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CRITIQUES DE CONCERTS 13 décembre 2018

Concert de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse sous la direction de Tugan Sokhiev, avec la participation du violoniste Vadim Repin à la Philharmonie de Paris.

Sombre et éclatante Russie
© Marco Borggreve

Somptueux programme russe pour l’Orchestre du Capitole de Toulouse dans une salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris comble. Deux œuvres étroitement liées à l’histoire sociale et politique de la Russie dans ses heures sombres, mais des pages d’un éclat unique servies par des interprètes d’exception, soliste, chef et orchestre.
 

Philharmonie, Paris
Le 06/03/2018
Gérard MANNONI
 



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  • Cinquante-cinq années séparent ces deux partitions qui ont en commun d’enchaîner leurs mouvements en un seul bloc. Peu connu chez nous, le Concerto pour violon de Glazounov date de 1905, la 12e symphonie de Chostakovitch célébrant quant à elle l’année 1917. Le premier fut créé quelques semaines après une répression sanglante de l’armée tsariste, épisode pré-révolutionnaire tragique. La seconde est née en 1960 pendant une période particulièrement douloureuse de la vie créatrice de Chostakovitch, à la fois persécuté et courtisé par le régime soviétique et se réfère directement à la Révolution de 1917 où s’accomplit ce qu’annonçaient les événements de 1905.

    Dans ce style postromantique porteur encore de tous les acquis et de la sensibilité du XIXe mais annonçant aussi les évolutions du XXe, Glazounov a conçu une formidable partition pour violon d’une virtuosité démoniaque, l’instrument jouant, luttant, flirtant avec une orchestration aux mille couleurs qui ne l’engloutit jamais malgré son propre éclat et sa propre richesse sonore. Vadim Repin met toute son incroyable technique au service de son Stradivarius de 1733 pour nous faire vivre cette épopée intérieure qui alterne grand lyrisme romantique et échappées quasi folkloriques ou tout au moins très marquées par rythmes et couleurs populaires.

    On est certes fasciné par l’art formidable du violoniste, mais on reste totalement sensible à la globalité de l’œuvre où jamais l’orchestre n’est un accompagnateur ou un fond sonore, comme dans ces portraits de grands peintres où le paysage qui sert de décor est aussi attirant, soigné, imaginatif, personnel que le portrait lui-même. D’autant que, disons-le dès maintenant, l’Orchestre national du Capitole et Tugan Sokhiev font aussi une incroyable démonstration de splendeur orchestrale au plus haut niveau. Ce dont bénéficie avec éclat la symphonie de Chostakovitch jouée en deuxième partie.

    À noter que Repin donne avant l’entracte un bis très bien choisi, Adage extrait du ballet Raymonda de Glazounov, petit clin d’œil peut-être au fait qu’il est l’époux de l’une des plus grandes ballerines de notre époque, Svetlana Zakharova, Étoile du Bolchoï.

    Chostakovitch a donc lui aussi choisi de ne pas séparer les mouvements de sa Symphonie n° 12. On glisse donc avec subtilité de Petrograd révolutionnaire à Razliv, à Aurore et à l’Aube de l’humanité, titres de chaque mouvement correspondant à des épisodes bien précis de sa propre histoire et de celle conduisant à l’instauration du régime communiste après la Grande révolution socialiste d’octobre. Il ne s’agit bien sûr en aucun cas d’une quelconque tentative d’illustration sonore des événements ou des lieux mais du vécu de tout cela au travers de la sensibilité artistique du compositeur qui joue comme toujours des sonorités additionnées ou contrastées des différents pupitres, en particulier des cuivres, avec même un étonnant solo de tuba.

    C’est bouleversant de beauté sonore, d’inventivité dans l’écriture, sans une seconde de lassitude pour l’auditeur dans ces quarante minutes de splendeur et de pensée s’exprimant par le truchement du son, avec justement ces glissements d’un climat à l’autre, du Moderato à l’Allegro, à l’Adagio pour revenir à l’Allegro et terminer par un Allegretto triomphant.

    La qualité de l’orchestre est magique, la direction de Sokhiev maîtrisant tous ces plans sonores dans la beauté de chaque instant comme dans leur évolution, leurs alliances et leurs oppositions. Une énorme page orchestrale, prenante, de laquelle on s’arrache avec peine et que les musiciens toulousains et leur chef ont servi de manière magistrale.




    Philharmonie, Paris
    Le 06/03/2018
    Gérard MANNONI

    Concert de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse sous la direction de Tugan Sokhiev, avec la participation du violoniste Vadim Repin à la Philharmonie de Paris.
    Alexandre Glazounov (1865-1936)
    Concerto pour violon et orchestre en la mineur op. 82
    Vadim Repin, violon
    Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
    Symphonie n° 12 en ré mineur op. 112 « l’Année 1917 »
    Orchestre national du Capitole de Toulouse
    direction : Tugan Sokhiev

     


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