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CRITIQUES DE CONCERTS 16 novembre 2018

Reprise de Tristan et Isolde de Wagner dans la mise en scène de Claus Guth, sous la direction de Gianandrea Noseda au Teatro Regio de Turin.

Un Tristan nietzschéen
© Ramella&Giannese / Teatro Regio

Incontournable dans Verdi, Gianandrea Noseda aborde cette saison au Teatro Regio le répertoire germanique avec notamment un Tristan aminci et tout en poésie quoique très accroché aux cordes. Dans la production de Claus Guth initiée à Zurich, le couple détonant formé par le Tristan de Peter Seiffert et l’Isolde de Ricarda Merbeth sert le drame wagnérien en splendeur.
 

Teatro Regio, Torino
Le 15/10/2017
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Dès le prélude, le raffinement de Gianandrea Noseda annonce qu’il n’y aura aucune lourdeur, ce d’autant que l’orchestre, moins pléthorique que dans une fosse allemande, présente moins de masse sonore. Cela oblige le chef italien à demander de plus appuyer sur les archets, notamment sur les contrebasses dont les cordes se montrent accrocheuses dans toutes les parties chromatiques, mais redeviennent limpides dès le retour aux diatonismes pour exalter la beauté de l’amour.

    La harpe solitaire rend merveilleuse chacune de ses notes, et le cor anglais magnifie son solo, gâché par les toux du public. La dynamique s’accélère avec l’arrivée de Marke ainsi que lors des passages plus nerveux. Les effluves de la fosse profitent à tout le duo autant qu’à la dernière partie avec la mort de Tristan puis d’Isolde. À un énorme accroc du cor près, le prélude du III est lui aussi sublime dans la façon de ne pas alourdir le propos tout en se donnant un poids suffisant pour marquer l’auditeur.

    La mise en scène de Claus Guth, créée à Zurich en 2007 avec Ingo Metzmacher et reprise trois ans plus tard avec Bernard Haitink, date de la grande période du metteur en scène allemand. Isolde et Brangäne sont habillées et coiffées à l’identique, non pour faire croire à deux sœurs jumelles, mais plutôt pour lier en une seule les deux personnes. Au II, Isolde est vêtue de blanc tandis que Brangäne est en noir : se dessine alors la bonne et la mauvaise conscience d’une même femme, peut-être Mathilde Wesendonck puisque Guth aime replacer les œuvres dans le contexte qui les a vu naître. Les deux femmes seront enfin définitivement liées par une même robe noire. Transformée en drame psychologique bourgeois, l’action n’est pour autant pas dénaturée ; elle présente au II une belle vivacité dans la course des amants à travers les pièces de la maison, grâce au jeu de tournette du décor.

    Peter Seiffert n’en est pas à son premier Tristan, mais il impressionne ce soir par une forme incroyable ; vif dès son entrée, exalté au II et encore vaillant au III alors qu’il s’y était totalement effondré à Zurich en 2010, il n’aura jamais chanté sur la réserve. Riccarda Merbeth a abordé le rôle plus récemment pour Hambourg et l’a appris avec le répétiteur de Bayreuth, Richard Trimborn, décédé il y a quelques jours. Elle va chercher avec difficulté le registre le plus grave, mais ses aigus sont surpuissants et sa diction exemplaire. Michelle Breedt fatigue à la fin du premier acte, fait excusable puisqu’elle chante toutes les représentations, et retrouve donc ce dimanche à 15h une scène quittée la veille à 23h passées.

    Martin Gantner se trouvait également sur le plateau hier, mais le rôle de Kurwenal est moins lourd et il le tient avec brio tant dans le timbre que dans la projection. Steven Humes semble mieux porter les habits de Roi Marke qu’à Paris, même si le timbre ne correspond pas totalement à ce que l’on attend dans ce rôle de haute stature. Jan Vacík est un Melot efficace, quand Joshua Sanders fait honneur au Pâtre, à un moment où Tristan et Kurwenal presque mendiants semblent attendre Godot tant ils ont l’air perdus face à l’existence.

    Alors qu’en fosse la poésie se déploie sans interruption, on pense à Nietzsche au crépuscule de sa vie consciente : « Je regardais de haut les premières œuvres de Wagner, trop commune, trop allemandes… Mais aujourd’hui encore je cherche en vain une œuvre qui ait la même dangereuse fascination, la même effrayante et suave infinitude que Tristan. »




    Teatro Regio, Torino
    Le 15/10/2017
    Vincent GUILLEMIN

    Reprise de Tristan et Isolde de Wagner dans la mise en scène de Claus Guth, sous la direction de Gianandrea Noseda au Teatro Regio de Turin.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Tristan und Isolde, drame en trois actes (1865)
    Livret du compositeur, d’après Gottfried von Strasburg

    Coro ed Orchestra del Teatro Regio Torino
    direction musicale : Gianandrea Noseda
    mise en scène : Claus Guth
    décors & costumes : Christian Schmidt
    éclairages : Jürgen Hoffmann
    préparation des chœurs : Claudio Fenoglio

    Avec :
    Peter Seiffert (Tristan), Ricarda Merbeth (Isolde), Michelle Breedt (Brangäne), Steven Humes (König Marke), Martin Gantner (Kurwenal), Jan Vacík (Melot), Joshua Sanders (Ein Hirt), Franco Rizzo (Der Steuermann), Patrick Reiter (Ein junger Seeman).

     



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