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CRITIQUES DE CONCERTS 22 mai 2018

Récital du pianiste Evgeny Kissin à la Fondation Louis Vuitton, Paris.

Avec Kissin s’en vint la nuit
© Felix Broede

Reporté suite à un malaise, le récital de Kissin a finalement eu lieu. Il clôt une saison de grande qualité qui prouve que la Fondation Vuitton est devenue une place d’importance dans la vie musicale parisienne. Le pianiste russe y débutait avec une Hammerklavier toujours aussi dangereuse avant de transcender les Préludes de Rachmaninov.
 

Fondation Louis Vuitton, Paris
Le 17/07/2017
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Tous les virtuoses du piano sont passés un jour ou l’autre par la Sonate n° 29 de Beethoven, mais peu ont réussi à développer sereinement toutes ses parties, comme si cette partition de pur génie inquiétait encore aujourd’hui. Evgeny Kissin attaque l’Allegro liminaire avec un manque de sérénité évident, le geste d’abord martelé, surtout à la main gauche, sans pourtant chercher à caricaturer le terme souvent mal compris de Hammerklavier, loin d’évoquer la moindre notion de lourdeur liée au marteau (Hammer), mais juste ajouté par Beethoven pour préciser que cette sonate était prévue pour le pianoforte.

    Jouée ici sans partition, la sonate présente d’abord quelques notes mal ajustées et une certaine distance dans le discours, l’acoustique de l’auditorium de la Fondation Louis Vuitton n’assistant pas le Steinway & Sons accordé froidement dans l’aigu et trop net dans le médium. Le Scherzo démontre déjà plus de dextérité d’un pianiste pour l’occasion bruyant, obligé de chantonner souvent pour accompagner son clavier. Puis arrive l’Adagio sostenuto alors que le soleil commence à baisser et l’eau de la fontaine de la fondation à montrer ses reflets d’argent.

    Là, le geste se développe pendant vingt minutes d’un discours posé et mesuré, qui ne peut occulter le fait que l’artiste face à nous est l’un des plus importants pianistes depuis maintenant plus de trente ans. Il faut attendre le Largo pour que le pied gauche touche enfin la pédale, comme s’il devait maintenant adoucir un discours qu’il a surtout dû valoriser dans les forte auparavant.

    Ce qui n’était que prémices à un grand concert avec Beethoven trouve véritablement foi en seconde partie grâce à des Préludes de Rachmaninov de plus en plus fascinants à mesure que vient la nuit. L’Opus 3 aurait mérité que le piano soit réaccordé dans les graves, sonorités qui défailliront à plusieurs reprises dans la soirée, mais ici déjà la main gauche a pris toute son assurance, tandis que la droite trouve une liberté que n’égale que la splendeur de l’exposé.

    Le premier Prélude en fa# de l’Opus 23 suit le même chemin et ouvre la voie à un Kissin maintenant détendu, pour un Andante cantabile (n° 4) tout en finesse ou une Marche (n° 5) aucunement grossière de laquelle ressort un exceptionnel travail de détail de la partie grave, en plus d’une superbe élégance face à cette pièce si connue. Le n° 7, dernier joué de cet opus par le pianiste ce soir, déploie avec une grâce toute particulière les arpèges avant de laisser la place à quatre préludes de l’Opus 32, dont un n° 5 empli de poésie.

    Maintenant serein dans l’ambiance zen de la Fondation Vuitton, Kissin offre quatre bis, d’abord une magnifique Étude op. 2 n° 1 de Scriabine, puis une Bagatelle de Beethoven. Ensuite, une pièce de Kissin lui-même, dont les accords jazzy s’intègrent à un déluge d’accords à la rapidité impressionnante. Mais déjà la nuit regarde les étoiles, et Kissin referme sur nous son récital avec une dernière Méditation, de Tchaïkovski.




    Fondation Louis Vuitton, Paris
    Le 17/07/2017
    Vincent GUILLEMIN

    Récital du pianiste Evgeny Kissin à la Fondation Louis Vuitton, Paris.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Sonate pour piano n° 29 en sib majeur op. 106, « Hammerklavier »
    Sergei Rachmaninov (1873-1943)
    Prélude op. 3 n° 2
    Préludes op. 23 n° 1 à 7
    Préludes op. 32 n° 5, 10, 12 & 13
    Evgeny Kissin, piano

     


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