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CRITIQUES DE CONCERTS 19 janvier 2018

Récital du pianiste Stephen Hough à l'Auditorium du Louvre, Paris.

De la nature à l’architecture

Un récital dont Stephen Hough a pensé le programme avec intelligence. Le grand musicien, compositeur et écrivain, revendique sa volonté de compréhension et comparaison des univers abordés avec les peintures sensuelles de Debussy et les œuvres abstraites, classiques, de Beethoven et Schumann, d’après lui leurs deux plus grandes pour le piano.
 

Auditorium du Louvre, Paris
Le 22/11/2017
Claude HELLEU
 



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  • Debussy rêve, Schumann se livre, Beethoven s’emporte. Le jeu différent, Stephen Hough personnalise jusque dans ses contacts avec l’instrument les œuvres qu’il oppose dans un programme conçu pour en souligner les contrastes. Un Clair de lune en demi-teintes favorise l’évasion. La souplesse du toucher irradie les reflets subtilement changeants des sonorités.

    S’enchaînent les Images du livre II. La douceur d’un doigté toujours dans le clavier suscite les résonnances des Cloches à travers les feuilles. Les harmonies nuancent leurs couleurs sur les rythmes joueurs, les gris d’une buée irisée précèdent l’éclat de la lumière. Au climat parfois oppressant d’Et la lune descend sur le temple qui fut succèdent des Poissons d’or brillamment insaisissables, parmi lesquels Stephen Hough se coule en tonalités ondulantes.

    Ainsi renouvellera-t-il après l’entracte les évocations debussystes. La Terrasse des audiences du clair de lune précède les trois Images du livre I, dont chaque titre charme une écoute qui aimerait parfois que les silences prolongent la poésie, telle celle des frémissements des Reflets dans l’eau…, qu’une articulation plus stricte cisèle la sobriété chromatique de l’Hommage à Rameau, ou que de Mouvement la frénésie accole sa rime à fantaisie.

    Entre ces deux belles plages de pièces ravissamment closes sur leur ouverture à la nature et les plaisirs auxquels ne manque qu’une magie imprévisible, la grande forme de la Fantaisie en ut majeur de Schumann provoque très différemment l’attention. En bon architecte, Stephen Hough l’aborde et la construit avec une intelligence maîtresse de ses incidents de parcours. Il y entre sans la main gauche explosive et la droite exaltée souvent liées à l’ampleur de son ouverture. Le toucher n’est plus le même que celui des suggestions précédentes. Les attaques précises, éloquentes, ne pénètrent pas le piano avec cette profondeur de sonorité qui laisse en suspens les doutes ou les tensions. Les ruptures marquées, incisives, soulignées, d’une pensée haletante, les supplantent.

    Elles structurent la perspective de l’œuvre aux chaos magnifiquement construits, suivant à leur manière la directive de Schumann, alors séparé de Clara par son père : À jouer d’un bout l’autre d’une manière fantastique et passionnée. Ainsi rafales, chevauchées de notes ou arpèges martelés affirment l’instabilité volontairement organisée des tumultes qui soulèvent le premier mouvement. Mais cette technique précise et cérébrale étrique les moments d’intimité, occulte le mystère de rêves qui se refusent à clore certains phrasés au calme soudain et trop tôt coupés.

    Les rythmes d’un deuxième mouvement plus héroïque que fiévreux ne favorisent pas davantage son émotion. La pédale y brouille quelque peu la course finale et la provocation de ses sauts. Cette pédale épaissit de même inutilement la beauté toujours dans les nuances douces du Finale lent et soutenu. À son apaisement simplifié, Stephen Hough nous a menés d’une pensée sûre à travers les paradoxes intrinsèques à l’inspiration du compositeur, laissant certains d’entre nous perplexes, ou même frustrés.

    Debussy et Schumann, Debussy et Beethoven. L’autre compositeur allemand et classique que le pianiste oppose avec la même intention à Debussy en deuxième partie de programme est évidemment Beethoven. À la Fantaisie conçue telle une sonate en trois mouvements, écrite par Schumann en hommage à son prédécesseur, correspond la place de la Sonate n° 23 en fa mineur de celui-ci. Celle que Beethoven estimait sa plus grande, dit-on, se prête aux interprétations les plus diverses.

    Ce soir, la détermination de l’architecte prime sur l’éloquence des timbres. Accords assénés, tourbillons et traits de doubles croches auxquels il arrive d’avaler les dernières notes se ressemblent souvent. L’agilité technique n’est pas toujours parfaite. La frénésie du Presto final n’en pourra mais. Plus tempétueuse que dramatique, emportée que tourmentée, si l’Appassionnata s’est enflammée, elle n’a pas découvert son caractère visionnaire.




    Auditorium du Louvre, Paris
    Le 22/11/2017
    Claude HELLEU

    Récital du pianiste Stephen Hough à l'Auditorium du Louvre, Paris.
    Claude Debussy (1862-1918)
    Clair de lune (Suite bergamasque)
    Images, livre II
    Robert Schumann (1810-1856)
    Fantaisie en ut majeur op. 17
    Claude Debussy
    La Terrasse des audiences du clair de lune (Préludes, livre I)
    Images, livre I
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Sonate pour piano n° 23 en fa mineur op. 57 « Appassionata »
    Stephen Hough, piano

     


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