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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2017

Nouvelle production de Lear d’Aribert Reimann dans une mise en scène de Simon Stone et sous la direction de Franz Welser-Möst au festival de Salzbourg 2017.

Salzbourg 2017 (9) :
Le cataclysme Lear

© Thomas Aurin

Dernière nouvelle production de l’été, Lear d’Aribert Reimann se hisse au sommet de l’édition 2017 de Salzbourg en triomphant sur toute la ligne : mise en scène traumatisante, plateau transcendant et présence en fosse de Wiener Philharmoniker en soi bien plus marquants que la direction d’un Franz Welser-Möst bâtonnant sans discernement.
 

Felsenreitschule, Salzburg
Le 23/08/2017
Yannick MILLON
 



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  • Le nouveau patron de Salzbourg Markus Hinterhäuser aura su soigner pour sa première programmation jusqu’à l’ordre d’apparition à l’affiche des opéras, pour finir en apothéose avec la bombe d’Aribert Reimann, le Lear d’après Shakespeare écrit pour Fischer-Dieskau à la fin des années 1970 et régulièrement repris depuis.

    L’enjeu était de taille, l’ouvrage exigeant des moyens considérables. À commencer par un metteur en scène assez radical pour que le visuel réponde aux déflagrations sonores. Pari tenu avec le jeune Australien Simon Stone, qui propose l’expérience théâtrale la plus brute : pas de décor sinon les arches du Manège des rochers, des éclairages latéraux glaçants, et pour tout dispositif un large parterre de fleurs et des rangées de fauteuils accueillant une centaine de faux public.

    Lear et sa cour en smoking, ses deux filles aînées en petites bourgeoises coincées, seul le bâtard de Gloucester sera un simple agent de sécurité. Cette belle société se livre très vite à un massacre floral pendant une orgie rappelant – le jeune homme traîné en laisse – le Salò de Pasolini. Et le sol boueux, piétiné, de servir de décor pour la tempête, arrosée depuis les cintres, où la déchéance de Lear, en slip dans la gadoue, est manifeste. Premier pic de tension quand après de longues secondes le pistolet sur la tempe, le Fou l’abaisse pour mieux se suicider d’une balle dans la bouche. Noir.

    Le retour d’entracte sera plus traumatisant encore, avec son sol vide et la scène, d’un réalisme insoutenable, de l’énucléation de Gloucester, petit bonhomme frêle et voûté. Et de basculer dans l’horreur lorsqu’Edgar habillé en Mickey Mouse porteur de ballons – Lear apercevant dans son délire une souris – coiffe de son masque le vieil aveugle, qui se met à danser comme Gene Kelly avec son parapluie.

    Le carnage peut donc s’ouvrir : le ballet des faux spectateurs traînés à plat ventre dans une mare de sang anticipe la scène finale où, devant un tulle enfermant Cordelia pétrifiée et Lear dans la mort, les principaux protagonistes, les bras ballants, se vident de leur sang. Un spectacle crucifiant, aux corps empoignés, poussant le spectateur dans ses retranchements.

    © Thomas Aurin

    Saluons le Lear fabuleux de Gerald Finley, davantage dans la lignée du créateur que les meilleurs tenants du rôle-titre récents, du wagnérien Wolfgang Koch à un Bo Skovhus halluciné mais en voix défaite. Car le Canadien ne sacrifie rien de sa ligne de chant à la modernité, projection soignée, port royal jusque dans la folie, déclamation d’une classe absolue et piani à donner le frisson.

    Excellente triade féminine également avec la Goneril d’Evelyn Herlitzius, qui après un début de soirée grevé par quelques médiums fantômes, se déchaîne en aigus assassins, la Regan de Gun-Brit Barkmin, qui le lui dispute en violence, et Anna Prohaska, plus verte que les grandes Cordelia mais d’un haut du spectre somnambulique.

    Le Gloucester étroit de Lauri Vasar dit bien la différence de rang avec son roi, tandis que Charles Workman n’a jamais été aussi convaincant qu’en Edmund à l’aigu assuré, face à l’Edgar très expressif dans ses passages de registre du contre-ténor Kai Wessel, seulement avare de legato, et au Kent lyrique de Matthias Klink, d’autant mieux venu que le Fou n’est pas chanté mais tenu par le comédien Michael Maertens.

    Reste le personnage-clé de l’opéra, l’orchestre, qui plante à lui seul un décor monstrueux. Le Philharmonique de Vienne n’est en soi jamais pris en défaut, d’une éloquence, d’une richesse de timbres inouïe dans la demi-teinte – les nappes de cordes immobiles, la flûte basse – ou d’une sauvagerie racée, mais Franz Welser-Möst passe la soirée à bâtonner dans un quatre temps indifférencié, comme imperméable à l’extrême violence du discours, laissée à l’appréciation de musiciens qui osent enfin s’y livrer au bout d’une vingtaine de minutes.

    Le groupe de percussions délocalisé à cour en est condamné à jouer en autonomie, et par chance cogne souvent en assauts déchaînés, avec pour tout remerciement d’être oublié par le chef aux saluts. Trop peu pour gâcher une production cataclysmique, déferlant sur les annales de Salzbourg.




    Felsenreitschule, Salzburg
    Le 23/08/2017
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Lear d’Aribert Reimann dans une mise en scène de Simon Stone et sous la direction de Franz Welser-Möst au festival de Salzbourg 2017.
    Aribert Reimann (*1936)
    Lear, opéra en deux parties (1978)
    Livret de Claus H. Henneberg d’après la traduction allemande de 1776 par Johann Joachim Eschenburg du Roi Lear de Shakespeare

    Konzertvereiniung Wiener Staatsopernchor
    Wiener Philharmoniker
    direction : Franz Welser-Möst
    mise en scène : Simon Stone
    décors : Bob Cousins
    costumes : Mel Page
    éclairages : Nick Schlieper
    préparation des chœurs : Huw Rhys James

    Avec :
    Gerald Finley (Lear), Evelyn Herlitzius (Goneril), Gun-Brit Barkmin (Regan), Anna Prohaska (Cordelia), Lauri Vasar (Graf von Gloster), Kai Wessel (Edgar), Charles Workman (Edmund), Michael Maertens (Der Narr), Matthias Klink (Graf von Kent), Derek Welton (Herzog von Albany), Michael Colvin (Herzog von Cornwall), Tilmann Rönnebeck (König von Frankreich), Franz Gruber (Bedienter), Volker Wahl (Ritter).

     



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