux courtes pièces du compositeur et une de Monteverdi, la représentation met en valeur l’œnm . österreichisches ensemble für neue musik dirigé par Peter Tilling, ainsi que la chanteuse Sarah Maria Sun dans le rôle d’Elsa.
 

Groβe Universitätsaula, Salzburg
Le 16/04/2017
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Créé en 1983 à la Piccola Scala, l’action invisible de Salvatore Sciarrino sera la pièce moderne du Festival de Pâques de Salzburg cette année, avant Satyricon de Bruno Maderna en 2018. Elle bénéficie pour l’occasion d’interprètes de qualité et d’une mise en scène intelligente, prenant surtout le parti de la folie d’Elsa à partir du livret du poète franco-uruguayen Jules Laforgue, mort à seulement 27 ans en 1887 de tuberculose, après avoir livré au monde un génial corpus de Moralités légendaires, dont Sciarrino s’est plusieurs fois servi, notamment pour Lohengrin.

    Auparavant, les interprètes et le chef Peter Tilling, rigoureux dans la gestion du rythme et de la mise en place de son œnm . österreichisches ensemble für neue musik, ouvre la représentation avec une courte pièce de Sciarrino, Lo spazio inverso, composée à quelques années de Lohengrin, en 1985. Pour l’occasion, trois bois se sont glissés à la droite du chef parmi les cordes, et développent déjà les sonorités typiques du compositeur italien, notamment les sons piqués ou soufflés sans hauteur, repris encore plus diversifiés ensuite, avec entre autres l’utilisation du hautbois sans anche, ou à l’inverse exclusivement de l’embouchure de la flûte.

    Ce prélude musical se développe avec une pièce plus accessible de Sciarrino, Se la mia morte brami, l’une des parties des Gesualdo senza parole, puis avec un extrait du Lamento della Ninfa de Monteverdi, permettant d’utiliser quelques minutes les trois chanteurs – ténor, baryton, basse – qui ne resserviront qu’à la toute fin de Lohengrin. Ce développement et le lien avec la musique de Monteverdi n’était pas nécessaire pour l’auditeur aguerri, mais permet une préparation auditive intéressante pour l’amateur, expliquant sans doute en partie la très bonne réception du public de la salle de l’Université et les applaudissements plus que chaleureux à la fin de la représentation.

    Enchaîné directement, Lohengrin transfère le regard de l’audience jusque là sur l’orchestre vers la scène, et vers son rideau noir ouvrant sur une chambre de béton, avec seulement une grande baie vitrée donnant sur la mer au fond, sans que l’on puisse deviner vraiment si l’image est réelle, ou si elle n’est qu’une fausse représentation de la liberté. Une salle de bain et son miroir cassé ne rassurent pas non plus, et rapidement la folie d’Elsa et son enfermement tant mental que physique apparaissent au grand jour.

    La mise en scène de Michael Sturminger développe alors les thèmes de l’instabilité et de l’isolement, ceux d’une femme rêvant d’un mari invisible, un Lohengrin qui n’apparaîtra jamais, sauf quand elle le fait parler, et met pour l’occasion un bonnet sur sa tête en prenant une voix grave, à l’image de James McAvoy dans le récent film Split traitant du dédoublement de personnalité. La chambre apparaît alors comme le bunker du film Room, prison pour la femme mais seul espace réel de vie sur terre pour un enfant qui ici ne se dévoilera qu’à la scène finale à côté de sa mère, tandis que l’on retiendra l’image particulièrement forte dans laquelle Elsa sert fort un oreiller qu’elle fait ensuite exploser, créant un magnifique vol de plumes impliquant la disparition définitive du mari d’abord adulé et maintenant honni.

    La prestation de Sarah Maria Sun dans le seul rôle soliste parlé et chanté de l’opéra trouve une justesse tant physique que vocale, sa voix amplifiée ou retravaillée à l’occasion amplifiant tant ses crises que son dénuement, particulièrement marquant au début de la dernière scène, lorsque la femme perdue n’arrive plus à sortir que des bulles pour seuls sons, avant de retrouver une dernière fois la parole pour s’abandonner dans la beauté des cloches du dimanche, un dimanche de Pâques à Salzbourg.




    Groβe Universitätsaula, Salzburg
    Le 16/04/2017
    Vincent GUILLEMIN

    Nouvelle production de Lohengrin de Sciarrino dans une mise en scène de Michael Sturminger et sous la direction de Peter Tilling au festival de Pâques de Salzbourg 2017.
    Salvatore Sciarinno (*1947)
    Lohengrin, action invisible pour solistes, instruments et voix
    Texte du compositeur d’après Jules Laforgue
    Lo spazio inverso
    Se la mia morte brami (Gesualdo senza parole n° 3)
    Claudio Monteverdi (1567-1643)
    Lamento della Ninfa (Madrigali guerrieri et amorosi)
    œnm . österreichisches ensemble für neue musik
    direction : Peter Tilling
    mise en scène : Michael Sturminger
    décors & costumes : Renate Martin, Andreas Donhauser
    Avec : Sarah Maria Sun (Elsa), Shan Huang (ténor), Rupert Grössinger (baryton), Alexander Voronov (basse).

     


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