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CRITIQUES DE CONCERTS 23 septembre 2018

Récital du pianiste Rafał Blechacz dans le cadre de Piano**** à la Philharmonie de Paris.

Musicalité sage
© Felix Broede

Couronné à Varsovie en 2005, Rafał Blechacz a maintenant ses fidèles, comme en témoigne le public de la Philharmonie de Paris. Adoubé parmi les plus grands maîtres du clavier produits par Piano****, le pianiste polonais avait choisi d’interpréter agréablement et sans risques des œuvres de Mozart, Beethoven, Schumann et Chopin.
 

Philharmonie, Paris
Le 12/02/2018
Claude HELLEU
 



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  • La délicatesse du toucher, le grupetto joliment serré, la légèreté des piqués offrent un Rondo en la mineur de Mozart apaisant. La lecture de la partition dont il tourne lui-même les pages guide un chant tranquille où l’on attend vainement une touche d’angoisse. La Sonate n° 8, dans la même tonalité, prolonge cette humeur paisible. Son Andante cantabile con espressione nous berce agréablement mais traîne en longueur. Peut-être Rafał Blechacz n’est-il pas au mieux de ses moyens pour ainsi perpétuer une sagesse attentive mais par trop uniforme, même quand les accords s’assombrissent. La jolie sonorité, sans vraie profondeur, met toute l’agilité du Presto sur le même plan. Mozart a connu plus personnelles évocations.

    Et Beethoven ressemble à Mozart. L’articulation n’est pas toujours limpide. Le rêveur Allegro ma non troppo erre de ci de là, les accords syncopés se répètent, le pianiste tourne tranquillement les pages de sa partition, ralentissant un phrasé pour ne pas le couper et ce geste n’est pas sans le distraire de son expressivité. Les rythmes pointés du Vivace alla marcia ignorent la diversité de timbres de leur polyphonie. L’Andante ma non troppo con affetto tâtonne, un peu brouillon, un peu désinvolte, sa méditation coupée de silences vides. Les doubles croches de l’Allegro ma non troppo final n’ont pas toujours le délié désiré. On a l’impression que Blechacz ne possède pas encore l’œuvre qu’il lit, certes avec un grand respect.

    Deuxième Sonate de Schumann. Le tempo fou permet une fièvre portée à son incandescence. Hélas, les forte puissants, les syncopes chaotiques, les octaves, les accords dépourvus d’élasticité se noient sous la pédale. Quelle que soit l’intimité de l’Andantino, le lyrisme intérieur de Schumann et celui de son interprète se fondent bien calmement ce soir. Le tourbillon du Scherzo n’est pas d’une virtuosité enivrante. Qui s’excite dans le Rondo final, mais sans fébrilité particulière. Ce romantisme aspire à une technique plus éblouissante pour le ressusciter.

    Chopin concluait ce programme. Depuis sa victoire à Varsovie en 2005, le pianiste polonais se présente comme un de ses meilleurs interprètes. Néanmoins, toujours à suivre sa partition – il n’a que 32 ans, on ne saurait le comparer à Richter dans ses dernières années, et qui, lui, avait un tourneur de pages en retrait –, Blechacz a enchaîné les quatre Mazurkas op. 24 au caractère soigneusement différencié.

    Mélancolie de la première, allégresse de la deuxième, évanescence de la troisième, poésie plus complexe de la quatrième, les danses à trois temps se succèdent et donnent tout à entendre de leurs mélodies, harmonies, contrepoints, sans jamais surprendre ou provoquer une écoute de tout repos. Le charme de cet art de salon se perpétue dans la grande salle de la Philharmonie sans se renouveler. Et quand on a sous les doigts un Steinway aussi magnifique que celui qu’André Furno met à la disposition des artistes qu’il produit, c’est dommage de ne pas le solliciter davantage.

    La Polonaise Héroïque, la dixième, termine ce récital avec toute la violence requise. Sa véhémence tape, assène sans se soucier de détails, la précipitation du jeu nuit à sa noblesse, la pédale renforce la confusion, on se souvient que Chopin ne voulait pas que cette Polonaise dramatique fût jouée trop vite et surtout pas dans un « fracas de tonnerre ». Mais à chacun de s’accorder ou non à l’atmosphère de ce programme. Constitué d’œuvres exemplaires, rien n’y a choqué ni charmé vraiment.




    Philharmonie, Paris
    Le 12/02/2018
    Claude HELLEU

    Récital du pianiste Rafał Blechacz dans le cadre de Piano**** à la Philharmonie de Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Rondo en la mineur KV 511
    Sonate en la mineur KV 310
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Sonate n° 28 en la majeur op. 101
    Robert Schumann (1810-1856)
    Sonate n° 2 en sol mineur op. 22
    Frédéric Chopin (1810-1849)
    Mazurkas op. 24
    Polonaise Héroïque en lab majeur op. 53
    Rafał Blechacz, piano

     


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