altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 22 octobre 2018

Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Gianandrea Noseda à la Philharmonie de Paris.

Un maître des foudres

Très beau programme consacré par l’Orchestre de Paris au XXe siècle à travers Casella, Debussy et Rachmaninov, où après des extraits tout feu tout flamme de la Donna Serpente et de crépitantes Images, le chef italien Gianandrea Noseda déchaîne les éléments dans les Cloches, portées par la présence mortifère d’un Vladimir Vaneev immense.
 

Philharmonie, Paris
Le 31/01/2018
Yannick MILLON
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Le psychopathe triste

  • Brahms transcendé

  • Patchwork vocal

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Quelle énergie déployée à travers ce riche programme par la baguette électrique du maestro Gianandrea Noseda, à même de soulever des montagnes dans chaque partition abordée ! D’abord dans la musique plus que rare au concert d’Alfredo Casella, toujours relégué au purgatoire depuis sa mort en 1947, dont notre chef d’un soir de l’Orchestre de Paris a notamment proposé l’opéra La Donna Serpente complet en 2016 au Teatro Regio de Turin dont il est directeur musical depuis une décennie.

    La Suite n° 2 comporte l’ouverture, joyeux tintamarre qui évoquerait presque la frénésie rythmique de Candide de Bernstein, le même climat dans la Battaglia finale, d’une virtuosité clinquante typique des symphonistes italiens nés dans les années 1880, et enchâssé entre elles, le prélude du III, nettement plus inspiré, qui tire vers le Moussorgski de Boris – la ligne du basson – et des tensions de cordes chères à Chostakovitch.

    Petit détour quasi obligé ensuite par Debussy, à l’affiche partout en cette année du centenaire de sa disparition. Dans les Images, qu’on ne joue que trop rarement en intégralité au seul bénéfice du triptyque central d’Iberia, Noseda ne s’embarrasse à aucun moment de métaphysique, davantage attentif à des lignes de tension fines et exacerbées dès l’entrée d’ordinaire impalpable, ici très active, de Gigues, un brin concrète tout de même alors que l’orchestration, d’une subtilité inouïe, appelle sans doute davantage de délicatesse. Véritable pile électrique, le chef italien n’en bride pas pour autant les solistes de l’Orchestre de Paris, et notamment son hautbois d’amour si finement musical et coloré.

    Iberia, en cassures rythmiques et angles saillants, ne laisse aucun répit, tant dans Par les rues et par les chemins au ternaire décomposé jusqu’à la maniaquerie là où tant de chefs assouplissent à de nombreuses reprises le geste avec une battue à un temps que dans des Parfums de la nuit au suspense hitchkockien, sur le fil du rasoir, plus aiguisés que capiteux, ou un Matin d’un jour de fête d’emblée les yeux grands ouverts et prêt à en découdre. Pour ne rien dire de Rondes de printemps à la rythmique endiablée comme rarement. Mais Debussy supporte sans dommage ces timbres corrosifs, cette rythmique millimétrée qui rappelle parfois l’art de Toscanini.

    Après l’entracte, le Chœur de l’Orchestre de Paris, qui avait appris la partition pour un concert de Rozhdestvenski annulé à la dernière minute en mars 2016, prend une belle revanche dans la symphonie chorale les Cloches de Rachmaninov. Noseda cravache là encore le tissu orchestral avec une intensité foudroyante dans les mouvements impairs, tant dans l’évocation des traîneaux où le ténor solaire de Dmytro Popov et la plasticité du chœur ont fort à faire pour ne pas être engloutis par la masse orchestrale, que dans un troisième mouvement en peinture sonore de l’incendie décrit par le poème de Poe traduit par Constantin Balmont.

    Les volées de cloches du mariage sont caractérisées par la pulpe vocale d’Irina Lungu, mais c’est dans la quatrième partie, où le chef italien réserve de violentes saillies bousculant la mélopée d’un magnifique cor anglais, que l’on atteint des sommets grâce à la présence mortifère de Vladimir Vaneev, basse timbrée clair et accidentée mais immense musicien dont les interventions portent à elles seules l’empreinte de la mort, point d’orgue d’une soirée où Gianandrea Noseda aura été un authentique maître des foudres.




    Philharmonie, Paris
    Le 31/01/2018
    Yannick MILLON

    Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Gianandrea Noseda à la Philharmonie de Paris.
    Alfredo Casella (1883-1947)
    La Donna serpente, suite n° 2
    Claude Debussy (1862-1918)
    Images
    Sergeï Rachmaninov (1873-1943)
    Les Cloches
    Irina Lungu, soprano
    Dmytro Popov, ténor
    Vladimir Vaneev, basse
    Chœur de l’Orchestre de Paris
    préparation : Lionel Sow
    Orchestre de Paris
    direction : Gianandrea Noseda

     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com