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CRITIQUES DE CONCERTS 20 novembre 2017

Première à l’Opéra Comique de la Flûte enchantée de Mozart mise en scène par Barrie Kosky et Suzanne Andrade, sous la direction de Kevin John Edusei.

Mozart fait son cinéma
© Iko Freese

Elle a presque fait le tour du monde avec un succès jamais démenti. Pour la première fois en France, la Flûte enchantée façon cinéma muet du Collectif 1927 et Barrie Kosky débarque à la salle Favart en un émerveillement visuel continu de deux heures trente. Si seulement la musique, avec la troupe de la Komische Oper de Berlin, avait su se hisser au même niveau !
 

Opéra Comique - Salle Favart, Paris
Le 06/11/2017
Yannick MILLON
 



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  • 1927, l’année charnière où le cinéma est devenu parlant. C’est la balise qu’ont voulu intégrer dans son titre le Collectif 1927 et ses fondateurs britanniques Suzanne Andrade et Paul Barritt, qui se sont adjoint en 2012 les services du metteur en scène australien Barrie Kosky pour illustrer le plus célèbre des opéras en langue allemande, la Flûte enchantée, dans une approche axée sur le merveilleux et le conte, délaissant la symbolique ésotérique traitée partout depuis trente ans.

    Un retour aux sources doublé d’un tour de force (et de finesse), le dispositif scénique réduit à un fond de scène neutre permettant d’escamoter des personnages totalement immergés dans les décors dessinés par la seule vidéo, en une alchimie époustouflante suscitant du comique, du loufoque, du rêve, à travers un hommage au cinéma muet, dont l’univers colle idéalement à ce livret disparate : Papageno en Buster Keaton, Monostatos en Comte Orlok s’invitant dans le lit d’une Pamina aux airs de Louise Brooks, Papagena en meneuse de revue.

    Kosky sait en outre flatter l’âme d’enfant qui sommeille en chacun, avec son impayable bestiaire : la flûte en fée musique, les Knaben en papillons, les éléphants et singes mécaniques de Sarastro, la Reine de la nuit en araignée géante, les loups de Monostatos pris de French cancan et surtout le chat noir fripon de Papageno. Qu’il réclame à manger ou qu’il pleure sur sa solitude, ce dernier est d’ailleurs le personnage qui nous parle de nous, de notre temps : de ses larmes naissent les fleurs que pollinisent abeilles et oiseaux quand il chante avec Pamina son duo sur la complémentarité hommes-femmes, tandis que la chaîne d’élevage de volailles en batterie de Sarastro le fournit en poulets rôtis.

    La descente en nacelle dans le feu des Enfers, le ballet abyssal de l’épreuve de l’eau, les têtes mécaniques du temple de la sagesse façon Metropolis, rien ne manque à la panoplie, et la scène de chercher parfois plus près de nous, vers Tim Burton ou le Michel Ocelot des Contes de la nuit. Pour pousser le bouchon à fond, les dialogues ont été remplacés par les fameux intertitres du cinéma muet, accompagnés au pianoforte par des extraits des fantaisies pour clavier de Mozart, dans une forme d’évidence stylistique.

    © Iko Freese

    Si seulement la musique parvenait à nous faire décoller autant ! Tout absorbé à une articulation maniaque, Kevin John Edusei bâtonne en fosse, expédie l’ouverture et passe à côté de la tendresse, traitant les voix comme des instruments, sans jamais respirer avec le plateau ou un chœur Arnold Schönberg étrangement hétérogène, à la tête d’un Orchestre de la Komische Oper trop sonore et concret, sans mystère, qui corsète l’ensemble du plateau. Une distribution bien moyenne d’où se démarquent les excellents Knaben des Tölzer, le Monostatos fielleux de Johannes Dunz et le Papageno très naturel et un peu triste de Dominik Köninger.

    Car les Trois Dames, malgré leur texte pris à un train d’enfer, n’en demeurent pas moins ingrates de timbre, face à la Reine de la nuit aux jolies coloratures mais à l’allemand en compote et au grave fantôme de Christina Poulitsi, ou encore au Sarastro trémulant et sans noblesse de Wenwei Zhang, par ailleurs un Orateur d’une musicalité réduite à la portion congrue. Quant au Tamino de Tansel Akzeybek, il faut pouvoir passer la barrière d’une émission de premier communiant, très nasale, pas un son couvert, moins handicapante dans les ensembles que dans son air.

    Reste la Pamina de Vera-Lotte Böcker, qui campe une jeune fille tout sauf victime, prenant son destin en main, jolie voix vibrante au troisième registre bien asséné mais aux attaques négligentes et aux sons pris par-dessous. Au moins sait-elle plus que tout autre prodiguer des nuances, quelques suspensions sans vibrato, bref, les rares délicatesses dont la musique était ce soir avare, là où la scène n’était qu’émerveillement.




    Opéra Comique - Salle Favart, Paris
    Le 06/11/2017
    Yannick MILLON

    Première à l’Opéra Comique de la Flûte enchantée de Mozart mise en scène par Barrie Kosky et Suzanne Andrade, sous la direction de Kevin John Edusei.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Die Zauberflöte, Singspiel en deux actes (1791)
    Livret d’Emanuel Schikaneder

    Arnold Schönberg Chor
    Orchester der Komische Oper Berlin
    direction : Kevin John Edusei
    mise en scène : Suzanne Andrade & Barrie Kosky
    conception : Collectif 1927
    décors & costumes : Esther Bialas
    éclairages : Diego Leetz

    Avec :
    Vera-Lotte Böcker (Pamina), Tansel Akzeybek (Tamino), Christina Poulitsi (Königin der Nacht), Wenwei Zhang (Sarastro / Sprecher), Dominik Köninger (Papageno), Martha Eason (Papagena), Johannes Dunz (Monostatos), Nina Bernsteiner (Erste Dame), Gemma Coma-Alabert (Zweite Dame), Nadine Weissmann (Dritte Dame), Timothy Richards (Erster geharnischten Mann), Philipp Meierhöfer (Zweiter geharnischten Mann), Tölzer Knabenchor (Drei Knaben).

     



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