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CRITIQUES DE CONCERTS 24 janvier 2020

Des Canyons aux étoiles… de Messiaen sous la direction de Matthias Pintscher à la Philharmonie de Paris.

Sous la stratosphère
© Eric Mahoudeau

Le mieux est l’ennemi du bien : lestée par une installation lumineuse proche de l’indigence, l'interprétation de superbe facture du trop rare Des canyons aux étoiles… de Messiaen sous la baguette de Matthias Pintscher, avec les forces conjuguées de l’Intercontemporain et des stagiaires de l’Académie de Lucerne, peine à laisser décoller les auditeurs.
 

Philharmonie, Paris
Le 16/03/2018
Thomas COUBRONNE
 



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  • Ĺ’uvre singulière, Des Canyons aux Ă©toiles… agrège tous les Ă©lĂ©ments du langage et de l’inspiration d’Olivier Messiaen, Ă  commencer par les chants d’oiseaux qui justifient avec la force de l’évidence sa programmation au sein de ce week-end thĂ©matique autour des oiseaux. Visionnaire, contemplative, elle prĂ©sente la fresque fauve d'une ascension (de l'Homme et du regard) depuis le dĂ©sert amĂ©ricain jusqu’à la citĂ© cĂ©leste ; les blocs de couleurs s’y heurtent dans une jubilation sauvage, dans une poĂ©sie hors du temps, seulement peuplĂ©e des oiseaux et traversĂ©e de leurs chants.

    Toute virtuosité dehors, l’Ensemble intercontemporain s’attaque à la partition avec le concours de l’Ensemble of the Lucerne Festival Alumni, dans un partenariat comme il en propose régulièrement, mais sans vraiment dépasser les aspects formels de la pièce. On ne trouvera ainsi rien à redire aux textures invraisemblablement sophistiquées de ces nappes de bois et cordes, au fondu absolu des piccolos dans les harmoniques, ou à la perfection d’un pupitre de percussion souverain, comme toujours tellement sollicité chez le compositeur, dont Samuel Favre et Gilles Durot propulsent respectivement au xylorimba et au glockenspiel une énergie rythmique extatique qui traverse les strates de la matière instrumentale.

    Tout aussi maîtrisé, le piano de Hidéki Nagano, millimétré, chorégraphique, radical, ici barbare, là lunaire, est un modèle du genre, et constitue probablement le sommet de spiritualité du concert, libérée de la partition et esquissant un horizon poétique que l’orchestre n’atteindra vraiment que dans les pages les plus planantes (Aldébaran et Zion Park), malgré un engagement et une technicité qui ne sont absolument pas en question.

    Mais peut-ĂŞtre nous laissons-nous alourdir par la bien prosaĂŻque « crĂ©ation visuelle Â» d’Ann Veronica Janssens, dont le seul mĂ©rite est de prĂ©senter des couleurs et d’épouser une conception formelle homogène de la musique, Ă  savoir, l’absence de points culminants, de transitions, au profit d’une Ă©gale importance de chaque instant. Sur ce point, on est servi par cette projection de disques chromatiques, un Ă  la fois, dirigĂ©s alĂ©atoirement sur le plafond de la salle – et dans des couleurs primaires ou secondaires bien loin des subtils reflets colorĂ©s dĂ©crits par Messiaen dans ses partitions.

    Lassante à l’envi, dépourvue de tout pouvoir évocateur, elle pourrait à la limite avoir un effet hypnotique bienvenu, mais il n’en est rien. Cantonné à une écoute hors de tout lâcher-prise, on peine à quitter le sol ; peut-être aussi parce qu’il ne reste pas de place pour le silence et le vide, comblés par l’inexorable mouvement saccadé du projecteur entre deux illuminations musicales. Il est jusqu’à l’Appel interstellaire sophistiqué de Jean-Christophe Vervoitte au cor de paraître bien concret, sans angoisse ni ferveur.

    Attentif à l’agogique, artisan soucieux des textures, le geste toujours élégant et efficace, Matthias Pintscher ne cherche pas à camoufler les ruptures, les angles abrupts, les longueurs même de la pièce. Mais peut-être cette lecture cérébrale manque-t-elle la dimension délirante, extatique, primitive de la vision cosmique de Messiaen ? Sans parvenir à transcender la matière sonore, elle nous laisse bien en-deçà de la stratosphère.




    Philharmonie, Paris
    Le 16/03/2018
    Thomas COUBRONNE

    Des Canyons aux étoiles… de Messiaen sous la direction de Matthias Pintscher à la Philharmonie de Paris.
    Olivier Messiaen (1908-1992)
    Des Canyons aux étoiles… (1974)
    Ensemble intercontemporain
    Ensemble of the Lucerne Festival Alumni
    direction : Matthias Pintscher

     


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