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CRITIQUES DE CONCERTS 19 décembre 2018

Récital du pianiste Daniil Trifonov dans le cadre des Grands Solistes à la Philharmonie de Paris.

Amant corps et âme
© Dario Acosta

Un récital d’une grâce visionnaire, dans une Philharmonie archi-comble avec trois rangées supplémentaires de fauteuils sur scène. Autour de Chopin, Daniil Trifonov tisse un réseau musical dont chaque pièce, de Mompou à Rachmaninov, en passant par Schumann, Grieg, Barber et Tchaïkovski, offre un moment de bonheur tout simplement parfait.
 

Philharmonie, Paris
Le 15/01/2018
Claude HELLEU
 



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  • Il commence avec les Variations sur un thème de Chopin de Mompou. Dévoile la recherche de l’œuvre toute en plans de sonorité sur la simplicité du thème. Nous offre tranquillement, sensuellement, tendrement sa douce plénitude. Le toucher caresse et pénètre la souplesse des figures pianistiques. Arrachements précis et rythmes se mêlent aussi sobrement au chant de l’âme. Quand Daniil Trifonov entre dans les silences, la sonorité se fait mystère. Cet émerveillement de vingt-deux minutes se prolonge d’un florilège de courtes pièces autour d’un Chopin dont il suscite le caractère complexe.

    Extrait du Carnaval de Schumann, le Notturno (Chopin) déroule ses harmonies, orageuses ou élégiaques, ses traits perlés, ses accompagnements d’arpèges idéalement timbrés. L’enchantement perdure sans rupture avec l’Étude de Grieg. Telle la phrase suivante d’un chapitre conçu par Trifonov autour de Chopin, en deux autres minutes la poésie du compositeur nordique, plus sauvage, passe le relais à Samuel Barber.

    Nocturne (Hommage à John Field) nous envoûte d’une expressivité contemporaine au romantisme néanmoins dans la lignée de l’inventeur historique du nocturne quelque années avant Chopin et par suite de celui-ci. Un extrait des Pièces pour piano de Tchaïkovski, Un poco di Chopin, un « blini musical », dixit son auteur, diversifie encore le climat de la prodigieuse unité de ce copié-collé, conclu par les vingt-quatre minutes des Variations sur un thème de Chopin de Rachmaninov. Moins connues que ses variations plus tardives, sur un thème de Corelli ou sur un thème de Paganini, inspirées des Préludes op. 28 du Polonais, elles multiplient rythmes, staccatos, accords, arabesques et autres prouesses techniques dans leur plus radieuse brillance.

    Richesse et évidence de ce montage. La grâce de sa puissance, l’intelligence et l’émotion de son parcours se fécondent avec autant d’aisance que de naturel. Unique en son genre, la richesse de la sonorité subjugue. Voûté sur son clavier, le visage parfois au ras des touches, comme happé par ce prolongement de son corps et de son âme, ou redressé, soulevé, Daniil Trifonov s’incarne dans la musique qu’il transcende. D’où vient, où va ce mutant visionnaire qui n’a pas 27 ans ?

    Après l’entracte, à interprète visionnaire, œuvre visionnaire : la Deuxième Sonate de Chopin. Trifonov y entre avec une sorte de rage. Déchaînement d’accords, d’une audace passionnée, incisifs ou d’une plénitude somptueuse, fortissimo, à la fin d’un Grave-Agitato dramatique. Fureur, violence, détermination du Scherzo impétueux… et pause d’une réflexion, de son introspection avant de s’élancer à nouveau. Lenteur poignante de la Marche, inexorable, fatidique. Grandeur et majesté d’un cortège d’accords, là encore, timbrés au fond du piano, avec cette main gauche toujours si présente qui arpège dans les basses l’implacable avancée funèbre. Presto né de la dernière note, telle une résurrection en triolets d’octaves, balayage victorieux du clavier, tempête somptueuse… ce Finale entre ciel et terre nous laisse dans un rare au-delà.




    Philharmonie, Paris
    Le 15/01/2018
    Claude HELLEU

    Récital du pianiste Daniil Trifonov dans le cadre des Grands Solistes à la Philharmonie de Paris.
    Federico Mompou (1893-1987)
    Variations sur un thème de Chopin
    Robert Schumann (1810-1856)
    Notturno (Chopin) (Carnaval)
    Edvard Grieg (1843-1907)
    Étude (Hommage à Chopin) (Stemninger)
    Samuel Barber (1910-1981)
    Nocturne (Hommage à John Field)
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Un poco di Chopin (Pièces pour piano op. 72)
    Sergueï Rachmaninov
    Variations sur un thème de Chopin op. 22
    Frédéric Chopin (1810-1849)
    Sonate pour piano n° 2 op. 35
    Daniil Trifonov, piano

     


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