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CRITIQUES DE CONCERTS 13 décembre 2017

Nouvelle production de la Bohème de Puccini dans une mise en scène de Claus Guth et sous la direction de Gustavo Dudamel à l’Opéra de Paris.

Et pourquoi pas ?
© Bernd Uhlig

Oui, pourquoi pas la mise en scène de Claus Guth, certes incongrue, mais qui jamais ne trahit l’atmosphère des scènes si diverses de la Bohème de Puccini ? Avec l’Orchestre de l’Opéra national de Paris et une distribution idéale, Sonya Yoncheva et Atalla Ayan en tête, la direction de Gustavo Dudamel en parfait chaque moment.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 01/12/2017
Claude HELLEU
 



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  • Réacteurs en péril… Le temps est compté… Journées de plus en plus pénibles… faisons resurgir le temps depuis longtemps révolu. Dans la capsule en perdition s’affiche le message que tape un internaute. En lieu et place des toits parisiens couverts de neige généralement aperçus par la lucarne de la mansarde où grelottent Marcello et Rodolfo, une grande vitre découvre l’espace.

    L’entrée de Colline puis de Schaunard, la faim, l’humour, les gestes de cette soirée s’intègrent parfaitement au cadre. La musique participe intrinsèquement de cette atmosphère. Gustavo Dudamel ne cessera d’en éclairer les détails, les nuances, les couleurs, l’expressivité, les subtilités si souvent occultées. À la tête de l’Orchestre de l’Opéra, sa direction révèle le pouvoir d’une partition géniale, chanteurs et pupitres fusionnés.

    Et Mimi apparait en robe rouge de nos jours dans la blancheur de la capsule spatiale. Nous sommes passés dans le souvenir, sans rupture. Dès lors les évocations joyeuses et anarchiques se succèdent. Cependant que situation désespérée…, tape Rodolfo à l’intention de la terre, états de sommeil et de rêve… les heures les plus heureuses de nos vies nous reviennent…, divertissements sur le plateau.

    Sensuelle, ravissamment provocante, Aida Garifullina, la voix légère joliment timbrée, ajoute le piquant de Musette aux artistes désargentés en train de festoyer. Garçons de café, méli-mélo d’images, foule disparate, jongleurs, acrobates, processions d’adultes et de gamins vêtus et chapeautés de noir, cadavre porté sur un brancard, un enfant et son ballon rouge défilent pendant que derrière la vitre un astronaute flotte.

    © Bernd Uhlig

    Entracte. Lever de rideau sur un paysage lunaire de toute beauté. Atterrissage forcé… Tous les contours se brouillent… sommes à la merci du néant. Le temps nous est compté… Chahut à cette vue. Vague de huées, « Au secours !», crie une voix, rires et applaudissements. Les protestataires accueilleront aussi vilainement le metteur en scène venu rejoindre les interprètes, eux tous acclamés après le spectacle.

    Alors que ce que réussit Claus Guth dans ce cheminement vers la mort, issue fatale à toute jeunesse, est prodigieux. Froid, neige, isolement oppressent. Tuberculose de Mimi, pauvreté, sacrifice de l’amour. Sonya Yoncheva est une Mimi de chair et de sang dont le chant subjugue, Atalla Ayan est un Rodolfo digne d’elle. L’entente vocale et sentimentale du couple n’a d’égale que la richesse de leurs voix, chaudes, droites, naturellement puissantes. Artur Rucinski, en Marcello, s’accorde à leur amitié.

    Terminus… ma vie repasse… Mimi est toujours là. Apogée du IV. Tel un magicien, un maître de cérémonie, à la fois mime et clown, l’excellent Guerassim Dichliev, tire un rideau scintillant sur la moitié du plateau d’où il fera surgir l’imaginaire des survivants, doubles qui, le souffle court dans leurs capsules de survie, peuplent le paysage lunaire sur l’autre côté du plateau.

    Cette juxtaposition de désinvolture et de drame prend une dimension que le misérabilisme de la mansarde à nouveau glacée à la veille de Noël réduit à une sentimentalité banale quand reviennent Musette et Mimi mourante. Spectres et fantômes retracent les époques disparues en accord avec la philosophie du roman de Murger qui inspira Puccini. Ce sont les souvenirs qui donnent de la substance à la vie qui s’échappe.

    Rodolfo à terre meurt contre Mimi mourante. Immobilité des autres protagonistes devant le rideau. Seul acteur, la musique prolonge cette fin. Véritable théâtre de la mémoire, c’est un kaléidoscope captivant que nous propose la lanterne magique de Gustavo Dudamel et Claus Guth, unis pour le meilleur de leurs interprètes jusqu’au moindre rôle.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 01/12/2017
    Claude HELLEU

    Nouvelle production de la Bohème de Puccini dans une mise en scène de Claus Guth et sous la direction de Gustavo Dudamel à l’Opéra de Paris.
    Giacomo Puccini (1858-1924)
    La Bohème, opéra en quatre tableaux (1896)
    Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après Scènes de la vie de Bohème d’Henri Murger

    Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris
    Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Gustavo Dudamel
    mise en scène : Claus Guth
    décors : Étienne Pluss
    costumes : Eva Dessecker
    éclairages : Fabrice Kebour
    vidéo : Arian Andiel
    chorégraphie : Teresa Rotemberg
    préparation des chœurs : José Luis Basso

    Avec :
    Sonya Yoncheva (Mimi), Aida Garifullina (Musette), Atalla Ayan (Rodolfo), Artur Rucinski (Marcello), Alessio Arduini (Schaunard), Roberto Tagliavini (Colline), Marc Labonette (Alcindoro), Antonel Boldan (Parpignol), Florent Mbia (un Sergent), Jian-Hong Zhaob (un douanier), Fernando Velasquez (un vendeur ambulant), Paul Lorenger (double de Rodolfo), Guerassim Dichliev (le maître de cérémonie).

     



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