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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2017

Nouvelle production de Pelléas et Mélisande de Debussy dans une mise en scène d’Éric Ruf et sous la direction de Louis Langrée au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Pelléas au noir
© Vincent Pontet

Dans le mythique Théâtre des Champs-Élysées qui lui a offert certaines de ses plus belles interprétations, Pelléas et Mélisande revient à l’affiche dans la conception noire et étouffante d’Éric Ruf, partagée par la lecture orchestrale très sombre de Louis Langrée et par un plateau explorant les zones d’ombre d’une partition plus ambiguë que jamais.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 11/05/2017
Yannick MILLON
 



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  • Le TCE en a vu passer, des grandes interprétations de Pelléas, presque autant attaché à l’histoire de la salle de l’Avenue Montaigne qu’à l’Opéra Comique où il fut créé, et souvent d’ailleurs aux côtés de l’Orchestre national de France, qui en des temps lointains donnait l’œuvre chaque année avec l’immense debussyste Désiré-Émile Inghelbrecht.

    Ce soir, avec des tempi souvent retenus et des silences étirés, points d’interrogation béants, Louis Langrée réserve la plénitude, la bouffée passionnelle et le pur lyrisme à quelques rares moments-clés, jouant des zones d’ombre de l’ouvrage en imposant une atmosphère presque aussi inquiétante que pour l’Ariane et Barbe-Bleue de Dukas, connu pour sa parenté maeterlinckienne.

    Rarement avait-on entendu interprétation aussi française par la couleur – les merveilleux bois du National, les cloches de la scène finale – et sombre par la sonorité globale, mettant en exergue tenues dans les graves, sonorités de cuivres bouchés instillant tout le malaise, l’humidité mortifère rongeant le royaume d’Allemonde. Un sentiment de lente agonie, de dépérissement traverse la représentation avec une noirceur sourde, ponctuée au IV de saillies dramatiques. Du grand art.

    Depuis Lyon il y a treize ans, la Mélisande de Patricia Petibon s’est densifiée, d’une matière tout sauf évanescente, et radicalisée, sur un contrôle absolu du vibrato, qui traverse le dernier acte avec des sons blancs un rien systématiques. Ni baryton Martin à la Maurane, ni baryton sombre à la Degout, Jean-Sébastien Bou n’en campe pas moins un Pelléas crédible, forcé à passer son la aigu en fausset mais d’une qualité littéraire, d’une élégance de la diction comme de la fluidité du débit remarquables, en plus d’une présence très jeune donnant au personnage toute son innocence.

    © Vincent Pontet

    Voix de contrebasse ne cherchant jamais à écraser sa projection, et même à l’occasion d’une remarquable clarté de voyelles, Jean Teitgen est un Arkel très noble auquel ne manque qu’un soupçon de legato pour s’affirmer l’égal des plus grands, aux côtés de la Geneviève magnétique de Sylvie Brunet-Grupposo, toujours aussi contestable d’élocution mais aux pianissimi qui donnent le frisson.

    Acidulée et d’une vraie corporalité de jeune garçon, Jennifer Courcier est un excellent Yniold, face au seul non francophone du plateau, le Golaud de Kyle Ketelsen, aux moments inégaux mais qui parvient souvent à faire oublier que le français n’est pas sa langue maternelle avec une belle matière sombre et une présence juvénile le plaçant à égalité dans la séduction avec son demi-frère.

    Si ce nouveau Pelléas emporte autant l’adhésion, c’est aussi grâce à son univers visuel en phase avec les teintes orchestrales, fruit de la mise en scène très sombre du directeur de la Comédie-Française Éric Ruf, qui signe également un décor niant tout élément végétal au profit d’un univers portuaire où la lumière peine à pénétrer, avec cet intérieur de silo abandonné, ce filet de pêche aux allures de vaisseau fantôme dégouttant longtemps son rideau de pluie, et ces touches sporadiques dorées à la Klimt éclairant l’univers de Mélisande, dans les costumes magnifiques de Christian Lacroix.

    Imperturbable, la direction d’acteurs confie un rôle symbolique accru aux trois servantes, ne butant à la scène de la tour que sur l’image de la chevelure, qui, conforme à la rousseur et à la frisure de Patricia Petibon, prend ici d’étranges airs de descente de lit, seule fausse note d’un spectacle prenant, sans fioritures, au silence de catacombe, à la densité très forte.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 11/05/2017
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Pelléas et Mélisande de Debussy dans une mise en scène d’Éric Ruf et sous la direction de Louis Langrée au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Claude Debussy (1862-1918)
    Pelléas et Mélisande, drame lyrique en cinq actes et douze tableaux (1902)
    Poème de Maurice Maeterlinck

    Coproduction avec l’Opéra de Dijon, le Théâtre du Capitole de Toulouse et le Stadttheater Klagenfurt

    Chœur de Radio France
    Orchestre national de France
    direction : Louis Langrée
    mise en scène & décors : Éric Ruf
    costumes : Christian Lacroix
    éclairages : Bertrand Couderc
    préparation des chœurs : Marc Korovitch

    Avec :
    Jean-Sébastien Bou (Pelléas), Patricia Petibon (Mélisande), Kyle Ketelsen (Golaud), Jean Teitgen (Arkel), Sylvie Brunet-Grupposo (Geneviève), Jennifer Courcier (Yniold), Arnaud Richard (un Berger / le Médecin).

     



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