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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Nouvelle production de La Cenerentola de Rossini dans une mise en scène de Guillaume Gallienne et sous la direction d’Ottavio Dantone à l’Opéra national de Paris.

Tout et son contraire
© Vincent Pontet

Curieuse production que cette nouvelle Cenerentola de l’Opéra de Paris signée Guillaume Gallienne avec des décors d’Éric Ruf et des costumes très moches d’Olivier Bériot, une direction musicale tonique, une direction d’acteurs brillante, d’excellents chanteurs-acteurs. Du comique efficace mais pourquoi tant de laideur ?
 

Palais Garnier, Paris
Le 14/06/2017
Gérard MANNONI
 



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  • Une certaine laideur est très à la mode. Elle envahit beaucoup de spectacles. Sans doute trouve-t-on cela plus intellectuel et pense-t-on éviter les séductions trop faciles. Le saura-t-on jamais ? Mais le fait est là. D’ailleurs l’un des sujets de philo proposés au bac cette année est : « une œuvre d'art est-elle nécessairement belle ? » prouvant que cela travaille l’époque…

    Cette production de Cendrilllon est très brillante à bien des égards mais gâchée par des décors poussiéreux, terreux, que rien ne justifie, si ce n’est une facile référence aux cendres évoquées par le titre de l’ouvrage et du conte. Les costumes contemporains semblent sortis de fripes improbables. Il y a du merveilleux dans cette histoire folle, beaucoup de loufoquerie et un monde déjanté comme dans beaucoup d’opéras comiques de Rossini. La musique le raconte. Cela, Guillaume Gallienne l’a parfaitement compris et rendu scéniquement grâce à une direction d’acteurs très vivante, souvent drôle sinon originale, recréant de fait un monde fou, délirant, sans pléonasme avec la musique. Mais pourquoi cette volonté de tristesse et de mocheté alors qu’il disposait d’une distribution jeune, dynamique et de voix d’une réelle qualité ?

    Car si elle n’a pas la silhouette d’une Cendrillon de rêve, Teresa Iervolino en a la voix, agile, bien timbrée, juste assez grande sans l’être trop, très homogène sur toute la tessiture. La vocalise est parfaite et la projection toujours facile. Un vrai plaisir dans la grande tradition italienne, celle des Simionato, à ne pas confondre avec une autre école, illustrée notamment par Berganza ni avec ce que faisait, dans un autre style encore, une Marilyn Horne. Le prince de Juan José De León a un charme juvénile, presque adolescent, une voix très timbrée, un peu serrée, avec pourtant un registre aigu bien envoyé. N’oublions pas que son air principal est encore plus difficile que celui, si célèbre, de la Fille du régiment. Les aigus en sont encore plus meurtriers et il s’en sort avec bravoure.

    Et puis, il y a un trio de voix graves remarquables. Le Don Magnifico de Maurizio Muraro est dans la lignée des basses bouffes italiennes si utiles pour Falstaff notamment. Truculent, poussé parfois par Gallienne à une trivialité excessive, il a un impact indiscutable. Les deux autres, chevelus à souhait, rivalisent d’éclat et de somptuosité vocale. L’Alidoro de Roberto Tagliavini tient la tête à l’applaudimètre et le mérite bien. Grande voix au timbre superbe et stature impressionnante. Le Dandini d’Alessio Arduini, parfait comédien lui aussi, a mille séductions, physique malin, qui doit être aussi bien adapté à Figaro que Leporello ou Don Juan, et belle voix riche, facile dans l’agilité, beau sens du jeu théâtral également. Les deux méchantes sœurs, Chiara Skerath et Isabelle Druet, sont parfaites.

    Sous la baguette d’Ottavio Dantone, la partition de Rossini étincelle de couleurs, et il est bon de la faire aller vite, sans rechigner sur les contrastes ni les raffinements d’écriture. Chef et orchestre tout comme les chœurs lui rendent justice à cet égard. Bref, on sort de là en ayant vu une vraie comédie dynamique et farfelue, en ayant entendu de bien belles voix et un bel orchestre, mais avec le regret de n’emporter aucune image que celles d’un monde sale – ce qui existe aussi dans l’œuvre mais pas seulement – au détriment de tout merveilleux – ce qui est aussi profondément dans la vérité de l’ouvrage. Un choix de lecture plus social que féérique, sans doute. Mais c’est un peu raté à cet égard quand même, car à côté de la musique.




    Palais Garnier, Paris
    Le 14/06/2017
    Gérard MANNONI

    Nouvelle production de La Cenerentola de Rossini dans une mise en scène de Guillaume Gallienne et sous la direction d’Ottavio Dantone à l’Opéra national de Paris.
    Gioacchino Rossini (1792-1868)
    La Cenerentola, dramma giocoso en deux actes (1817)
    Livret de Jacopo Ferretti d’après le conte Cendrillon de Perrault

    Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Ottavio Dantone
    mise en scène : Guillaume Gallienne
    décors : Éric Ruf
    costumes : Olivier Bériot
    éclairages : Bertrand Couderc
    chorégraphie : Glyslein Lefever
    préparation des chœurs : José Luis Basso

    Avec :
    Juan José De León (Don Ramiro), Alessio Arduini (Dandini), Maurizio Muraro (Don Magnifico), Chiara Skerath (Clorinda), Isabelle Druet (Tisbe), Teresa Iervolino (Angelina), Roberto Tagliavini (Alidoro).

     



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