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CRITIQUES DE CONCERTS 19 août 2018

Création londiale de l’Invisible de Reimann dans une mise en scène de Vasily Barkhatov et sous la direction de Donald Runnicles à la Deutsche Oper de Berlin.

Paranormal Activity
© Bernd Uhlig

Sept ans après Medea, Aribert Reimann revient à l’opéra avec pour la première fois une trilogie en français, portée par la diction impeccable des chanteurs de l’ensemble de la Deutsche Oper Berlin. Les deux premières parties créent une vraie situation d’angoisse, mais la composition comme le livret trouvent leurs limites dans la dernière histoire.
 

Deutsche Oper, Berlin
Le 08/10/2017
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Après Edward II d'Andrea Lorenzo Scartazzini en mars, la Deutsche Oper Berlin continue son travail de développement du répertoire contemporain avec un nouvel opéra du célèbre Aribert Reimann. Basée sur trois textes de Maurice Maeterlinck, l’œuvre est regroupée sous un seul titre, l’Invisible, chantée en français dans une écriture facilement identifiable au style du compositeur allemand.

    L’Intrus ouvre la soirée et présente ses meilleurs moments, dans la composition un matériau tendu et saturé à l’aigu de la part des cordes, seules pendant plusieurs dizaines de minutes avant qu’enfin n’interviennent les bois, puis seulement dans la dernière pièce, la Mort de Tintagiles, les percussions, avec les habituels timbales et tam-tam chers à Reimann. Pour les Berlinois déjà accoutumés à Lear et ayant découvert dans une nouvelle production Medea l’an passé à la Komische Oper, ce nouvel ouvrage doit sembler quelque peu monotone, même si la personnalité de la partition reste indéniable.

    Sur scène se remarque d’abord la qualité du français de toute la distribution, presque systématiquement compréhensible, même si s’en démarquent particulièrement quelques individualités, à commencer dans la première partie par le Grand-Père aveugle de Stephen Bronk, le seul à percevoir la présence d’un intrus, à l’égale de celle des autres êtres qu’il ne peut pas mieux voir. De la recherche de l’invisible né une superbe situation d’angoisse, identique à l’atmosphère des films Paranormal Activity, qui réussissent à inquiéter seulement par l’incompréhension de la situation. Le climax est atteint lorsqu’un corps semble se lever de la table sous la nappe, nappe qui une fois enlevée ne montre qu’une surface de bois lisse.

    La mise en scène de Vasily Barkhatov dans les décors de grande qualité de Zinovy Margolin s’épuise cependant rapidement, car même si elle joue avec des vidéos de Robert Pflanz permettant d’intégrer de fausses ombres dans la deuxième pièce, Intérieur, la troisième et ses images d’univers médicaux puis ses pompiers devant une voiture calcinée semblent déjà connus sans apporter beaucoup à la dynamique. Cette sensation de déjà-vu s’accorde à celle de déjà-entendu dans la matière musicale depuis Lear, même lors des excellents interludes, dont certains cherchent exactement le même principe de composition que les précédents du chef-d’œuvre des années 1970.

    Musicalement, il faut relever encore quelques noms, à commencer par ceux des deux sopranos, Rachel Harnisch magnifique dans sa partition aux aigus hauts-perchés et tendus, et Annika Schlicht, plus claire de timbre et plus colorée. Seth Carico et Thomas Blondelle complètent la distribution, ainsi que trois bons chanteurs majoritairement en voix de tête pour servir la reine au dernier tableau. La direction précise de Donald Runnicles conduit un orchestre dont les sonorités wagnériennes rendent hommage à la partition, même si l’on aimerait plus de sons anguleux, plus de soutien dans les grands moments de tension et plus de couleurs dans les parties debussystes, la plus belle étant lorsque sur scène à la fin de l’Intrus, le compositeur réutilise pour lui un extrait de la scène finale entre Golaud et Mélisande.

    Le plaisir de voir arriver le compositeur d’une œuvre telle que celle entendue ce soir reste intact, surtout quand il arrive aussi radieux et souriant pour saluer toute l’équipe sur le plateau, devant une salle debout pour l’accueillir.




    Deutsche Oper, Berlin
    Le 08/10/2017
    Vincent GUILLEMIN

    Création londiale de l’Invisible de Reimann dans une mise en scène de Vasily Barkhatov et sous la direction de Donald Runnicles à la Deutsche Oper de Berlin.
    Aribert Reimann (*1936)
    L’Invisible, trilogie lyrique
    D’après Maurice Maeterlinck
    Création Mondiale

    Orchester der Deutschen Oper Berlin
    direction : Donald Runnicles
    mise en scène : Vasily Barkhatov
    décors : Zinovy Margolin
    costumes : Olga Shaishmelashvili
    vidéos : Robert Pflanz
    éclairages : Ulrich Niepel

    Avec : Rachel Harnisch (Ursula / Marie / Ygraine), Annika Schlicht (Marthe / Bellangère), Ronnita Miller (Servante), Seth Carico (Le Père), Stephen Bronk (Le Grand-Père / Le Vieux / Aglovale), Thomas Blondelle (L’Oncle / L’Étranger), Gelimer Reuter / Salvador Macedo (L’Enfant / Tintagiles), Tim Severloh, Matthew Shaw, Martin Wölfel (Trois Serviteurs de la Reine).
     



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