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CRITIQUES DE CONCERTS 25 mai 2019

Nouvelle production de Simon Boccanegra de Verdi dans une mise en scène de Philipp Himmelmann et sous la direction de Roberto Rizzi Brignoli à l’Opéra de Dijon.

Boccanegra à huis clos
© Gilles Abegg

Sans faute pour l’Opéra de Dijon dans le pourtant périlleux Simon Boccanegra de Verdi, qui bénéficie d’une mise en scène en suffocant huis clos politique dans un décor fermé, d’une très belle et homogène distribution, ainsi que de la direction à la fois colorée et électrisante de l’authentique chef de théâtre Roberto Rizzi Brignoli.
 

Auditorium, Dijon
Le 20/03/2018
Yannick MILLON
 



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  • Pour être l’un des Verdi les plus prisés des directeurs de théâtre (et des critiques), Simon Boccanegra n’affole en général pas autant les foules que les machines à sous Nabucco, la Traviata ou Rigoletto. Entre son livret si peu théâtral, ses intrigues politiques si peu romantiques, sa musique ouvragée mais finalement peu typique du Verdi populaire, il ne faut sans doute guère s’étonner d’un remplissage décevant à l’Opéra de Dijon, dont l’audace est d’autant plus mal récompensée que le spectacle est d’une magnifique homogénéité d’ensemble.

    La mise en scène à huis clos de Philipp Himmelmann, transposée dans les années 1980 d’une dictature de l’Est, se confine dans un palais décrit comme celui des Ceaucescu, murs infranchissables et parois mouvantes, aucune échappatoire vers l’extérieur, l’élément marin au cœur du ressac orchestral de cet opéra se déroulant à Gênes n’étant évoqué que par un très large tableau au mur, en format Panavision et aux reflets aquatiques changeants.

    Le metteur en scène a fait le choix que Maria, dont le livret nous informe seulement de la mort au prologue, apparaisse pendue au bout d’une corde, dans une pièce imbriquée dans le décor principal laissant entrevoir au lever et au tomber de rideau un magnifique (et vrai) cheval noir, symbole du suicide de la jeune femme. Dans cet ouvrage éminemment politique où progressistes et conservateurs sont symbolisés par plébéiens et patriciens, Himmelmann montre à quel point une fois au pouvoir, les plébéiens se coupent par trop de leur base en s’appuyant sur les mêmes structures bureaucratiques écrasantes que leurs opposants, ne pouvant que déclencher la colère de ceux qui les ont élus.

    Avec une direction d’acteurs très classique, le plateau se coule sans peine dans le spectacle. Pépite de la distribution, le Gabriele Adorno de Gianluca Terranova, ténor brillant à la magnifique couleur latine, aux aigus comme à la parade – le Per Dio éclatant du I – ferait presque de l’ombre à son compatriote Vittorio Vetelli, Boccanegra beaucoup moins italien de couleur mais d’une belle projection à peine altérée dans les aigus les plus endurants, qui sait conférer de l’épaisseur aux tiraillements du rôle-titre.

    En Paolo Albiani, Armando Noguerra a les parfaits accents du traître, émission claire et percutante, fiel sous-jacent, l’exact opposé du Jacopo Fiesco de Luciano Batinić, très beau creux dans le grave mais émission souvent encombrée, présenté ici en homme d’église. Enfin, Keri Alkema est une Amelia Grimaldi aux magnifiques ressources, un peu cueillie à froid dans Come in quest’ora bruna, laissant entendre une fois chauffée une voix longue, au vibrato ardent, à l’aise sur toute la tessiture, promenant son lirico-spinto avec un impact stupéfiant dans les ensembles.

    Tout ce beau monde est porté par un Roberto Rizzi Brignoli en parfait mélange entre des décharges électriques typiquement italiennes – la fièvre des scènes de foule, faisant trembler la fosse – et une recherche de couleurs donnant tout leur espace aux silences qui émaillent la partition, dans un flot admirablement modulé et mélancolique dans le prélude et les introductions instrumentales. Comment ne pas noter enfin les stupéfiants progrès du Chœur de l’Opéra de Dijon, à l’heure avec la fosse, aux courtes interventions très articulées, et à la couleur d’ensemble métamorphosée en quelques mois seulement ?




    Auditorium, Dijon
    Le 20/03/2018
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Simon Boccanegra de Verdi dans une mise en scène de Philipp Himmelmann et sous la direction de Roberto Rizzi Brignoli à l’Opéra de Dijon.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Simone Boccanegra, opéra en un prologue et trois actes (1857)
    Version de Milan (1881)
    Livret de Francesco Maria Piave et Arrigo Boito d’après la pièce d’Antonio García Gutiérrez

    Chœur de l’Opéra de Dijon
    Orchestre Dijon-Bourgogne
    direction : Roberto Rizzi Brignoli
    mise en scène : Philipp Himmelmann
    décors : Étienne Pluss
    costumes : Kathi Maurer
    éclairages : Fabrice Kebour
    préparation des chœurs : Anass Ismat

    Avec :
    Vittorio Vetelli (Simon Boccanegra), Keri Alkema (Amelia Grimaldi), Luciano Batinić (Jacopo Fiesco), Gianluca Terranova (Gabriele Adorno), Armando Noguera (Paolo Albiani), Maurizio Lo Piccolo (Pietro), Stefano Ferrari (Un capitaine), Sarah Hauss (Une servante).

     



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