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CRITIQUES DE CONCERTS 22 novembre 2017

Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Jonathan Darlington à la Philharmonie de Paris.

Boléro jouissif…

… pour conclure le concert de l’Orchestre de Paris qui, sous la direction de Jonathan Darlington, avait eu la trop rare bonne idée de mettre trois œuvres françaises à son programme. Mais ni le Prélude à l’après-midi d’un Faune de Debussy, ni la Tragédie de Salomé de Florent Schmitt n’ont, avant Ravel, connu pareil bonheur d’interprétation.
 

Philharmonie, Paris
Le 18/10/2017
Claude HELLEU
 



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  • Le Boléro de Ravel a vécu une de ses plus belles interprétations. Dix-sept minutes de ce long et progressif crescendo à nul autre pareil, s’enrichissant peu à peu des pupitres venus rejoindre un à un les premiers solistes solitaires de la petite harmonie et le percussionniste venu se placer en avant et au centre de l’orchestre, juste face à Jonathan Darlington, une caisse claire entre les jambes.

    Discrètement, légèrement, sensuellement, il introduit et gardera le rythme parfaitement immuable dans toute sa montée vers l’explosion du fortissimo final. La flûte rejointe par la clarinette, le basson, le hautbois d’amour, ont donné au thème ses sobres mais lumineuses couleurs. Égaux, solidaires, les contrebasses et les seconds violons, la trompette, les cors, le saxo s’immiscent dans l’accompagnement cependant que chaque musicien de l’orchestre s’intègre à la progression harmonique sans jamais faillir à la rigueur d’un rythme aussi lisse qu’obsédant.

    Pas un accent ne brusque l’uniformité envoûtante, pas un contraste ne rompt l’évolution de la seule diversité des timbres née de leur fusion. Naturel et simplicité des instrumentistes au sommet de leur art, homogénéité parfaite, le tissu orchestral se gonfle sur l’accompagnement de plus en plus subtil où cordes et cuivres se retrouvent imperturbablement sur le même plan.

    Étayé de ce lancinant support, l’accroissement de la masse sonore prend un caractère fatidique fascinant. Montée irrépressible, puissance grandiose et toujours inéluctable, véritable suspense : l’Orchestre de Paris relève le défi de ce chef-d’œuvre de Ravel en portant aux nues le génie d’une écriture répétitive avant l’heure et l’atmosphère unique et indéfinissable qui peut alors en sourdre.

    Debussy n’avait pas connu pareille réussite. Sous la direction de Jonathan Darlington, le Prélude à l’après-midi d’un faune pâtit d’un certain brouillard. D’où la banalisation des teintes pastorales du poème de Mallarmé, qui aima tant la partition que Debussy en tira. Fluide, joueuse tel le faune censé vivre sous nos yeux, la flûte y rayonne néanmoins, même si parfois le son s’en perd sous les nuances un peu grosses qui l’entourent. La grâce et la fantaisie manquent à la fadeur de cette interprétation de musique typiquement française.

    De la même manière que la Tragédie de Salomé de Florent Schmitt, presque au même moment que celle d’Oscar Wilde et Richard Strauss – et conforme au poème de Robert d’Humières qui l’inspira – perd sa troublante folie. D’un Prélude au calme plat aux Enchantements sur la mer, les frissons des violons sans mystère, les danses enchaînent évocations piano étales et emportements excessifs au détriment de tout émoi.

    Danse des perles à la vivacité bien et sagement scandée, Danse des éclairs privée de son dramatisme, la trompette bouchée et les cuivres exécutant parfaitement ce qu’on leur commande, Danse de l’effroi à l’orage plus bruyant qu’effrayant, percussions à l’appui, cuivres à toute volée. Beaux tutti où chaque pupitre se singularise au mieux dans un ensemble sans chair. Les irréprochables déchaînements de l’orchestre unifient exubérance et lyrisme. Cette violence prive son délire final de toute ivresse.

    La passion déserte de même ce soir Roméo et Juliette. À tout souligner en contrastes semblables, Darlington banalise les paroxysmes d’une musique qui peut être si expressive. Le drame de Shakespeare, latent, se déroule comme prévu. Motifs et nuances évoquent fidèlement une évolution aux étapes délictueuses lourdement appuyées. Si le pittoresque et la douceur sont au rendez-vous, leur humanité se montre des plus courantes. Certes, les pupitres rendent justice à la palette orchestrale de Prokofiev – la présence des contrebasses sur les pizzicati des seconds violons. Pourtant le sort des deux héros indiffère, faute d’un tempérament pour habiter leur histoire. Mais ensuite, si belle surprise avec ce Boléro d’anthologie…




    Philharmonie, Paris
    Le 18/10/2017
    Claude HELLEU

    Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Jonathan Darlington à la Philharmonie de Paris.
    Claude Debussy (1862-1919)
    Prélude à l’après-midi d’un faune
    Florent Schmitt (1870-1958)
    La Tragédie de Salomé, suite op. 50
    Serge Prokofiev (1871-1953)
    Roméo et Juliette, suite n° 2, op. 64 ter
    Maurice Ravel (1875-1937)
    Boléro
    Orchestre de Paris
    direction : Jonathan Darlington

     


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