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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Nouvelle production de Kátia Kabanová de Janáček dans une mise en scène de Philipp Himmelmann et sous la direction de Mark Shanahan à l’Opéra de Lorraine, Nancy.

L'acmé de la claustrophobie
© Opéra national de Lorraine

Encore une réussite de plus pour l’Opéra national de Lorraine avec cette Kátia Kabanová de Janáček à la proposition scénique forte quoique pas pleinement convaincante de Philipp Himmelmann, et surtout à la distribution impeccable où domine le rôle-titre d’une Helena Juntunen incandescente, portée par la direction de Mark Shanahan.
 

Opéra de Lorraine, Nancy
Le 04/02/2018
Pierre-Emmanuel LEPHAY
 



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  • On commence à bien connaître Helena Juntunen dans l’Est (elle a beaucoup chanté à Nancy et Strasbourg) et cette Kátia lui va de nouveau à la perfection. La chanteuse est tout aussi capable d’évoquer la fragilité de la jeune épouse dominée par sa belle-mère que la passion auprès de son amant puis la folie qui la pousse au suicide grâce à une malléabilité impressionnante, de la confidence au lyrisme éperdu.

    Son mari Tikhon est incarné par un magistral Éric Huchet, qui malgré son physique de colosse, est parfaitement crédible en mari faible et dépassé par les événements. Il faut dire que Leah-Marian Jones est impressionnante en Kabanicha, la voix est puissante et tranchante et l’artiste n’en fait pas trop. Elle trouve en Alexandre Teliga (Dikoï) un partenaire à sa hauteur car tout aussi impressionnant par le physique et la voix, mais sans doute moins subtil dans l’incarnation.

    Trystan Liyr Griffiths, très beau timbre, aigus impeccables, est parfait en Koudriach, l’amant de Varvara campée, elle, par la franche Eleonore Pancrazi, belle voix ambrée, tandis que Peter Wedd, le troisième ténor de la distribution, nous emporte autant que les deux autres par la puissance de son Boris.

    Tous sont soutenus avec grand soin par Mark Shanahan qui offre une direction très claire, réussissant à porter l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy – hormis dans un prélude un rien brouillon – vers des sommets. Les tempi vont droit au but, vers des finales tonitruants et impressionnants, sauf celui du dernier acte qui, par manque d’ampleur et de largesse, paraît trop expédié. Pour autant, c’est une direction pleine de personnalité qui séduit aussi par une mise en place impeccable.

    Philipp Himmelmann propose une scénographie très originale en plaçant l’action dans un hall d’immeuble de la Russie de la perestroïka, temporalité renforcée par des costumes bigarrés, flirtant parfois avec la vulgarité (Kabanicha, Varvara), ce qui met d’autant plus en valeur la simple robe rouge de Kátia, telle celle que porte l’élue dans le Sacre du printemps selon Pina Bausch, comme si la jeune fille était condamnée d’office.

    La formidable direction d’acteurs apporte beaucoup de vie et d’intensité dans ce décor unique, mais était-il nécessaire de faire autant référence au sexe ? La noblesse des couples amoureux nous semble au-delà de la simple attirance physique, à l’image de l’amour du vieux Janáček pour la jeune Kamila, qui lui inspira ses plus grands chefs-d’œuvre lyriques, et tant les relations saphiques de Glacha et Fekloucha que le rapprochement entre Kabanicha et Dikoï nous paraissent des facilités dans cette œuvre.

    Autre point problématique : la totale absence de la nature, pourtant si présente dans le livret, au profit d’un sentiment de claustrophobie quasi insupportable, renforcé par une mobilité du mur du fond qui ne cesse d’aller de jardin à cour (sans le moindre bruit parasite) durant toute la représentation, donnée sans entracte, et montrant toujours les mêmes éléments : portes d’appartement, compteurs électriques, extincteurs, aquarium. Lorsqu’enfin ce mur s’ouvre vers l’extérieur, c’est pour évacuer Katia et se refermer sur cet univers cauchemardesque.

    Au final, on ressort très marqué quoique pas entièrement convaincu par l’intensité de cette production d’une maison où Philippe Spielmann, son directeur, sait décidément réunir des équipes pour faire de grandes choses.




    Opéra de Lorraine, Nancy
    Le 04/02/2018
    Pierre-Emmanuel LEPHAY

    Nouvelle production de Kátia Kabanová de Janáček dans une mise en scène de Philipp Himmelmann et sous la direction de Mark Shanahan à l’Opéra de Lorraine, Nancy.
    Leoš Janáček (1854-1928)
    Kátia Kabanová, opéra en trois actes (1921)
    Livret du compositeur d’après la pièce l’Orage d’Ostrovski

    Chœurs de l’Opéra national de Lorraine
    Orchestre symphonique et lyrique de Nancy
    direction : Mark Shanahan
    mise en scène : Philipp Himmelmann
    décors : David Hohmann
    costumes : Lili Wanner
    éclairages : François Thouret

    Avec :
    Helena Juntunen (Kátia), Peter Wedd (Boris), Leah-Marian Jones (Kabanicha), Éric Huchet (Tikhon), Alexander Teliga (Dikoï), Trystan Llyr-Griffiths (Koudriach), Eléonore Pancrazi (Varvara), David Ireland (Kouliguine), Caroline MacPhie (Glacha), Marion Jacquemet (Fekloucha).

     



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