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CRITIQUES DE CONCERTS 22 octobre 2018

Nouvelles productions de Der Diktator, Schwergewicht oder die ehre der Nation et Das Geheime Königreich de Křenek dans une mise en scène de David Hermann et sous la direction de Lothar Zagrosek à l’Opéra de Francfort.

Trois opéras sous tension
© Oper Frankfurt

Créés non loin à Wiesbaden en 1928, les trois courts opéras de Křenek retrouvent une scène du Land de Hesse cette saison avec une nouvelle production attendue à l’Oper Frankfurt, notamment pour la mise en scène de l’intrigant David Hermann et pour la direction du spécialiste Lothar Zagrosek, à la tête de chanteurs en difficulté dans l’aigu.
 

Oper, Frankfurt
Le 07/05/2017
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Présage risqué que d’assister au Dictateur, au Poids lourd ou l’honneur de la nation et au Royaume secret un soir d’élection présidentielle. Pourtant, la prophétie n’aura pas eu lieu et sur scène à l’Oper Frankfurt, tout ou presque aura bien fonctionné. Composés juste après Jonny spielt auf à partir de 1926 pour être créés deux années plus tard, les trois opéras précités ont presque toujours été rejoués ensemble depuis, enregistrés tels quels par Marek Janowski, et donnés ce soir à nouveau groupés, bien que dans le désordre par rapport à leur numéro d’opus.

    Der Diktator ne s’inspire pas encore de Hitler, protagoniste du film éponyme de Chaplin à l’origine de l’exil de Křenek en 1938, mais de Mussolini. Il raconte en trente minutes comment un homme peut tromper sa femme et en mourir. Dans un décor de bunker, David Hermann et sa costumière Katharina Tasch appliquent à tous les personnages un style décalé autant qu’empreint d’onirisme et de second degré, comme si tout cela ne pouvait être vrai. Le dictateur de Davide Damiani a pour lui la nervosité du geste et la violence vocale, parfois un peu limité dans l’aigu, tout comme sa femme Charlotte, campée par Juanita Lascarro, dont les notes liées même dans les longues variations de hauteur ne masquent pas une tension du haut registre.

    Vincent Wolfsteiner est lui aussi tendu, mais cela convient mieux à son personnage de mari aveugle, trompé par sa femme d’une sensualité en scène toujours aussi attractive en la personne de Sara Jakubiak, déjà remarquée in loco en Marietta de la Ville morte. Sa prononciation s’est améliorée et le timbre séduit toujours, même dans les cris lorsqu’elle tente d’assassiner son amant avant de mourir elle-même sous les coups de feu de sa rivale.

    Le second opéra (plutôt une opérette), est un Pagliacci d’une vingtaine de minutes, là encore une histoire de tromperie pour laquelle Hermann joue totalement le côté burlesque, rideau de scène rouge en fond et policiers au-devant de la scène. Le dictateur a traversé le premier opéra et se retrouve assis face à une danse aguicheuse d’Anna Maria, tenue par une Nina Tarandek elle aussi sous tension, tout comme Barbara Zechmeister dans le rôle d’Evelyn. Le baryton Michael Porter apporte plus de souplesse à sa gestuelle de professeur, ici de sport et non de danse, comme à sa chaude vocalité.

    © Oper Frankfurt

    Troisième et dernier ouvrage, le Royaume secret dure à lui seul autant que les deux précédents et tente de raconter en moins d’une heure l’intérêt des femmes pour l’anneau, ici symbolisé par la couronne du roi. Le plateau est d’abord divisé en deux, avec salon en haut et lits dans une sorte de cave au-dessous où l’on retrouve encore une fois Davide Damiani, cette fois Roi, dont la voix s’est épanouie par rapport au début de la soirée.

    À la seconde scène, le monarque se cherche une fin tranquille dans la forêt pour servir la nature, accompagné d’un fou, personnage récurrent à cette époque, déjà utilisé par Křenek dans son Orpheus und Eurydike ou au même moment par Berg dans Wozzeck. Celui-ci est campé par Sebastian Geyer, luttant à son tour avec l’aigu, tout comme le rebelle de Peter Marsh. L’oreille se reportera alors sur les trois agréables chanteuses ainsi que sur la reine d’Ambur Braid, dont la puissance permet d’atteindre sans faillir les notes élevées de sa partition.

    En fosse, l’Oper Frankfurt a fait appel à un chef idéal et évident pour développer la musique d’un compositeur né la même année que Kurt Weill, dont l’écriture musicale trouve des similitudes tout particulièrement dans l’opérette, en plus de faire penser évidemment aussi à Berg par les lignes de tension, même si celles-ci sont toujours tonales, et également à Korngold et Schreker.

    Lothar Zagrosek s’attèle alors à la partition d’un artiste dont il a enregistré plusieurs pages lyriques et symphoniques dans la collection Entartete Musik de Decca. Sous sa baguette, tout est parfaitement clair et en place, permettant au son d’osciller à loisirs entre lyrisme, grotesque et sérieux, sans jamais laisser non plus la liberté à l’auditeur de croire que tout finira bien.




    Oper, Frankfurt
    Le 07/05/2017
    Vincent GUILLEMIN

    Nouvelles productions de Der Diktator, Schwergewicht oder die ehre der Nation et Das Geheime Königreich de Křenek dans une mise en scène de David Hermann et sous la direction de Lothar Zagrosek à l’Opéra de Francfort.
    Ernst Křenek (1900-1991)
    Der Diktator, opéra en un acte op. 49
    Schwergewicht oder die ehre der Nation, opérette burlesque en un acte op. 55
    Das Geheime Königreich, conte-opéra en un acte op. 50
    Livrets du compositeur

    Chor der Oper Frankfurt
    Frankfurter Opern- und Museumorchester
    direction : Lothar Zagrosek
    mise en scène : David Hermann
    décors : Jo Schramm
    costumes : Katharina Tasch
    éclairages : Olaf Winter
    préparation des chœurs : Markus Ehmann

    Avec :
    Davide Damiani (Der Diktator/Der König), Juanita Lascarro (Charlotte, sa femme), Vincent Wolfsteiner (Der Offizier), Sara Jakubiak (Maria, sa femme), Simon Bailey (Adam Ochsenschwanz), Barbara Zechmeister (Evelyn, sa femme), Michael Porter (Gaston, ein Tanzmeister/Ein Wächter), Ludwig Mittelhammer (Professor Himmelhuber), Nina Tarandek (Anna Maria Himmelhuber), Michael McCown (Journalist/Regierungsrat/Erster Revolutionär), Ambur Braid (Der Königin), Sebastian Geyer (Der Narr), Peter Marsh (Der Rebell), Alison King, Julia Dawson, Judita Nagyová (Drei singende Damen).

     



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