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CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2018

Première à l’Opéra de Dijon de Pinocchio de Boesmans dans une mise en scène de Joël Pommerat et sous la direction d’Emilio Pomarico.

Le temps des sales gosses
© Patrick Berger / artcompress

Porté sur les fonts baptismaux cet été à Aix, le septième opéra de Philippe Boesmans, Pinocchio, propose une vision du conte plus proche de l’original de Collodi que du manichéisme de Disney, avec un pantin tout sauf gentil garçon, dans un spectacle très réussi et formidablement défendu par ses chanteurs et ses instrumentistes.
 

Auditorium, Dijon
Le 10/10/2017
Yannick MILLON
 



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  • Début juillet, le festival d’Aix-en-Provence affichait la création mondiale de Pinocchio, nouvel opéra du compositeur Philippe Boesmans, déjà auteur de six ouvrages lyriques depuis 1983, et qui, à passés quatre-vingts ans, n’a rien perdu de son pouvoir évocateur en se plongeant cette fois dans le célèbre conte du XIXe siècle de Carlo Collodi popularisé par le dessin animé de Walt Disney (1940).

    Et à notre époque des enfants rois, ce Pinocchio se fait reflet social bien malgré lui. Car le petit pantin, loin des bons sentiments de Disney, est ici colérique, arrogant, effronté, ingrat, vantard, buté, égocentrique ; en un mot insupportable. Et loin d’affaiblir la dramaturgie, cet effet grossissant sur le personnage plus ambigu du conte original rend son désir de devenir un vrai petit garçon moins gagné d’avance.

    Joël Pommerat, auteur du livret et de la mise en scène, signe un spectacle aux multiples zones d’ombres, qui n’hésite pas à plonger la scène entière dans le noir, puisant dans le fond de cruauté des contes enfantins, avec son Directeur de troupe façon Monsieur Loyal à mi-chemin du cinéma expressionniste et de la famille Adams, dans une virtuosité visuelle aussi simple que bluffante : seuls quelques accessoires figurent la scénographie (l’arbre, la prison, la salle de classe, le camion, la bouée), transcendée par de magnifique éclairages, instillant à eux seuls le climat de chacune des vingt-trois scènes de l’opéra.

    Depuis Aix, la forme de l’ouvrage a été quelque peu resserrée, au point de se passer d’un entracte qui devait pourtant avoir son utilité pour ne pas perdre pied dans le foisonnement visuel et musical d’un opéra qui, donné d’une traite, dure un peu plus de deux heures bien denses. Voilà en tout cas un spectacle vraiment tous publics, jamais nivelé pas le bas pour les enfants ou trop basique pour les adultes !

    La musique est d’ailleurs servie avec ferveur par d’excellents francophones. Stéphane Degout, avec son émission à l’homogénéité absolue, est un narrateur idéal, d’une beauté vocale à couper le souffle, d’une classe dans la déclamation, d’une justesse des voyelles à se damner. Dans ses cinq petits rôles, le ténor de Yann Beuron, naguère très léger, a gagné en impact, face au Père bourru et angoissé de Vincent Le Texier.

    Chloé Briot ne ménage pas ses efforts pour camper un Pantin tête à claques, remuant et vulgaire, avec tout l’attirail du parlé-chanté, mais en laissant entrevoir au détour d’un joli aigu une belle âme chez un personnage complexe. Perle de la distribution, Marie-Ève Munger est une Fée miraculeuse, timbre adamantin, facilité de la vocalise et lumière irradiant sur toute la hauteur du spectre, dans ce rôle façon Feu de l’Enfant et les sortilèges à la puissance dix.

    Et pourtant, à l’Auditorium de Dijon, écrin de rêve pour toute formation symphonique, l’équilibre avec les voix est moins favorable à ces dernières qu’à Aix, où le surtitrage était parfaitement inutile. Il faut dire aussi que là où l’Orchestre de Paris distillait son lot de touches de lumière d’une manière très française, le Klangforum Wien cherche plutôt dans les arrière-cours du malaise et une forme d’inquiétude très en phase avec la scène, toujours sous la baguette d’un Emilio Pomarico nageant avec aisance dans les styles variés d’une partition en manteau d’Arlequin, d’une volubilité straussienne, avec des bouffées d’orientalisme, de choral luthérien ou de multiples clins d’œil selon les situations dramatiques.

    Après Aix et la Monnaie, avant Bordeaux, on souhaite en tout cas longue vie et de multiples reprises à cet ouvrage extrêmement attachant par-delà son rôle-titre exaspérant, et à cette production intelligente, efficace, défendue par une équipe de premier choix.




    Auditorium, Dijon
    Le 10/10/2017
    Yannick MILLON

    Première à l’Opéra de Dijon de Pinocchio de Boesmans dans une mise en scène de Joël Pommerat et sous la direction d’Emilio Pomarico.
    Philippe Boesmans (*1936)
    Pinocchio, opéra en un prologue, 23 scènes et un épilogue
    Livret de Joël Pommerat d’après le conte de Carlo Collodi

    Coproduction avec le Festival d’Aix-en-Provence, la Monnaie de Bruxelles et l’Opéra de Bordeaux

    Klangforum Wien
    direction : Emilio Pomarico
    mise en scène : Joël Pommerat
    décors et éclairages : Éric Soyer
    costumes : Isabelle Deffin
    vidéo : Renaud Rubiano

    Avec :
    Chloé Briot (le Pantin), Stéphane Degout (un directeur de troupe / un escroc / un meurtrier), Vincent Le Texier (un père / un meurtrier / un maître d’école), Yann Beuron (un directeur de cabaret / un juge / un escroc / un meurtrier / un marchand d’âne), Julie Boulianne (un mauvais élève, une chanteuse de cabaret), Marie-Ève Munger (une Fée).

     



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