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CRITIQUES DE CONCERTS 26 mai 2018

Concert des Wiener Philharmoniker sous la direction d’Herbert Blomstedt au festival de Salzbourg 2017.

Salzbourg 2017 (6) :
Et la lumière fut…

© Marco Borrelli

Les années semblent ne pas avoir de prise sur Herbert Blomstedt qui, bien que dirigeant assis suite à une chute, rayonne du haut de ses 90 printemps d’un art d’insuffler clarté et lumière à tout ce qu’il touche, d’une Septième de Bruckner resplendissante jusqu’à des Métamorphoses de Strauss résolument tournées vers l’espoir.
 

Großes Festspielhaus, Salzburg
Le 20/08/2017
Yannick MILLON
 



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  • S’il est d’excellents chefs qui trouvent sur le tard le petit plus à même de les hisser au panthéon des très grands, Herbert Blomstedt est certainement de ceux-là, dont les récentes apparitions sont attendues avec l’espoir du renouvellement d’un miracle. C’est qu’arrivé dans sa dixième décade, le chef suédois s’embarrasse de moins en moins de l’accessoire pour ne retenir que l’essentiel, avec une manière de faire rayonner la musique bouleversante de simplicité.

    À peine affaibli par une chute qui le contraint à diriger ce copieux concert de Salzbourg assis, il donne d’emblée un éclairage très différent de la grande tradition enténébrée aux Métamorphoses de Strauss, cette étude pour vingt-trois cordes solistes généralement abordée comme le plus douloureux des thrènes du vieux compositeur devant les ruines de l’Opéra de sa chère ville de Munich après les bombardements de 1943.

    Dans une battue fluide et régulière, Blomstedt refuse tout pathos et confère à ces pages naguère si souvent appuyées sur les graves (et accessoirement sur un gonflement substantiel de l’effectif) une émotivité à fleur de peau basée sur la lumière et le léger vibrato des cordes viennoises, en une atmosphère nostalgique mais pleine d’espoir, luttant pendant les trois quarts de la partition contre l’abattement, choisissant la vie plutôt que la mort, et avec une absolue clarté de la polyphonie rappelant que Strauss est l’auteur d’Ariane à Naxos et de Capriccio.

    Les têtes d’affiches des Wiener transcendent ce regard neuf, des violons mordorés de Rainer Honeck et Volkhard Steude au violoncelle si engagé de Robert Nagy, en passant par l’alto fragile mais ô combien expressif du vétéran Heinrich Koll. Et tous de changer radicalement d’éclairage quand le maestro, après le seul véritable silence de la partition, commence à assouplir le tempo et ses accents du poignet pour laisser s’insinuer in extremis l’habituel sentiment de morbidité devant la citation de la Marche funèbre de Beethoven.

    Magnifique leçon de lumière dans les ténèbres, poursuivie après l’entracte dans une Septième Symphonie de Bruckner éclatante de vie, de soleil, au tactus là encore soutenu, préférant l’avancée aux nappes statiques, laissant gronder la Philharmonie de Vienne comme rarement dans des tutti pleins jusqu’à la saturation – avec doublement des timbales dans les apogées –, soignant d’une réelle tendresse les deuxièmes groupes thématiques, notamment dans un Adagio où le thème principal aux cordes est plus buriné à chacun de ses retours.

    Et même si l’on sent une certaine fébrilité dans cette interprétation où les attaques après les silences sont parfois négligentes, où chaque épisode pris à part est plus travaillé que la grande ligne, les moments de grâce abondent sous les doigts de la flûte de Dieter Flury ou du hautbois divinement nasillard de Martin Gabriel, sans oublier une trompette chevaleresque ou un cor inouï d’expressivité dans ses mixtures avec les tubas wagnériens.

    Sans coup de cymbale sur le climax du mouvement lent et avec quelques altérations étranges dans les transitions des bois, cette nouvelle édition de la Septième due à la Bruckner Gesamtausgabe, délaissant à la fois Haas et Nowak, finira peut-être par s’imposer, après ce concert de matinée au cœur d’un incroyable marathon estival pour les Wiener, qui jouent en parallèle en fosse rien moins que Lady Macbeth, Wozzeck, Aïda et Lear de Reimann.

    Un magnifique moment de musique en tout cas, salué par une standing ovation et la prise de parole de la présidente du festival offrant au maestro un bouquet de fleurs aux couleurs du drapeau suédois, avant de lui souhaiter la meilleure santé possible pour être de la partie en 2020, pour le centenaire du festival de Salzbourg.




    Großes Festspielhaus, Salzburg
    Le 20/08/2017
    Yannick MILLON

    Concert des Wiener Philharmoniker sous la direction d’Herbert Blomstedt au festival de Salzbourg 2017.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Metamorphosen
    Anton Bruckner (1824-1896)
    Symphonie n° 7 en mi majeur
    Wiener Philharmoniker
    direction : Herbert Blomstedt

     


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