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CRITIQUES DE CONCERTS 15 décembre 2017

Nouvelle production de Tiefland de d’Albert dans une mise en scène de Walter Sutcliffe et sous la direction de Claus Peter Flor au Théâtre du Capitole, Toulouse.

Vers les hautes terres
© Patrice Nin

Très beau démarrage de saison au Capitole de Toulouse, qui propose le rarissime Tiefland d’Eugen d’Albert paré d’une efficace mise en scène et d’un trio vocal de choc, portés à bout de baguette par le rare Claus Peter Flor, grand maestro du romantisme trop oublié, qui transcende un ouvrage méritant assurément d’être redécouvert.
 

Théâtre du Capitole, Toulouse
Le 29/09/2017
Yannick MILLON
 



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  • Relativement connu outre-Rhin, Tiefland d’Eugen d’Albert (1864-1932), qui avait reçu un succès d’estime à sa création à Prague en 1903, est chez nous une véritable rareté. On saura gré au Capitole de Toulouse, et notamment à Frédéric Chambert, son ancien directeur à l’origine de cette programmation, d’avoir exhumé un ouvrage aussi attachant, à la croisée des chemins stylistiques et au fort pouvoir évocateur, septième opéra sur les vingt-et-un d’un compositeur résumant l’Europe à lui seul, né en Écosse d’un père allemand d’ascendance franco-italienne et d’une mère anglaise.

    Le livret, traduction allemande de la pièce catalane d’Àngel Guimerà, Terra baixa (les Terres basses), symbolise l’antique opposition entre le monde rural des sentiments purs et l’univers urbain de la perversité. Le riche propriétaire terrien Sebastiano demande à son berger Pedro d’épouser sa maîtresse Marta qu’il souhaite garder à ses côtés tout en se mariant lui-même avec une riche héritière afin d’éviter la banqueroute. Tirée de la rue par Sebastiano, Marta ne s’ouvrira à l’amour pour le paysan Pedro qu’au terme d’une prise de conscience de l’emprise malsaine de son protecteur.

    La montée en tension de l’opéra, du lever du jour initial sur la montagne au meurtre final de l’oppresseur dans ses basses terres, se fait sur une matière symphonique concentrant la veine mélodique, aux dépens d’une écriture vocale soucieuse avant tout de déclamation. Dès le premier solo de clarinette, les influences abondent, d’abord entre Janáček et Sibelius, puis en écho de Tannhäuser, dans un langage majoritairement ancré dans le passé du romantisme, quand les thématiques abordées annoncent l’avenir – relation toxique Marta-Sebastiano anticipant Lulu-Docteur Schön, opposition campagne-ville qui fera au cinéma muet de la fin des années 1920 le sel de l’Aurore de Murnau.

    Walter Sutcliffe respecte d’ailleurs parfaitement les rouages dramatiques du livret en actualisant seulement l’intrigue dans l’Espagne des costumes aux couleurs criardes d’Almodóvar, non sans adresser, après un prologue naturaliste, un clin d’œil au Stalker de Tarkovski à travers le décor borgne des deux actes situés dans une cave de moulin assez glauque, en négatif de la beauté minérale des Pyrénées.

    D’une direction d’acteurs efficace, la mise en scène peut aussi s’appuyer sur la direction très dramatique de Claus Peter Flor, qui défend l’ouvrage à chaque seconde avec une remarquable énergie à la tête d’un Orchestre du Capitole somptueux, cuivres affûtés, cordes et bois en état de grâce, au service de la remarquable orchestration du compositeur.

    Ce faisant, le Théâtre du Capitole répare une injustice flagrante qui veut que l’un des derniers grands représentants de la tradition allemande s’épuise depuis des années en Malaisie, un maestro formé par Kubelik et Sanderling qui a le romantisme chevillé au corps – l’évocation nocturne du combat de Pedro contre le loup ou le récit presque wagnérien de l’enfance de Marta.

    Le Capitole a réuni en outre une distribution de choc, où seul déçoit le Moruccio sans relief et à l’aigu mal assuré d’Orhan Yildiz, car en plus de trois pipelettes parfaitement campées, de la Nuri au joli rayonnement d’Anna Schoeck et du Tommaso patriarche, façon Gurnemanz, de Scott Wilde, les trois rôles principaux sont défendus par des chanteurs hyper engagés.

    Markus Brück est un Sebastiano mordant, authentique portrait de pervers narcissique au fiel sous-jacent. La Marta de la plantureuse Meagan Miller, vibrato un peu large pour le débit de l’écriture vocale, possède un potentiel dramatique rappelant la jeune Eva-Maria Westbroek, très à propos dans l’écriture toujours plus tendue du II, face au Pedro éblouissant de Nikolaï Schukoff, d’une franchise d’émission, d’un aigu glorieux pour ce personnage tout d’un bloc avide de grands espaces. Avec un couple de ce calibre, on eût aimé entendre le duo d’amour dans sa version intégrale, sans la coupure usuelle, vétille au regard d’une production exemplaire en tous points.




    Théâtre du Capitole, Toulouse
    Le 29/09/2017
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Tiefland de d’Albert dans une mise en scène de Walter Sutcliffe et sous la direction de Claus Peter Flor au Théâtre du Capitole, Toulouse.
    Eugen d’Albert (1864-1932)
    Tiefland, opéra en un prologue et deux actes (1903)
    Livret de Rudolf Lothar d’après la pièce Terra baixa d’Àngel Guimerà

    Chœur du Capitole
    Orchestre national du Capitole
    direction : Claus Peter Flor
    mise en scène : Walter Sutcliffe
    décors et costumes : Karpar Glarner
    éclairages : Bernd Purkrabek
    préparation des chœurs : Alfonso Caiani

    Avec :
    Nikolaï Schukoff (Pedro), Meagan Miller (Marta), Markus Brück (Sebastiano), Scott Wilde (Tommaso), Orhan Yildiz (Moruccio), Anna Schoeck (Nuri), Paul Kaufmann (Nando), Jolana Slavikova (Pepa), Sofia Pavone (Antonia), Anna Destraël (Rosalia).

     



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