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CRITIQUES DE CONCERTS 22 octobre 2017

Nouvelle production des Maîtres chanteurs de Wagner dans une mise en scène de Barrie Kosky et sous la direction de Philippe Jordan au festival de Bayreuth 2017.

Bayreuth 2017 (2) :
Dénazification soft

© Enrico Nawrath / Bayreuther Festspiele

Première mise en scène de l’ouvrage hors giron familial depuis les années 1950 à Bayreuth, ces nouveaux Maîtres chanteurs, aux ressorts comiques parfois proches du théâtre de boulevard, proposent en filigrane une manière de dénazification à travers la figure du bouc-émissaire juif Beckmesser, tandis que Philippe Jordan théâtralise au mieux sa lecture orchestrale.
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 07/08/2017
Yannick MILLON
 



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  • À sa réouverture, pour faire avaler la pilule d’un Parsifal et d’un Ring révolutionnés par Wieland Wagner, Bayreuth proposait une mise en scène ultra conventionnelle des Maîtres chanteurs importée de l’Opéra de Munich. Depuis, l’unique comédie wagnérienne n’avait plus quitté la famille dans la cité franconienne, de Wieland (1956, 1963) à Katharina (2007), en passant par Wolfgang (1968, 1981, 1996).

    Et si l’arrière-petite-fille du compositeur en avait dynamité la dramaturgie il y a dix ans, l’Australien Barrie Kosky semble retourner aux rouages classiques de la comédie tout en rentrant dans l’esprit du compositeur, pour en pointer du doigt notamment l’antisémitisme à travers le personnage de Beckmesser. Le metteur en scène, juif lui-même, expliciterait au passage le mea culpa tardif auquel se livre le festival sur ses années noires depuis quelques années.

    Le rideau se lève sur le salon de la villa Wahnfried au retour de la famille après un voyage en 1875, et pendant l’ouverture sont joyeusement dépeintes la tyrannie du compositeur et ses passions pour les belles étoffes et les objets luxueux. Beckmesser, sous les traits du chef d’orchestre Hermann Levi, souffre-douleur bien connu de Richard et Cosima, se voit humilié à genoux dès l’office protestant qui suit.

    Eva a les traits de Cosima, Pogner ceux de Liszt, Sachs ceux du Wagner de la maturité, Walther ceux du compositeur jeune, astucieux voyage dans l’esprit même de Richard Wagner, qui se vivait souvent en héros de ses opéras et finira par diriger chœur et orchestre dans la scène finale. Pour le reste, Kosky a parié sur la farce et une direction d’acteurs survoltée, avec comique de répétition jusqu’au gimmick – les tintements des tasses des Maîtres, sorte de confrérie guère plus évoluée que les Nains du Hobbit de Tolkien ; les entrées et sorties frénétiques des apprentis.

    © Enrico Nawrath / Bayreuther Festspiele

    Au milieu de cette franche gaîté, le procès en antisémitisme s’insinuera chemin faisant, avec un décor du II et du III figurant le tribunal du procès de Nuremberg en 1945, d’abord couvert d’herbe à la nuit de Saint-Jean, et un Beckmesser constamment ostracisé : seul à ne pas être applaudi à son entrée au concours de chant, déguisé pendant l’émeute en Süss, le fameux juif du film de propagande nazi, repris aussitôt en une énorme tête gonflable sortant du box des accusés.

    Dénazification donc, mais soft et subtile, pour une partition que Philippe Jordan essaie lui aussi de débarrasser de tout pangermanisme de Troisième Reich – un Wach auf presque moelleux, une Festwiese tout sauf martiale. Hormis une synchronisation défaillante avec les chœurs, il livre une vraie lecture de théâtre, clarifiant le contrepoint grâce à une vie rythmique constante et des cordes admirablement réglées. Et réussit au passage des pages intérieures de toute beauté – prélude de III au magnifique legato.

    Une belle distribution vient parachever le tout, avec au premier chef un Michael Volle somptueux de stature, d’intelligence du texte, plus serio que buffo, et qui, bien qu’annoncé souffrant avant l’ultime lever de rideau, se sort avec les honneurs du III, investissant en déclamation ce qu’il est contraint de sacrifier en voix. Fragile et lumineuse quoique trop mûre pour le rôle, l’Eva d’Anne Schwanewilms, ce soir étrangement absente presque une phrase sur deux, escamote souvent son aigu schwarzkopfien. La Lene truculente de Wiebke Lehmkuhl pourrait presque lui voler la vedette, face au David puissant de Daniel Behle, graine de Walther manquant ici d’un rien de caractérisation.

    Pogner sonore au point de ne pas disparaître dans les chœurs avant l’ultime monologue de Sachs, Günther Groissböck confirme qu’il est l’une des très belles basses germaniques du moment. Drôle à souhait, le Beckmesser de Johannes Martin Kränzle rafle le capital sympathie avec une manière de pousser sur l’émission et de varier un petit vibrato serré qui font merveille. Enfin, même si davantage de legato ne lui aurait pas nui, Klaus Florian Vogt, qui peine à tenir ses sib aigus piano, enchante à nouveau en Walther par la couleur adolescente de son timbre et le naturel de son émission.




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 07/08/2017
    Yannick MILLON

    Nouvelle production des Maîtres chanteurs de Wagner dans une mise en scène de Barrie Kosky et sous la direction de Philippe Jordan au festival de Bayreuth 2017.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Die Meistersinger von Nürnberg, opéra en trois actes (1868)
    Livret du compositeur

    Chor und Orchester der Bayreuther Festspiele
    direction : Philippe Jordan
    mise en scène : Barrie Kosky
    décors : Rebecca Ringst
    costumes : Klaus Bruns
    éclairages : Franck Evin
    préparation des chœurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    Michael Volle (Hans Sachs), Günther Groissböck (Veit Pogner), Tansel Akzeybek (Kunz Vogelgesang), Armin Kolarczyk (Konrad Nachtigal), Johannes Martin Kränzle (Sixtus Beckmesser), Daniel Schmutzhard (Fritz Kothner), Paul Kaufmann (Balthasar Zorn), Christopher Kaplan (Ulrich Eisslinger), Stefan Haibach (Augustin Moser), Raimund Nolte (Hermann Ortel), Andreas Hörl (Hans Schwarz), Timo Rihonen (Hans Foltz), Klaus Florian Vogt (Walther von Stolzing), Daniel Behle (David), Anne Schwanewilms (Eva), Wiebke Lehmkuhl (Magdalene), Karl-Heinz Lehner (Ein Nachtwächter).

     



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