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CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2018

Création française d’Only the sound remains de Saariaho dans une mise en scène de Peter Sellars et sous la direction d’Ernst Martínez Izquierdo à l’Opéra de Paris.

Pas peur du vide
© Elisa Haberer

Spectacle fascinant, Only the sound remains marque un nouvel accomplissement dans le travail d’équipe de Kaija Saariaho et Peter Sellars. Parfaitement servie par des interprètes évocateurs, cette proposition sensuelle et contemplative plonge le spectateur dans un mystère épuré, tantôt angoissant, tantôt envoûtant. Une expérience captivante aux confins du vide.
 

Palais Garnier, Paris
Le 27/01/2018
Thomas COUBRONNE
 



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  • Deux chanteurs solistes, une danseuse, un orchestre réduit à un quatuor vocal et sept instrumentistes, et bien sûr le traitement du signal, Kaija Saariaho a su trouver l’exacte matière sonore épousant la lecture mystérieuse que fait Peter Sellars des deux pièces Nô (dans la traduction réputée plutôt lacunaire d’Ernest Fellonosa et Ezra Pound) qui servent de base à ce nouvel opéra imaginé par ce tandem très à l’unisson.

    Autant en effet l’intrigue, tel un haïku théâtral, peut se réduire à une rencontre mystérieuse entre le matériel et le spirituel, entre le monde des hommes et celui des esprits, autant la musique imaginée par la Finlandaise tuile, enchevêtre, dissout les voix dans leur résonance, les timbres instrumentaux dans leur spectre harmonique, superpose les phrasés courts de cordes aux percussions réverbérées par l’informatique, le souffle de la flûte et celui des voix ; on pourrait parler de crépuscule sonore, un entre chien et loup où l’on ne distingue plus l’objet de son reflet, l’instrument de son écho électronique, la voix humaine de la résonance.

    Sellars connaît très bien le Nô, le pratique volontiers, et est à l’origine du choix du livret de la pièce ; sensible à la temporalité exceptionnellement contemplative de ce genre qui évolue aux confins du vide, il insuffle au spectacle une dimension hypnotique par le jeu des acteurs, ritualisé, obsessionnel, stylisé, le travail exemplaire sur les lumières de James F. Ingalls, riche d’ombres portées, de fantômes qui se confondent, de présences chimériques, et la scénographie de Julie Mehretu aux allures de gigantesque calligraphie imaginaire.

    © Elisa Haberer

    À l’inquiétant Tsunemasa, où une inextricable partition de flûte basse aux allures de soupir ininterrompu venu de l’autre monde le dispute à une écriture foisonnante du kantele évoquant le koto, première partie toute baignée de mystère, de pressentiment plus que d’apparition, répond un Hagoromo fascinant, piccolo dans l’esprit des stridences de la musique Gagaku et des chants d’oiseau, dont la lumière culmine dans une danse finale à couper le souffle, pas tant par son rythme irrépressible que par un phénomène acoustique d’ascension dans une matière raffinée jusqu’au céleste par le geste d’Ernest Martínez Izquierdo.

    Entre le théâtre d’ombres de la première partie, soulignant l’engagement puissant du baryton Davóne Tines, félin et haletant, troublé par la présence juvénile de Philippe Jaroussky, et la lumineuse rencontre d’un pêcheur avec un esprit de la lune qui a égaré son manteau miraculeux – un kimono de pure transparence –, l’œuvre invite à la contemplation du mystère, de la beauté, loin de toute psychologie, et l’on ne peut s’empêcher de penser à Pelléas et Mélisande : Saariaho et Sellars l’ont bien compris, il faut parfois laisser la parole au silence, au vide, à l’immobilité.

    Tout comme Debussy, ils doivent beaucoup aux cultures asiatiques, sensibles là où nous analysons, enracinées là où nous cherchons après l’abstraction, silencieuses là où nous remuons bruyamment. Il serait mesquin pour un spectacle si profondément nourrissant de chercher à compter les points et à distribuer les lauriers ; il suffira de dire qu’on chercherait en vain à pinailler tant l’équilibre évident du spectacle, que ce soit au niveau de la conception ou de l’interprétation, confine à la perfection. Une forme d’absolu.




    Palais Garnier, Paris
    Le 27/01/2018
    Thomas COUBRONNE

    Création française d’Only the sound remains de Saariaho dans une mise en scène de Peter Sellars et sous la direction d’Ernst Martínez Izquierdo à l’Opéra de Paris.
    Kaija Saariaho (*1952)
    Only the Sound remains, opéra en deux parties (2016)
    Livret d’Erza Pound & Ernest Fenollosa d’après Tsunemasa et Hagoromo du théâtre Nô

    Commande et coproduction avec l’Opéra d’Amsterdam, l’Opéra de Toronto, le Teatro Real de Madrid et l’Opéra d’Helsinki

    Theatre of Voices / Meta 4
    Elja Kankaanranta, kantele
    Camilla Hoitenga, flûte
    Heikki Parviainen, percussion
    direction : Ernest Martínez Izquierdo
    mise en scène : Peter Sellars
    décors : Julie Mehretu
    costumes : Robby Duiveman
    éclairages : James F. Ingalls
    son : Christophe Lebreton
    ingénieur son : David Poissonnier

    Avec :
    Philippe Jaroussky (Spirit / Angel), Davóne Tines (Priest / Fisherman), Nora Kimball-Mentzos (danseuse).

     



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