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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2017

Nouvelle production d’Aïda de Verdi dans une mise en scène de Shirin Neshat et sous la direction de Riccardo Muti au festival de Salzbourg 2017.

Salzbourg 2017 (8) :
Maledizione !

© Monika Rittershaus

Il est des jours où rien ne va pour Riccardo Muti. Déjà poussif en fosse dans la plus faible production de l’été à Salzbourg, le maestro napolitain subit, pour cette avant-dernière représentation d’Aïda, les aléas du renouvellement des deux rôles principaux, ainsi qu’une multiplication de scories émaillant une soirée lyrique sous le signe de la malédiction.
 

Großes Festspielhaus, Salzburg
Le 22/08/2017
Yannick MILLON
 



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  • Au cœur de la première programmation de Markus Hinterhäuser, qui cherche à réaffirmer le rôle de l’opéra dans la cité bien plus qu’à servir un simple divertissement bourgeois, il n’y aura guère eu cet été que le blockbuster Aïda avec Netrebko, Meli et Muti pour décevoir à côté d’ouvrages aussi essentiels que Wozzeck, Lady Macbeth, Lear ou la Clémence de Titus.

    Dans un entourage aussi riche en littérature, le livret de l’antépénultième opéra de Verdi, que tant de metteurs en scène évitent soigneusement, apparaît dans toute sa faiblesse. D’autant qu’en comparaison des propositions de cette édition 2017, le travail Shirin Neshat fait piètre figure. Pourtant, le parcours de la photographe et réalisatrice iranienne, son regard sur l’Islam ou la condition féminine auraient pu apporter de l’eau aux éléphants d’Aïda.

    Mais pour sa première mise en scène lyrique, le résultat est proche du néant. Au moins son esthétique visuelle n’est-elle pas déplaisante, avec ses deux cubes évidés sur une tournette correctement éclairés. Mais une fois les personnages à la rampe, rien ne vient animer des stéréotypes se contentant de lever les bras au ciel.

    Et ce ne sont pas des chorégraphies tribales ou la vision embryonnaire d’une foule de déplacés qui viendront compenser une absence totale de théâtre, tout aussi flagrante en fosse dans la direction de Riccardo Muti qui, bien qu’évocatrice sur les bords du Nil, avec le plus beau hautbois du monde (Vienne est en fosse), reste très en deçà de l’électricité, du grand frisson des authentiques soirées verdiennes.

    Cordes émoussées, cymbales dévitalisées, cette Aïda ne décollera à aucun moment ; qu’il est loin, le temps où le bouillant Riccardo paraissait parfois trop brutal pour la dramaturgie inflammable du maître de Roncole ! Pour ne rien arranger, cette avant-dernière représentation a tout de la soirée maudite, de celles où rien ne fonctionne, jusqu’au rideau de scène bloqué un moment à mi-hauteur pour les saluts du chœur.

    Premier soir à intégrer le cast B, les ennuis commencent dès Celeste Aida, chanteur et chef en désaccord sur le tempo, et où l’émission laryngée de Yusif Eyvazov reçoit quelques sifflets. Pire, à son entrée au grand duo du III, le ténor oublie de démarrer, peu après que l’Aïda de Vittoria Yeo, italienne d’adoption, voix plutôt fine et bien timbrée, a craqué son ut de l’air du Nil, alors qu’elle venait de réussir de magiques sons filés dans l’aigu. Fatalità !

    Muti ne cessera dès lors de manifester son exaspération à tout propos, se retournant face aux toussotements du public, multipliant les gestes autoritaires pour recadrer des chœurs souvent en retard, bref, un festival de contrariétés pour cet ancien aigle de la direction seulement convaincant dans les plages extatiques.

    Correct, le reste du plateau fait pourtant peu d’étincelles, à part de manière sporadique chez l’Amneris musicale, à la belle voix de poitrine et aux aigus bien dardés d’Ekaterina Semenchuk, format beaucoup moins large en direct que face aux micros d’ARTE, et chez la Sacerdotessa envoûtante et lunaire de la toute jeune Benedetta Torre.

    Car même si les clés de fa passent mieux en salle qu’à la captation, le Roi d’Égypte bien placé de Roberto Tagliavini, l’Amonasro intense sinon très brillant de Luca Salsi et le Ramfis bien épais de Dmitri Belosselski ne laisseront pas un souvenir plus impérissable que cette production d’un rare ennui au milieu d’une édition de Salzbourg parmi les plus stimulantes qu’on ait connues.




    Großes Festspielhaus, Salzburg
    Le 22/08/2017
    Yannick MILLON

    Nouvelle production d’Aïda de Verdi dans une mise en scène de Shirin Neshat et sous la direction de Riccardo Muti au festival de Salzbourg 2017.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Aida, opéra en quatre actes (1871)
    Livret d’Antonio Ghislanzoni d’après Auguste Mariette

    Konzertvereinigung Wiener Staatsoperchor
    Wiener Philharmoniker
    direction : Riccardo Muti
    mise en scène : Sherin Neshat
    décors : Christian Schmidt
    costumes : Tatiana van Walsum
    éclairages : Reinhard Traub
    chorégraphie : Thomas Wilhelm
    vidéos : Martin Gschlacht / Coop99
    préparation des chœurs : Ernst Raffelsberger

    Avec :
    Roberto Tagliavini (Il Re d’Egitto), Ekaterina Semenchuk (Amneris), Vittoria Yeo (Aida), Yusif Eyvazov (Radamès), Dmitri Belosselski (Ramfis), Luca Salsi (Amonasro), Bror Magnus Tødenes (Messaggiero), Benedetta Torre (Sacerdotessa).

     



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