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CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2018

Nouvelle production d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski dans une mise en scène de Barrie Kosky et sous la direction de Stanislav Kochanovsky à l’Opéra de Zürich.

Entre Tchekhov et Bergman

Pour ce nouvel Onéguine zurichois, la production forte et physique de Barrie Kosky choisit d’atténuer le contraste entre l’univers campagnard et la noblesse pétersbourgeoise au profit d’une scène finale anthologique. Peter Mattei, aussi bon acteur que prodigieux chanteur, domine une très belle distribution au remarquable engagement.
 

Opernhaus, Zürich
Le 13/10/2017
Pierre-Emmanuel LEPHAY
 



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  • On doit à Barrie Kosky un Macbeth présenté ici-même l’an dernier dont nous étions sorti complètement bouleversé. Et autant ce Verdi était d’une noirceur étouffante, autant Eugène Onéguine est vert d’un bout à l’autre, le metteur en scène se refusant audacieusement au traditionnel contraste entre la petite bourgeoisie des campagnes et le luxe des nobles pétersbourgeois.

    Le plateau est recouvert tout du long par une herbe épaisse qu’accompagnent quelques arbres figurant la campagne de la propriété des Larine. Ainsi, pour l’acte pétersbourgeois, l’herbe sera toujours présente, élément indissociable de la « nature » de Tatiana, cette terre dont elle ne peut s’arracher et ce, malgré son mariage avec Grémine – une idée que renforce ce bout d’architecture néo-classique posé à même l’herbe et qui sera démonté in fine sous nos yeux, tel un artifice masquant la réalité des faits.

    C’est ainsi dans le décor du premier tableau que se déroulera la scène finale, comme si Tatiana devait signifier son refus à Onéguine dans le même cadre que celui qu’elle reçut de lui auparavant afin qu’il en prenne toute sa valeur et qu’il en soit l’exact symétrique. L’image de ces deux amants se débattant avec leurs sentiments sous une pluie battante, tombant sur ce cadre idyllique en fin d’acte, restera extrêmement forte.

    Cette puissance, on la trouve encore tout au long du spectacle avec une direction d’acteurs prodigieuse, très physique, avec notamment un Onéguine crevant d’ennui et de mépris pour ces braves gens qui l’accueillent pourtant avec chaleur ou encore pendant la scène de la lettre où Tatiana est recluse dans un rond de lumière à l’avant-scène. Même justesse pour les retrouvailles d’Onéguine et Tatiana, celle-ci tournant le dos au public mais dont on voit les bras exprimer tout son tourment. Finalement, il y a quelque chose de Tchekhov dans cette vision, pour le cadre, mais aussi d’Ingmar Bergman, pour la direction d’acteurs qui fait exploser la psychologie des personnages.

    Aussi faut-il des chanteurs qui soient de grands acteurs pour donner toute sa dimension à un tel travail, et l’Opernhaus Zürich a su réunir de tels artistes. À commencer par un Peter Mattei absolument prodigieux de voix et de jeu, renversant par une voix homogène sur tous les registres, avec cette matité typique des voix nordiques ô combien séduisante et qui colle parfaitement au caractère du dandy Onéguine. La Tatiana d’Olga Bezsmertana, si elle n’affiche pas la même splendeur de timbre et souffre d’un grave manquant de puissance, s’inscrit dans une même volonté d’incarnation puissante avec une musicalité de tous les instants. La performance est d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’une prise de rôle, tout comme pour Ksenia Dudnikova, Olga d’une grande fraîcheur mais dont on regrettera qu’elle privilégie le son et des graves trop poitrinés au détriment du naturel.

    Prises de rôles encore pour la belle Larina de Liliana Nikiteanu et la truculente Niania de Margerita Nekrasova. Côté hommes, louons le superbe Lenski de Pavol Breslik dont, là encore, la très grande intelligence du chant le dispute à celle de l’incarnation théâtrale rendant les tourments du personnage particulièrement émouvants. Même intelligence, même subtilité avec le formidable Grémine de Christoph Fischesser qui parsème son fameux air d’une variété de nuances assez prodigieuse.

    Il est assez difficile de savoir si toute cette finesse musicale est due au seul metteur en scène ou également à la direction de Stanislav Kochanovsky tant celle-ci manque de nuances dans la première partie de la soirée pour en trouver au fur et à mesure des tableaux. L’ensemble est cependant assez déconcertant même si demeurent quelques beaux épisodes et un travail intéressant sur les tempi. L’orchestre et les chœurs paraissent toutefois dans une petite forme au niveau de la sonorité sinon au niveau d’un engagement toujours vaillant.




    Opernhaus, Zürich
    Le 13/10/2017
    Pierre-Emmanuel LEPHAY

    Nouvelle production d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski dans une mise en scène de Barrie Kosky et sous la direction de Stanislav Kochanovsky à l’Opéra de Zürich.
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Eugène Onéguine, scènes lyriques en trois actes et sept tableaux (1877)
    Livret de Modest Tchaïkovski d’après Pouchkine

    Chor der Oper Zürich
    Philharmonie Zürich
    direction : Stanislav Kochanovsky
    mise en scène : Barrie Kosky
    décors : Rebecca Ringst
    costumes : Klaus Bruns
    éclairages : Franck Evin
    préparation des chœurs : Ernst Raffelsberger

    Avec :
    Olga Bezsmertna (Tatiana), Ksenia Dudnikova (Olga), Pavol Breslik (Lenski), Peter Mattei (Onéguine), Liliana Nikiteanu (Madame Larina), Margerita Nekrasova (Filipievna), Christoph Fischesser (Grémine), Stanislav Vorobyov (un Capitaine / Zaretski), Martin Zysset (Monsieur Triquet).

     



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