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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2017

Concert de l’Orchestre national de France sous la direction de Neeme Järvi, avec la participation du trompettiste Andreï Kavalinski et du pianiste Simon Trpčeski, à l’Auditorium de Radio France, Paris.

Implacable Neeme Järvi
© Frederick Stucker

Après une magnifique Septième de Chostakovitch la saison passée, Neeme Järvi revient devant un ONF des grands soirs pour interpréter cette fois les moins célèbres Neuvième et Douzième Symphonie, ainsi qu’un Concerto pour piano n° 1 aussi passionnant à la trompette d’Andreï Kavalinski que dans les parties de piano de Simon Trpčeski.
 

Auditorium de la Maison de la Radio, Paris
Le 05/11/2017
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Au jeu des meilleures formations françaises, l’Orchestre national de France fait souvent figure de parent pauvre par rapport à ses confrères du Philharmonique de Radio France et de l’Orchestre de Paris. Pourtant chez les musiciens et chefs d’orchestre, il reste le plus reconnu des trois, pour sa typicité de son d’abord, mais aussi pour ses individualités aux premiers pupitres, exceptionnels lorsqu’ils le veulent et lorsqu’ils sont dirigés par les plus grands, comme ce jeudi soir sous la baguette du jeune octogénaire Neeme Järvi.

    Le programme complète un week-end de récitals de piano russe autour de la Révolution d’octobre 1917 et débute par la Symphonie n° 9 de Dmitri Chostakovitch écrite en hommage à Lénine. Si violons et altos ne cherchent jamais à trop assombrir cette partition, la concentration de ces pupitres impressionne immédiatement en même temps qu’elle offre une belle densité. Pas de noirceur non plus avec les violoncelles, eux-aussi transparents dans le style de l’école française, mais une véritable gravité se développe en revanche chez les contrebasses, notamment dans le Largo, fascinant de bout en bout par la lenteur du tempo et par un solo de basson exemplaire. Le solo de la première violon Sarah Nemtamu est de la même tenue, lui aussi clair à la française, mais adapté à la partition russe dans la causticité de son phrasé.

    Pour le Concerto n° 1 pour piano et trompette créé à Leningrad en 1933 nous quittent les percussions et les bois, mais restent les cordes. Simon Trpčeski introduit le premier thème et affiche déjà un style particulier, fin en même temps qu’empreint d’une impressionnante dextérité, bien mise en valeur dès la seconde intervention juste après l’apparition des violons. La trompette d’Andreï Kavalinski s’intègre à l’ensemble, d’abord un peu sur la réserve, puis d’une superbe ampleur lorsqu’elle chausse la sourdine pour le Lento. Nous évoquions dans la symphonie précédente la puissance du Largo, mais ici le mouvement lent touche encore plus dès les premières mesures aux cordes, d’une retenue fantastique avant que le piano n’intervienne, lui aussi empli d’émotion.

    La trompette et le piano joueront un bis, Ombra mai fu de Haendel, donné tout en subtilité juste avant l’entracte. Puis l’orchestre revient au complet pour la Symphonie n° 12, d’abord elle aussi prévue en hommage à Lénine, puis finalement appelée « Année 1917 ». Elle évoque donc bien la révolution, mais à l’instar de la Neuvième et à la différence de toutes les autres symphonies de guerre, fait partie des œuvres les plus intimes et les plus intimistes du compositeur. Son traitement par Neeme Järvi et l’ONF est du même niveau que le reste du concert. Les cordes graves présentent une fois encore leur belle raucité dans l’introduction du Moderato, sous-titré Pétrograd révolutionnaire.

    Le thème révolutionnaire et sa sortie de l’ensemble pendant tout le mouvement pour signifier les émeutes laissent ensuite la place à deux parties plus lentes mais tout aussi tendues, Razliv et l’Aurore, dans lesquels il faut citer d’abord les cuivres, trombones en tête, les percussions, superbes depuis le début de la soirée, et chez la petite harmonie la flûte et le piccolo ainsi que la clarinette et encore une fois le basson. Le finale, l'Aube de l'humanité, cite les thèmes des mouvements précédents en maintenant une atmosphère tendu et une superbe concentration, celle d’un chef parfois jugé trop ferme et trop pesant dans le son, mais exceptionnel de maîtrise et impressionnant ce soir comme l’an passé lors de cette soirée autour des œuvres de Chostakovitch.




    Auditorium de la Maison de la Radio, Paris
    Le 05/11/2017
    Vincent GUILLEMIN

    Concert de l’Orchestre national de France sous la direction de Neeme Järvi, avec la participation du trompettiste Andreï Kavalinski et du pianiste Simon Trpčeski, à l’Auditorium de Radio France, Paris.
    Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
    Symphonie n° 9 en mib majeur op. 70
    Concerto n° 1 pour piano, trompette et cordes en ut mineur op. 35
    Andreï Kavalinski, trompette
    Simon Trpčeski, piano
    Symphonie n° 12 en ré mineur op. 112 « Année 1917 »
    Orchestre national de France
    direction : Neeme Järvi

     


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