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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Concert du London Symphony Orchestra sous la direction de Bernard Haitink, avec la participation de la pianiste Mitsuko Uchida à la Philharmonie de Paris.

Une heure mystique

Après un Troisième Concerto de Beethoven d’une rare fadeur sous le jeu de Mitsuko Uchida, Bernard Haitink a conduit le London Symphony Orchestra sur les hauteurs de la Neuvième de Bruckner. L’intensité de leur interprétation de l’œuvre monumentale et inachevée du compositeur a fait oublier la banalité du moment précédent.
 

Philharmonie, Paris
Le 30/05/2017
Claude HELLEU
 



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  • Ampleur, grandeur et profondeur. Sous la direction de Bernard Haitink, le magnifique London Symphony Orchestra a transcendé la spiritualité de la Neuvième Symphonie de Bruckner. Point n’était besoin de connaître la déclaration du compositeur : « Ma Neuvième ne doit être consacrée qu’à Dieu, s’Il veut bien l’accepter » pour ressentir la ferveur de leur interprétation. Elle a régné, transmise par un Haitink pratiquement immobile, le geste souple et mesuré. Calme et puissance ont irradié la plénitude de phrasés porteurs d’infini mais aussi d’émotions bien humaines.

    Les huit cors incandescents, la splendeur du tutti qui engagent la solennelle et mystérieuse entrée dans la richesse orchestrale pénètrent d’emblée son expressivité. La sublime homogénéité des violons, l’éloquence des trompettes marient leurs fabuleuses couleurs avec un naturel fusionnel. La clarté des timbres exalte la beauté d’harmonies en métamorphoses constantes. Elles avancent dans une volonté de paix lumineuse. Cordes habitées, cuivres en apothéose, bois aux voix chaudes, légères, timbale pénétrante, pupitres et solistes, un pour tous et tous pour un deviennent le démiurge de l’œuvre sacrée d’un homme à la fin de sa vie.

    Les rythmes du Scherzo ne se veulent pas incisifs mais porteurs d’une puissance tellurique. Le pouvoir de cette densité atteint physiquement un auditoire subjugué. Les martèlements sertissent chaque détail d’une trajectoire irrévocablement menée. Hors toute référence trépidante ou cauchemardesque, son implacable évolution se double d’un esprit volontaire où violence et force se rejoignent. Et culminent en triomphatrices des multiples fragments acérés rencontrés sur le chemin.

    On sait que malgré dix années d’efforts et de labeur, Bruckner ne put achever son ultime symphonie. Sans entrer dans le détail des feuillets d’esquisses perdus et/ou retrouvés du Finale conçu par le compositeur, on vit la non fin de ce voyage métaphysique d’une heure avec un Adagio, lent, solennel visionnaire, forme sans retour. Douleur et résignation, sagesse et contemplation, espérance et confiance, l’immensité des phrasés ouvre sur un autre monde. Bernard Haitink s’y déshumanise un peu, tout à la béatitude de l’éternité proposée. Et quand il quitte la scène à pas lents, le bonheur irradie sa fatigue.

    Auparavant, que dire d’un Troisième Concerto de Beethoven dont les notes défilent sans projeter la moindre intériorité ? Les capacités pianistiques de Mitsuko Uchida servent un Beethoven impersonnel. Net, sage, le toucher sans souplesse banalise des accords durs. La sonorité courte ignore les prolongements de la virtuosité. Parfois brouillés de pédale, notamment dans la cadence de l’Allegro con brio initial, les traits s’uniformisent. Le Largo peine. La lenteur ne signifie pas la profondeur. Mélodies vides. Ennui.

    La lourdeur de ce jeu persiste dans le Rondo. Accents syncopés tous sur le même plan, accords détachés sans fantaisie ni rebondissement, l’allure va bon train et son accélération finale, péremptoire à défaut d’éclat et de pulsion, provoque la salve d’applaudissements systématique après toute performance technique.




    Philharmonie, Paris
    Le 30/05/2017
    Claude HELLEU

    Concert du London Symphony Orchestra sous la direction de Bernard Haitink, avec la participation de la pianiste Mitsuko Uchida à la Philharmonie de Paris.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Concerto pour piano n° 3 en ut mineur op. 37
    Mitsuko Uchida, piano
    Anton Bruckner (1824-1896)
    Symphonie n° 9 en ré mineur
    (Edition Nowak, 1951)
    London Symphony Orchestra
    direction : Bernard Haitink

     


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