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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2017

Reprise d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski dans la mise en scène de Willy Decker, sous la direction d’Edward Gardner à l’Opéra de Paris.

Tatiana Grémine
© Guergana Damianova

On serait tenté de changer le titre de cet opéra tant Anna Netrebko écrase tout le monde scéniquement et vocalement dans cette reprise de la belle production Willy Decker. Voix somptueuse, stature imposante, art du chant parfait, mais où est la timide jeune provinciale transformée ensuite en raffinée princesse reine de la cour ?
 

Opéra Bastille, Paris
Le 16/05/2017
Gérard MANNONI
 



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  • Sans doute l’opéra le plus populaire de Tchaïkovski, et à juste titre, Eugène Onéguine a connu en France des fortunes diverses. Créé en 1879 au Théâtre Maly de Moscou, c’est à Nice, en 1895, qu’il a pour la première fois les honneurs d’une scène française. À Paris, il faudra attendre 1955 pour qu’une version en français soit affichée salle Favart.

    Presque trente ans plus tard, en 1982, c’est enfin en russe qu’Onéguine revient, cette fois à Garnier, sous la baguette de Rostropovitch et avec l’inégalable Galina Vichnevskaïa en Tatiana. En 2008, Gerard Mortier ouvre la saison avec la grotesque production du Bolchoï à la sauce Tcherniakov alors que l’Opéra possède depuis 1995 la très belle production poétique et dépouillée de Willy Decker reprise aujourd’hui pour la énième fois.

    Simple, sans aucune surcharge décorative ni anecdotique, mettant juste l’essentiel en relief, parvenant à changer de climat à chaque tableau avec un minimum d’accessoires et juste quelques éclairages, le mise en scène s’appuie sur une direction d’acteurs précise, classique, avec juste quelques choix marqués, celui de la demi-ivresse d’Olga au cours du bal fatal et la manière dont les deux protagonistes semblent, hélas à contre-temps, sur le point d’ouvrir les bras à l’autre plutôt que de le tuer au moment du duel.

    Tout repose donc sur les chanteurs. Personne n’a oublié l‘admirable Tatiana de Guriakova en 2003, sans doute la meilleure interprète du rôle depuis Vichnevskaïa. Cette fois, c’est Anna Netrebko la star de la distribution et elle ne se ménage pas pour être à la hauteur de l’attente du public. La voix est certes somptueuse, sans défauts et l’engagement scénique de la cantatrice absolu… presque trop. Même si l’on sait qu’une Rysanek, avec sa voix immense, incarna jadis avec succès cette même héroïne, Netrebko, avec toutes ses qualités vocales et théâtrales, n’est jamais le personnage de Tatiana.

    Elle a trop de santé, même si les jeunes filles russes du XIXe siècle n’en manquaient pas, et pas assez d’intériorité. On ne croit pas un instant qu’elle s’occupe à rêver pour ne pas s’ennuyer dans cette campagne perdue, elle est plus matrone que vierge frappée du coup de foudre vécu par tant d’héroïnes russes de cette époque, victimes de la monotonie de ces mois à la campagne et affolées par le premier mâle de passage.

    Autour d’une présence aussi envahissante, les autres on bien du mal à s’imposer. Si l’on retrouve avec joie et émotion Hanna Schwarz (Filipievna) et Elena Zaremba (Madame Larina), Varduhi Abrahamyan n’est guère convaincante en Olga et ne parvient pas à définir son personnage. De même, le Lenski de Pavel Černoch est bien falot. Il manque de conviction, d’emportement romantique et fait plus petit coq en colère qu’amoureux éperdu atteint au plus profond de lui-même. En 2003, Piotr Beczala avait une autre dimension vocale et scénique. Belle voix grave d’Alexander Tsymbalyuk en Grémine, mais sans plus.

    Reste l’Onéguine de Petter Mattei, chantant dans un russe absolument parfait, mais, curieusement pour un chanteur-acteur aussi théâtral d’habitude, peinant à composer un personnage à deux visages, manquant de détachement et même de morgue au début, de vraie passion à la fin. Il chante bien, il est expressif, mais que lui manque-t-il donc pour vraiment convaincre ? Davantage de « slavitude » ? Plus de sincérité et moins de savoir-faire ? Difficile à dire, mais il manque quelque chose… peut-être le tempérament par nature romantique et la voix de Hvorostovski ?

    Les chœurs sont magnifiques comme toujours et le chef Edward Gardner tire de l’Orchestre de l’Opéra une richesse sonore grisante et des couleurs incroyables. De la passion aussi, en fait le seul, avec Netrebko, même avec ses excès, à avoir vraiment l’élan de cette folie émotionnelle destructrice des héros du romantisme russe.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 16/05/2017
    Gérard MANNONI

    Reprise d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski dans la mise en scène de Willy Decker, sous la direction d’Edward Gardner à l’Opéra de Paris.
    Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Eugène Onéguine, scènes lyriques en trois actes et sept tableaux (1879)
    Livret de Tchaïkovski et Constantin Chilovski d’après Pouchkine

    Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Edward Gardner
    mise en scvène : Willy Decker
    décors et costumes : Wolfgang Gussmann
    éclairages : Hans Toelstede
    chorégraphie : Athol Farmer
    préparation des chœurs : José Luis Basso

    Avec :
    Anna Netrebko (Tatiana), Elena Zaremba (Madame Larina), Varduhi Abrahamyan (Olga), Hanna Schwarz (Filipievna), Peter Mattei (Eugène Onéguine), Pavel Černoch (Lenski), Alexander Tsymbalyuk (le Prince Grémine), Raúl Giménez (Monsieur Triquet), Vadim Artamonov (Zaretski), Olivier Ayault (le Lieutenant), Gregorz Staskiewicz (Solo ténor).

     



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