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CRITIQUES DE CONCERTS 22 avril 2018

Première au Théâtre des Champs-Élysées, Paris, d'Alcina de Haendel dans la mise en scène de Christof Loy, sous la direction d’Emmanuelle Haïm.

Les charmes cachés de la mélancolie
© Vincent Pontet

Cecilia Bartoli revient à Alcina, quatre ans après sa prise de rôle à l'Opernhaus de Zurich dans la même mise en scène de Christof Loy. À quelques exceptions près, la même troupe débarque avenue Montaigne avec pour changement majeur le Ruggiero de Philippe Jaroussky qui complète une affiche de haute tenue qui vaut à elle seule le déplacement.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 14/03/2018
David VERDIER
 



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  • Innovante en 2014, cette scénographie dut affronter depuis la concurrence du spectacle de Katie Mitchell à Aix. Les angles esthétiques sont curieusement similaires, notamment dans la façon de faire de l'île enchantée d'Alcina un lieu de perdition qui rend compte de l'illusion et de la vacuité de la vie humaine. Même division sémantique de l'espace, avec ce théâtre baroque qui laisse à voir en sous-sol la triste réalité des figurants et des machinistes. La mise en scène surligne de façon assez didactique ce va-et-vient entre avers et revers de la beauté de cette illusion comique. Les trois actes sont construits sur le modèle d'une désillusion progressive qui répond symétriquement à la destinée malheureuse d'Alcina et Ruggiero.

    Christof Loy esquisse une réflexion en forme de Memento Mori amoureux, avec la présence en filigrane d'un Amour visiblement abattu et neurasthénique, incapable de bander son arc au moment opportun. Le vernis se craquèle et l'on voit apparaître des doubles de Morgane et Alcina, dans une forme de laideur et de vieillesse physique exposées sans fard. Par une sorte de symétrie mélancolique, des couples se font et se défont ; Bradamante tombe dans les bras de Morgane pour mieux exciter la jalousie d'Oronte et de Ruggiero, tandis que celui-ci se sépare progressivement d'Alcina. Une ombre fugace de cette esquisse de Così passe sur cette mise en scène. Si la souffrance intime est montrée par petites touches, Loy garde une attention particulière pour Morgane qui passe de l'adolescente casse-pieds à la femme mature.

    On sera plus circonspect concernant le très dispensable ballet final. Les costumes cintrés et les cravates ont remplacé perruques et bas de soie, comme pour montrer une armée de Ruggiero changée en traders modernistes, victorieux de l'ordre ancien de la magicienne Alcina. Pour renforcer la peinture de son désespoir au III, on aura pris soin de couper l'air d'Oronte et c'est la femme blessée qui apparaît en lieu et place de l'ensorceleuse. Dispensable également, ce pesant clin d'œil terminal qui la fait réapparaître dans sa robe à paniers et coiffure pouf, avec Ruggiero qui tombe à nouveau à ses pieds sous le regard courroucé de Bradamante.

    Dans cette pluie de stars, honneur à la reine Cecilia Bartoli – irrésistible dans sa caractérisation scénique et son jeu d'actrice, la voix n'est pas exempte de tout reproche. Précautionneuse dans Si, son quella, elle use d'une palette vibrionnante qui gâche Ah ! mio cor tandis que l'absence de graves laisse sur sa faim dans Ombre pallide. La voix capiteuse (oserait-on dire capitonnée ?) de Varduhi Abrahamyan fait merveille dans le rôle difficile de Bramante, l'épouse blessée qui vient reprendre son Ruggiero tombé dans les griffes d'Alcina. La ligne n'a pas toujours la précision requise (Vorrei vendicarmi) mais l'ampleur et la dynamique de la projection sont vraiment remarquables.

    Philippe Jaroussky retrouve son Ruggiero d’Aix il y a trois ans. Plus à son aise dans les difficultés techniques de Sta nell'Ircana, il prouve dans Verdi prati toutes les qualités d'une voix qui affirme ses couleurs irrésistiblement apolliniennes. Le Melisso de Krzysztof Bączyk confirme un timbre dont l'ampleur sombre séduit durablement. Seul l'Oronte assez sec de Christoph Strehl dépare dans un ensemble qui tient ses promesses. Remplaçant au pied levé Julie Fuchs souffrante en Morgane, Emőke Baráth fait mieux que sauver la soirée, comme en témoigne son Tornami a vagheggiar à la fois délicat et aérien.

    La direction très affirmée d'Emmanuelle Haïm sait trouver la couleur et l'élan adéquats pour offrir à cette Alcina un superbe écrin musical. On peut reprocher çà et là certains accents qui débordent du cadre de l'accompagnement, mais certainement pas la caractérisation volontaire qui parcourt l'œuvre d'un bout à l'autre.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 14/03/2018
    David VERDIER

    Première au Théâtre des Champs-Élysées, Paris, d'Alcina de Haendel dans la mise en scène de Christof Loy, sous la direction d’Emmanuelle Haïm.
    Georg-Friedrich Haendel (1685-1759)
    Alcina, opéra en trois actes (1735)
    Livret de Riccardo Broschi d'après l'Orlando furioso de l'Arioste

    Orchestre et Chœur du Concert d’Astrée
    direction : Emmanuelle Haïm
    mise en scène : Christof Loy
    décors : Johannes Leiacker
    costumes : Ursula Renzenbrink
    éclairages : Bernd Purkrabek
    chorégraphie : Thomas Wilhelm

    Avec :
    Cecilia Bartoli (Alcina), Philippe Jaroussky (Ruggiero), Emöke Baráth (Morgane), Varduhi Abrahamyan (Bradamante), Christoph Strehl (Oronte), Krzysztof Bączyk (Melisso), Barbara Goodman (amour, rôle figurant).

     



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