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CRITIQUES DE CONCERTS 21 octobre 2018

Nouvelle production de Tannhäuser de Wagner dans une mise en scène de Romeo Castellucci et sous la direction de Kirill Petrenko à la Bayerische Staatsoper de Munich.

Hors du temps
© Wilfried Hösl

Plus qu’une nouvelle production de Tannhäuser, la Bayerische Staatsoper présente un spectacle appelé à devenir mythique. La mise en scène hors du temps et de l’espace de Romeo Castellucci rencontre la direction de pur génie de Kirill Petrenko, quand sur le plateau une distribution exceptionnelle s’associe à un corps de ballet apte à sublimer les yeux et les sens.
 

Nationaltheater, München
Le 04/06/2017
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Les mots sont faibles pour décrire le nouveau Tannhäuser de la Bayerische Staatsoper, tant le spectacle reste longtemps en mémoire, pour peu que l’on accepte les propositions des génies en présence. Romeo Castellucci, alors en pleine construction, avait évoqué ce qu’était pour lui Tannhäuser : « un être systématiquement dans l’erreur, hors de l’espace et hors du temps ».

    Ici, ni idées simples sur une dualité bien-mal, ni tentative d’inversion comme chez Calixto Bieito, où le Venusberg serait un paradis perdu face à une société terrestre pervertie, mais uniquement la recherche philologique de sources primaires pouvant contribuer à comprendre le drame, celui du héros mais plus encore de l’Homme et de l’Univers, avec ses infinis et ses carences.

    L’ouverture enchaînée à la bacchanale (version de Vienne) présente une partition de laquelle chaque phrase ressort dans la clarté, comme un plein chant continu majestueux, porté vers la splendeur et le merveilleux. Kirill Petrenko abordera tout l’opéra de la même façon, sans alourdir une seule note, en accompagnant l’action par des sonorités d’une délicatesse incroyable. Chaque intervention des violoncelles devient un hymne à la douceur et à l’amour, quand il appuie tout de même plus par des accords nets les passages des hommes sur terre, surtout celle du Landgraf, magnifique de grave et de diction autant que de présence grâce à Georg Zeppenfeld.

    Romeo Castellucci cherche à décrire le hors-temps et le hors-espace par des images fortes, attelé d’abord à démontrer l’erreur du Venusberg, avec l’horreur du plaisir de la chair : une Venus emmurée dans sa graisse dont elle a même enveloppé ses sigisbées, limités à quelques gestes et sans doute repus de la nourriture abjecte de cet être, puissamment porté dans le bas-médium et l’aigu par Elena Pankratova.

    © Wilfried Hösl

    Cette idée de l’horreur se retrouvera lorsqu’une salamandre en latex lancera des jets d’encre noire sur les parois en verre de sa boîte au moment où Tannhäuser chantera son hymne au désir ; ici déjà le superbe Klaus Florian Vogt. Mais auparavant, le metteur en scène italien avait consacré l’ouverture et la bacchanale à sublimer les corps des danseuses du ballet, amazones lançant avec une précision magistrale leurs flèches vers un œil en fond de scène.

    Les pensées aussi limpides qu’obscures se mêlent durant toute la représentation, comme ces bacchantes visibles à travers une toute petite fente, silhouette de femme évoquant le sexe créateur de vie ; ou comme le chœur des pèlerins, semblant sortis de Bethléem. Le Landgraf est accompagné de chanteurs peu sollicités et laisse à peine profiter des très bons Dean Power (Walther), Peter Lobert (Biterolf) ou Ulrich Reß (Heinrich). Leur première apparition les montre en bourreaux cagoulés traînant un élan – animal mythique associé au Christ dans la mythologie nordique – dont on percevra les sabots sur les corps allongés à l’acte central, tandis que Tannhäuser à la scène finale du I est affublé d’un manteau blanc dont les dessins de carcasse rouge font penser aux habits des condamnés au bûcher pendant l’Inquisition.

    Il faut encore évoquer le retour de Rome avec Klaus Florian Vogt, idéal par sa voix venue d’ailleurs, plutôt celle d’un Lohengrin légèrement en difficulté sur Dir töne Lob, devient pure merveille dans Nur denn, hör an !, où Anja Harteros multiplie les grâces tant par la prononciation que par l’intelligence du chant, en dépit de la froideur de sa prière, surtout face au Wolfram si juste de Christian Gerharer. Dans cet acte ultime où le temps s’arrête et où le paradoxe de Zénon trouve l’une de ses plus belles démonstrations, apparaît au-dessus des acteurs une flèche d’or, pendant que s’écoulent sur le mur des milliards d’années, et que deux tombes portent les noms de Klaus et Anja, sur lesquelles leurs corps en putréfaction sont échangés jusqu’à devenir cendre et poudre à la dernière image.

    Si l’artiste comme l’homme ne sont rien face à l’univers, les maîtres de l’ars combinatoria nous auront démontré ce soir que la vie mérite d’être vécue pour livrer de tels instants, comme l’appel du Pâtre au retour de Tannhäuser, représenté par un enfant sur scène, mais en coulisse par la voix, droite et colorée à faire pleurer les pierres, d’Elsa Benoit.




    Nationaltheater, München
    Le 04/06/2017
    Vincent GUILLEMIN

    Nouvelle production de Tannhäuser de Wagner dans une mise en scène de Romeo Castellucci et sous la direction de Kirill Petrenko à la Bayerische Staatsoper de Munich.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Tannhäuser, opéra romantique en trois actes (1845)
    Livret du compositeur

    Opernballett der Bayerischen Staatsoper
    Chor der Bayerischen Staatsoper
    Bayerisches Staatsorchester
    direction : Kirill Petrenko
    mise en scène, décors, éclairages et costumes : Romeo Castellucci
    vidéos & assistant éclairages : Marco Giusti
    chorégraphie : Cindy Van Acker
    préparation des chœurs : Sören Eckhoff

    Avec :
    Georg Zeppenfeld (Hermann), Klaus Florian Vogt (Tannhäuser), Christian Gerhaher (Wolfram von Eschenbach), Dean Power (Walther von der Vogelweide), Peter Lobert (Biterolf), Ulrich Reß (Heinrich der Schreiber), Ralf Lukas (Reinmar von Zweter), Anja Harteros (Elisabeth), Elena Pankratova (Venus), Elsa Benoit (Ein junger Hirt).

     



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