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CRITIQUES DE CONCERTS 22 octobre 2017

Reprise de Parsifal de Wagner dans la mise en scène d’Uwe Eric Laufenberg, sous la direction de Marek Janowski au festival de Bayreuth 2017.

Bayreuth 2017 (1) :
Le Purgatoire

© Enrico Nawrath / Bayreuther Festspiele

Si l’on peut comprendre le contexte polémique de Parsifal présenté en 2016 à Bayreuth par Uwe Eric Laufenberg après les attentats de Bavière, force est de constater les faiblesses, les limites et le relatif ennui d’un spectacle plutôt inoffensif, à l’optimisme consensuel mais assez lisse. Beaucoup de bonnes intentions, mais on sait que l’enfer en est pavé.
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 05/08/2017
Thomas COUBRONNE
 



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  • Wagner, Schopenhauer, Mann, Hugo, les existentialistes, le Dalaï-Lama et même le Pape François ont exprimé l’horizon d’espoir et de progrès que serait pour la spiritualité la mort des religions. C’est là l’idée maîtresse d’Uwe Eric Laufenberg, qui oppose à une Cène sanglante au I la transcendance de la Cène finale, où chacun abandonne son crucifix, sa kipa, son Coran dans le cercueil de Titurel. Et l’assemblée de se disperser sur un plateau que la dislocation de l’église a laissé nu, sous un éclairage lunaire et brumeux venant embrasser la salle.

    L’idée a la force de l’évidence, et une beauté bien connue. Mais l’enfer, c’est les autres, on le sait, et parfois ceux qui ont déjà eu les mêmes idées ; et la citation de la dernière image du Ring de Chéreau sape quelque peu la puissance de l’effet, à l'instar de cette exotique récupération du masque mortuaire de Wagner tout droit issue du précédent Parsifal de Bayreuth, dû à Stefan Herheim.

    Plein de bonnes intentions, le metteur en scène assume des sources d’inspiration tout à fait respectables – Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois. Mais on ne comprend pas bien quel rôle il assigne à la violence sous-jacente du film : les soldats n’agissent jamais, armée de passage dont on ne sait si elle est plus réelle que les touristes qui traversent l’église. À la mort du cygne, le malaise d’un enfant sera immédiatement relégué à l’accessoire par la bonne vieille arrivée d'un cadavre de cygne à l’ancienne.

    La radicalité du propos s’étiole dans une direction d’acteurs guère empoignée : la figure dopée aux amphétamines de l’Amfortas de Ryan McKinny n’est plus le moteur de la compassion, mais seulement le prétexte à la critique du rite sacrificiel ; il manque dès lors un appui à Parsifal pour l’expérience de la compassion. De son côté, Derek Welton s’agite en un Klingsor grandiloquent, déçu du christianisme, fétichiste des crucifix, mais s’essayant en toute précipitation à l’Islam, sans avoir pris le temps de savoir de quel côté orienter son tapis de prière.

    L’antre de Klingsor est en outre un lupanar où Parsifal, délaissant une énigmatique intervention militaire, fera une escale de bazar, les Filles-fleurs voilées ayant tôt fait de se dévêtir en danseuses orientales de pacotille. Maîtresse de maison vigoureuse et femme vénéneuse, la Kundry d’Elena Pankratova dépasse un jeu scénique conventionnel par un véritable feu vocal, capable d’aigus dardés autant que de charme et d’intériorité douloureuse, mais que de moments de solitude dans la direction d’acteurs du duo !

    Proposant une évolution de la naïveté surfaite à la gravité, en passant par un acte central où ce sont surtout ses éclatants atouts vocaux qui convainquent, Andreas Schager est surtout limité par un vibrato large dans la mezza voce qui le contraint à chanter soit tout blanc, soit bien lourd. Mais il utilise à bon escient cette courte palette pour constituer un personnage franc et pur, échoué dans un Enchantement du Vendredi saint pas loin du ridicule – éclairage moche, plantes grasses en plastique, averse providentielle prétexte à une Tahiti Douche collective.

    La sobre élégance vocale de Georg Zeppenfeld, sa déclamation modèle, sa ligne toujours soignée, sa présence bienveillante en scène – malgré la gestuelle de maison de retraite du III – n’y feront rien, pas plus que le Titurel autoritaire de Karl-Heinz Lehner ou un groupe de Filles-fleurs homogène ; Marek Janowski, remplaçant au pied levé Harmut Haenchen, a beau presser le pas dans une lecture nerveuse, parfois brutale, jamais épaisse, l’ennui est au rendez-vous. Pas tout à fait l’Enfer, mais le Purgatoire.




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 05/08/2017
    Thomas COUBRONNE

    Reprise de Parsifal de Wagner dans la mise en scène d’Uwe Eric Laufenberg, sous la direction de Marek Janowski au festival de Bayreuth 2017.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Parsifal, ein Bühnenweihfestspiel in drei Akten (1882)
    Livret du compositeur

    Chor und Orchester der Bayreuther Festspiele
    direction : Marek Janowski
    mise en scène : Uwe Eric Laufenberg
    décors : Gisbert Jäkel
    costumes : Jessica Karge
    éclairages : Reinhard Traub
    vidéo : Gérard Naziri
    préparation des chœurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    Ryan McKinny (Amfortas), Karl-Heinz Lehner (Titurel), Georg Zeppenfeld (Gurnemanz), Andreas Schager (Parsifal), Derek Welton (Klingsor), Elena Pankratova (Kundry), Tansel Akzeybek (1. Gralsritter), Timo Rihonen (2. Gralsritter), Alexandra Steiner (1. Knappe), Mareike Morr (2. Knappe), Paul Kaufmann (3. Knappe), Stefan Haibach (4. Knappe), Netta Or, Katharina Persicke, Mareike Morr, Alexandra Steiner, Bele Kumberger, Sophie Rennert (Klingsors Zaubermädchen), Wiebke Lehmkuhl (Eine Altstimme).

     



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