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CRITIQUES DE CONCERTS 20 août 2018

Reprise de Dialogues des Carmélites de Poulenc dans la mise en scène d’Olivier Py et sous la direction de Jérémie Rhorer au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Le détail qui rebat les cartes
© Vincent Pontet

Plaisir intact de retrouver les fabuleux décors et la mise en scène incontournable des Dialogues des Carmélites selon Olivier Py, Prix du Syndicat de la critique 2014. En revanche, si le renouvellement partiel de la distribution n’ébranle guère l’équilibre global du spectacle, le changement d’orchestre sinon de chef en fosse rebat totalement les cartes.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 07/02/2018
Yannick MILLON
 



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  • Passons rapidement sur la mise en scène d’Olivier Py, largement commentée dans ces colonnes tant à sa création en décembre 2013 qu’au DVD, et contentons-nous de réaffirmer qu’il s’agit de l’un de ses spectacles les plus incontestables, où chaque image fait sens, où le décor paradoxal de la chambre de la Première Prieure est toujours aussi saisissant, pour ne rien dire des étoiles sur fond noir qui prolongent la mystique du martyre une fois la scène vide au début des applaudissements.

    Attardons-nous plutôt sur l’équipe musicale, où bien plus que le renouvellement partiel de la distribution, un détail change tout : le remplacement du Philharmonia par l’Orchestre national de France, toujours sous la baguette de Jérémie Rhorer. Là où l’on était frappé par le dramatisme, l’âpreté de l’orchestre londonien il y a quatre ans, on se retrouve face à des sonorités beaucoup plus proches de l’esprit français, dont la direction ne semble savoir que faire.

    Surtout, l’alchimie très moyenne entre chef et orchestre produit une exécution crispée, sèche, refusant le lyrisme au profit d’une construction abstraite à la Stravinski, dont on pense souvent ici à la Symphonie de psaumes, qui assèche considérablement l’écrin expressif de Poulenc. Est-ce en raison du faux départ du spectacle, où après le premier tutti, Rhorer s’interrompt pour retourner en loge chercher sa partition, découvrant qu’il avait sous les yeux celle des deux derniers actes ?

    La soirée en sera marquée de manière indélébile, l’ONF paralysé sur les attaques, multipliant les cafouillages, la fosse aux prises avec le tempo du plateau – les passages de Madame Lidoine, où l’on ne sait qui dirige et qui suit. Si quelques moments d’émotion affleurent, au détour d’une jolie nuance après un silence, c’est au prix d’une direction qui peine à s’imposer. On en vient à croire que la mise en exergue géniale de la partie de timbales en 2013 était une proposition de l’instrumentiste, les mêmes interventions étant ce soir totalement anecdotiques.

    Il n’en demeure pas moins qu’une belle distribution est à l’œuvre. Patricia Petibon, plus fébrile, a affiné sa composition de Blanche, moins systématiquement portée sur les sons non vibrés comme expédient expressif principal, moins dure aussi dans les forte, plus ambiguë et complexe, toujours aussi engagée malgré un legato perfectible.

    Sophie Koch, dont le timbre a blanchi, a toujours les contours d’une Mère Marie revêche mais au fond peu sûre d’elle, en dépit d’une intelligibilité limitée et de ces vilaines consonnes qui claquent, transformant le départ « pour l’étranger » du Chevalier en départ « pour les tranchées ». Exotique de couleur sinon de diction, la Première Prieure d’Anne Sofie von Otter a l’art rhétorique pour composer avec l’usure du matériau, gérant parfaitement les passages en voix de poitrine et s’imposant avec une tenue infiniment plus digne que Rosalind Plowright.

    Au final, davantage que Nicolas Cavallier, ronchon et peu naturel en Marquis, ou même que le Chevalier de Stanislas de Barbeyrac, la voix du bon dieu qu’on persiste à trouver trop athlétique dans cet emploi chanté avec une pression virile univoque, on retiendra la Sœur Constance de Sabine Devieilhe, miraculeuse de lumière, de technique tout entière dédiée à l’expressivité et surtout de ferveur, la donnée la plus rare ce soir, qu’elle partage avec la Madame Lidoine fragile, bouleversante d’altruisme et de compassion de Véronique Gens, d’une élégance « à la bonne franquette » typique de l’école française.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 07/02/2018
    Yannick MILLON

    Reprise de Dialogues des Carmélites de Poulenc dans la mise en scène d’Olivier Py et sous la direction de Jérémie Rhorer au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Francis Poulenc (1899-1963)
    Dialogues des Carmélites, opéra en trois actes (1957)
    Livret du compositeur d’après la pièce de Bernanos inspirée d’une nouvelle de Gertrude Von Le Fort.

    Ensemble Aedes
    Orchestre national de France
    direction : Jérémie Rhorer
    mise en scène : Olivier Py
    décors & costumes : Pierre-André Weitz
    éclairages : Bertrand Killy
    préparation des chœurs : Mathieu Romano

    Avec :
    Sophie Koch (Mère Marie de l’Incarnation), Patricia Petibon (Blanche de La Force), Véronique Gens (Madame Lidoine), Sabine Devieilhe (Sœur Constance de Saint-Denis), Anne Sofie von Otter (Madame de Croissy), Stanislas de Barbeyrac (le Chevalier de La Force), Nicolas Cavallier (le Marquis de La Force), Sarah Jouffroy (Sœur Jeanne de l’Enfant Jésus), Lucie Roche (Sœur Mathilde), François Piolino (l’Aumônier du Carmel), Enguerrand de Hys (Le Commissaire), Arnaud Richard (le Second Commissaire / un Officier), Matthieu Lécroart (Thierry / le Médecin / le Geôlier).

     



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