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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2017

Concerts de l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg sous la direction de Yuri Temirkanov, avec la participation de la violoniste Julia Fischer au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Rêves d’hiver
© Sasha Gusov

On pensait définitivement ne pas aimer son art, qu’il pratique depuis bientôt trente ans à la tête de la Philharmonie de Saint-Pétersbourg. Mais à l’occasion de ce détour parisien sur deux soirs, nous voilà presque rabiboché avec la direction loin de l’orthodoxie mravinskienne mais finalement assez authentique de Yuri Temirkanov, dans Tchaïkovski du moins.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 09/11/2017
Yannick MILLON
 



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  • Son manque d’investissement au pupitre, son air détaché et la routine de ses interprétations depuis bientôt trois décennies, doublés d’une réputation de modeste travailleur nous tenaient éloigné depuis bien longtemps des concerts de Yuri Temirkanov, qui a succédé en 1988 au géant Evgeni Mravinski à la tête de l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg sans en avoir jamais eu ni le charisme ni les exigences hors du commun.

    Sur ce point, rien de neuf sous le soleil de ces deux concerts de tournée au TCE : Temirkanov n’est toujours pas un grand chef. Le Concerto pour violon de Brahms qui ouvre le premier soir le confirme assez. Petite silhouette racornie quasi immobile, la main gauche hésitante pour tourner les pages des mêmes partitions ânonnées depuis des lustres, gestique rudimentaire et tendance à laisser traîner les archets dans un legato par défaut assez impersonnel.

    Mais voilà que fait son entrée le violon à la sonorité un peu voilée de Julia Fischer, jamais agressive dans les coups d’archets les plus francs, d’une musicalité si éloignée des bêtes de technique, mais ce soir incertaine d’intonation jusque dans le Caprice en si mineur de Paganini proposé en bis. On reste quoi qu’il en soit fasciné par l’élégance de cet archet aux teintes cendrées, par le noyau si vivant du vibrato, et par ces trilles extrêmement rapides, d’une fièvre romantique idéale dans le Finale.

    Le lendemain, elle trouve enfin un soutien auprès du chef russe qui semble revigoré dès les mesures introductives du concerto de Tchaïkovski. La jeune Allemande peut dès lors insuffler plus de liberté à sa cadence du premier mouvement, à une Canzonetta magnifique de pudeur, la pulsation à contretemps du cor, immensément expressive, écho d’un cœur en souffrance en cette période si douloureuse pour le compositeur. Un moment de grâce renouvelé dans la Sarabande en ré mineur de Bach offerte avant de prendre congé du public.

    Le noyau dur des deux programmes restait toutefois les deux symphonies de Tchaïkovski que Temirkanov trimballe telles des cartes de visite depuis la fin des années 1980. Et si l’on ne saurait contester la baisse de niveau du Philharmonique de Saint-Pétersbourg de l’époque de son prédécesseur, la plus européenne des phalanges russes sait encore briller dans son répertoire national.

    On prend d’abord peur face au thème du destin ouvrant la Quatrième, presque à l’arrêt, englué dans ses notes répétées, un sentiment vite dissipé par des tempi rapides sans pesanteur. Et la couleur tchaïkovskienne est là, violoncelles légèrement émaciés, violons fins et tendus, bois verts. L’Andantino est l’occasion d’un rubato prononcé sur chaque phrase du hautbois, sacrilège contre l’orthodoxie mravinskienne qui par miracle ne ruinera pas ce soir l’architecture globale.

    Mais c’est surtout à l’authenticité de certaines pages que l’on doit d’adhérer à ces exécutions non exemptes de défauts – le manque d’ambiguïté des bois, des timbales avec une seule dureté de baguettes, et pas la plus tonique –, comme au cœur du premier mouvement, après le second thème, la couleur gagnée par le givre du léger balancement des violons sur la douce pulsation des timbales, rappelant le mot de Rostropovitch : « moi, je sais ce que c’est que la neige qui tombe sur Saint-Pétersbourg ».

    Des moments renouvelés dans une Cinquième où les seconds thèmes s’élargissent jusqu’à la complaisance, mais où après un ultime tutti fermement ponctué, les cordes graves sculptent admirablement la dernière descente du premier mouvement, quasi enchaîné à un Andante cantabile où le cor fait à nouveau merveille, avant une Valse au naturel inouï.

    Deux soirées conclues par un bis, l’émouvant Nimrod des Variations Enigma le jeudi, moins dans la veine des Rêves d’hiver tchaïkovskiens qu’une Danse des petits cygnes qui nous a longtemps trotté dans la tête le mercredi soir.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 09/11/2017
    Yannick MILLON

    Concerts de l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg sous la direction de Yuri Temirkanov, avec la participation de la violoniste Julia Fischer au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    8 novembre :
    Johannes Brahms (1833-1897)
    Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 77
    Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Symphonie n° 4 en fa mineur op. 36
    9 novembre :
    Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 35
    Julia Fischer, violon
    Symphonie n° 5 en mi mineur op. 64
    Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg
    direction : Yuri Temirkanov

     


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