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CRITIQUES DE CONCERTS 17 novembre 2018

Concert Mischa Maisky & Friends avec Martha Argerich et Janine Jansen à la Philharmonie de Paris.

La fée du trio

Martha Argerich s’est montrée une fois encore incomparable dans les sonates piano-violoncelle de Beethoven et piano-violon de Schumann, ou en trio avec ses deux partenaires, Mischa Maisky et Janine Jansen, lors de ce concert de la fameuse série & Friends qui accompagne la pianiste argentine dans l’esprit de la musique de chambre depuis des années.
 

Philharmonie, Paris
Le 07/02/2018
Claude HELLEU
 



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  • Ce n’est pas qu’elle le veuille, au contraire, semble-t-il, tant elle se montre tranquille et discrète à l’arrière des archets. Mais sous ses doigts la clarté, le naturel, les nuances du piano pénètrent les phrasés auxquels il participe et, quelles que soient leur justesse, leur ampleur, leur expressivité, les transcendent de sa présence.

    Dès la Sonate pour violoncelle et piano n° 2 de Beethoven, entente et complicité nourrissent le dialogue de Mischa Maisky et de Martha Argerich. Les deux grands musiciens depuis si longtemps amis se répondent et s’unissent dans une compréhension parfaite. Le lyrisme du violoncelle se marie à la douce fermeté du piano, à son énergie latente. Au dramatisme passionné du premier, à son inquiétude persistante, le clavier ajoute des sourires, des moments de désinvolture, des silences en points d’interrogation. Cette expressivité plus nuancée, moins ravageuse et tout autant inspirée d’Argerich donnera toute sa grâce et sa lumineuse sonorité à l’enjouement du Rondo final.

    De même règnera-t-elle sur la Sonate pour violon et piano en fa mineur de Schumann, où l’engagement passionné de Janine Jansen, tend, charge, étire les phrasés auxquels sa partenaire adhère en toute simplicité. Le fugato entre les deux instruments se révèle ainsi plus spontanément timbré au clavier, les épanchements de l’archet privilégiant une intensité dont le piano n’a pas besoin pour irradier la même chaleur. Et dans le percutant Lebhaft final, ce sont ses doubles croches délicieusement perlées qui entraînent le violon dans son plaisir.

    Le grand moment de la soirée nous fut donné dans le Deuxième Trio avec piano de Chostakovitch, composé en 1944 après la mort de son meilleur ami, Ivan Ivanovitch, et qui sera joué aux funérailles de son auteur. La mélodie aux harmoniques du violoncelle, la sensibilité dans la corde de sol du violon, le toucher en retrait du piano nous introduisent gravement dans l’œuvre tragique. L’accord parfait de ses interprètes va perdurer.

    La partition les tient, serre leurs émotions, empêche tout débordement à l’angoisse qui s’impose. L’émergence du clavier, les cordes pour l’entourer, le soutenir, violon épuré, précis, acéré, créent un climat dont la spiritualité ne cessera de s’affirmer, sobre et déchirante. La virtuosité impressionnante du deuxième mouvement, Allegro con brio, se conclut par un glas intensément habité. Funèbre résonnance avant la danse macabre de l’Allegretto final, croches staccato pianissimo d’un clavier au rayonnement décidément exceptionnel, pizz sinistre du violon rejoint par le violoncelle pour s’opposer en complices à la présence du piano, rythme macabre de leur combat mortifère, apothéose de leur réconciliation finale. La rareté et la grandeur d’un tel moment méritaient l’ovation d’un public subjugué.

    Le Premier Trio avec piano de Mendelssohn conclut le concert dans une ambiance plus couramment romantique. Passion du violoncelle sur les syncopes et l’accompagnement innocemment virtuose du piano, avec cette main gauche d’une éloquence comme toujours évidente, contrechant du violon, c’est le piano qui donne le ton de la romance sans paroles de l’Andante con moto tranquillo puis s’efface sans jamais disparaître quand les cordes reprennent sa sérénité, fougue et fièvre du Scherzo déchaîné, où les instruments se poursuivent de sonorités en rythmes irrésistibles, sève du Finale aux joutes brillantes autour d’un clavier telle la fée d’une fête enthousiaste.

    Car au-delà de toute recherche, attentive à tout échange, avec autant de simplicité que de spontanéité Martha Argerich ne cesse d’être l’âme de toute interprétation.




    Philharmonie, Paris
    Le 07/02/2018
    Claude HELLEU

    Concert Mischa Maisky & Friends avec Martha Argerich et Janine Jansen à la Philharmonie de Paris.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Sonate pour violoncelle et piano n° 2 en sol mineur op. 5 n° 2
    Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
    Trio pour violoncelle, violon et piano n° 2 en mi mineur op. 67
    Robert Schumann (1810-1856)
    Sonate pour violon et piano en fa mineur
    Felix Mendelssohn (1809-1847)
    Trio pour piano, violon et violoncelle n° 1 en ré mineur op. 49
    Janine Jansen, violon
    Mischa Maisky, violoncelle
    Martha Argerich, piano

     


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