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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2017

Nouvelle production de l’Ange de feu de Prokofiev dans une mise en scène de Calixto Bieito et sous la direction de Gianandrea Noseda à l'Opéra de Zurich.

Ange maudit

Sur les rives du lac de Zurich, Calixto Bieito trouve dans cet Ange de feu de Prokofiev un sujet qui épouse étroitement son théâtre d'une brutalité toute charnelle. Ausrine Stundyte promène son personnage de Renata entre fantasmes et réalité – interprétation magistrale que transcende la lecture au vitriol de Gianandrea Noseda.
 

Opernhaus, Zürich
Le 14/05/2017
David VERDIER
 



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  • On avait quitté Ausrine Stundyte, héroïne de l’Ange de feu imaginé par Benedict Andrew à Lyon en octobre dernier ; on la retrouve à Zurich dans une mise en scène étourdissante signée Calixto Bieito. Le roman de Valéri Brioussov souligne explicitement la frontière ténue entre possession (imaginaire ou fantasmatique) et dépossession (aux conséquences bien réelles). Bieito s'empare de cette thématique pour imposer un spectacle très fort, dans la lignée de ses Soldats de Zimmermann qui avaient bouleversé le public zurichois en 2013.

    Chez lui, impossible de parler mise en scène sans évoquer le décor, au centre du dispositif délirant en forme de digression théâtrale autour du thème de la perte de soi et du basculement dans la folie. Un assemblage insolite d'espaces empilés ou agglomérés les uns aux autres sépare en autant de lieux et de saynètes possibles une improbable galerie de personnages masculins dans lesquels il est loisible de voir des déclinaisons de la figure paternelle.

    Cette fragmentation présente l'avantage de mettre en regard des scènes qui jouent par anticipation ou flashback – la chambre qu'on imagine être celle de Renata enfant, l'avortement dans le cabinet du gynécologue, le fumoir avec les hommes-prédateurs. Comme l'immeuble imaginé par Georges Pérec dans la Vie mode d'emploi, la question des déplacements obéit à un mode aux contours faussement aléatoires. À l’approche de l’aboutissement de l'action, le décor s'ouvre et libère au centre un espace scénique sur lequel se déroule la conclusion tragique.

    Le personnage de Renata s'inspire ici du terrifiant fait divers de la possession démoniaque d'Anneliese Michel. Moins littérale qu'il n'y paraît, la question de l'exorcisme n'apparaît qu'en arrière-plan dans la mise en scène de Bieito. L'accent est mis ici sur l'incommunicabilité entre elle et Ruprecht ou encore le dérèglement d'une société peuplée de prédateurs – renforcée par la présence des dogues qui accompagnent Méphistophélès et Faust dans la scène de l'auberge.

    Moins spectaculaire que dans la vision de Benedict Andrew, le bûcher final reprend une image qui sert de fil rouge : la bicyclette de Renata, objet-symbole d'une liberté à travers lequel on devine l'adolescente heureuse (les vidéos au tout début du spectacle la montrent telle quelle). Rien n'est explicitement dit sur l'accident de vie qui brise son destin et la montre dès le lever de rideau comme hypnotisée par les rayons de cette roue qu'elle fait tourner. Tandis que la bicyclette prend feu en un modeste embrasement, un chœur de nonnes se consume littéralement en gestes et postures hystériques.

    Le plateau est dominé une fois de plus par la performance de tout premier plan d'Ausrine Stundyte, captivante Renata de bout en bout, tant sur le plan du jeu d'actrice que dans la parfaite maîtrise de son chant. Les changements de registres telluriques sont dominés sans forcer le trait, ni même sans que l'on perçoive la moindre fatigue dans la ligne générale.

    Le Ruprecht de Leigh Melrose ne révèle pas immédiatement les ressources de son personnage. Déchiré par la montée en tension dès lors que Renata refuse de répondre à son amour, la voix se pare d'un relief remarquable, capable de rendre les moindres détails du personnage. L'Agrippa von Nettesheim-Méphistophélès de Dmitry Golovnin est rutilant d'aigu autant que de perversion larvée. Pavel Daniluk signe un Inquisiteur à la couleur sombre et inquiétante, tandis que la voyante d’Agniezska Rehlis impose sa voix de contralto grave et abyssale.

    Gianandrea Noseda livre une vision sans détour du drame de Prokofiev. Dessinant au scalpel des contrastes très vifs entre cordes et cuivres, il donne à l'action une impulsion redoutable et imposante. Les voix ne sont jamais couvertes et semblent au contraire invitées à un violent corps-à-corps dans une dimension scénique parfaitement appropriée.




    Opernhaus, Zürich
    Le 14/05/2017
    David VERDIER

    Nouvelle production de l’Ange de feu de Prokofiev dans une mise en scène de Calixto Bieito et sous la direction de Gianandrea Noseda à l'Opéra de Zurich.
    Sergei Prokofiev (1891-1953)
    L’Ange de feu, opéra en cinq actes op. 37 (1927)
    Livret du compositeur d’après le roman de Valery Brioussov
    Chœurs de l'Opéra de Zürich
    Philharmonia Zürich
    direction : Gianandrea Noseda
    mise en scène : Calixto Bieito
    décors : Rebecca Ringst
    costumes : Ingo Krügler
    éclairages : Franck Evin
    préparation des chœurs : Jürg Hämmerli

    Avec :
    Leigh Melrose (Ruprecht), Ausrine Stundyte (Renata), Liliana Nikiteanu (l’Hôtesse), Agnieska Rehlis (la Voyante / la Mère supérieure), Iain Milne (Jakob Glock, le Médecin), Dmitri Golovnin (Agrippa von Nettesheim / Méphistophélès), Stanislav Vorobyov (Faust), Andrzej Filonczyk (Mathias Weissman / l’Aubergiste), Pavel Daniluk (Inquisiteur / Heinrich), Ernst Alisch (Comte Heinrich / le Père).

     



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