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CRITIQUES DE CONCERTS 22 avril 2018

Récital du pianiste Kit Armstrong au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Une pureté explosive
© Neda Navaee

Bach et Liszt à son programme, l’église et le théâtre, les présente Kit Armstrong, ce disciple d’Alfred Brendel qui lui interdit les concours. Le va-et-vient entre les deux compositeurs qu’en offre le jeune pianiste, par ailleurs compositeur et mathématicien, se révèle aussi passionnant que surprenant dans un récital unique en son genre.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 09/04/2018
Claude HELLEU
 



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  • Un petit film de Michel Mollard précède ce récital passionnant. Kit Armstrong – Bach et Liszt – L’église et le théâtre nous présente le pianiste dans l’église qu’il a achetée, la basilique Sainte-Thérèse de Hirson, dans l’Aisne, devenue son atelier et lieu de manifestations culturelles. Là, il nous parle de ses interprétations. Un préambule inutile mais qui témoigne de son désir humaniste de partage.

    Bach nous y introduit avec trois pièces de l’Art de la fugue. L’admiration de la richesse contrapunctique s’accompagne de quelques étonnements. Une main droite prédominante tamise certaines chevauchées des voix. L’articulation et le toucher neutre uniformisent Contrapunctus II, Contrapunctus VIII, Canon per Augmentationem in Contrario Motu. Sur une recherche de sonorité prime la rigueur intellectuelle.

    Elle s’inscrit dans un cheminement qui, de Bach en Liszt, découvre son avancée. Plante tout aussi sobrement les accords et leurs silences, nets, impassibles, de la Sonate en si mineur de ce dernier. Le mystère en devient absolu : « Ici, ni parole, ni chant mais pure pensée », a dit Brendel. Nous voici subjugués. Naît alors la surprise d’un engagement sans rémission qui jamais n’exagèrera, n’appuiera un phrasé. Son parcours nous happe.

    Les traits saisissent, l’ampleur des accords fascine, octaves staccato triomphantes, les arpèges en triolets, les trilles stimulent lyrisme et émerveillement d’une aventure aussi naturellement méditative que combattive et farouche. Au-delà de tout abandon, dans un climat en perpétuel devenir, la clarté et le naturel du toucher demeurent inflexibles. La moindre insistance est exclue. Pénétrer la partition suffit à sa grandeur. Kit Armstrong nous l’offre dans sa pure splendeur. Et sans quitter le clavier la prolonge de Deux Élégies mystiques, œuvres de la période tardive du compositeur. Un bonheur.

    Deux préludes de chorals de Bach, ces pièces de la liturgie luthérienne qui introduisaient aux chorals chantés par l’assemblée des fidèles, introduisent ce soir la seconde partie du programme. La vitalité, l’allégresse de Schmücke dich, o liebe Seele et Herr Jesu Christ restent respectueusement sages. Comme en attente des flamboiements tourmentés de Liszt dans les Variations sur Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen qui leur succèdent ?

    Armstrong ressuscite une douleur passionnément dominée (Liszt venait de perdre sa fille Blandine). Rafales ou notes isolées, juste enfoncées, sans appui ni résonnance, basses orchestrales, une progression dantesque mais toujours concentrée nous mène à la lumière apaisante d’un aboutissement inspiré d’un choral de Bach, Was Gott tut, das ist wohlgetan (ce que Dieu fait est bien fait), loue Liszt après le cantor de Leipzig. Qui revient dans une Fantaisie chromatique et fugue hallucinante.

    Kit Armstrong transcende sa virtuosité. Le pianiste met le tempérament de Liszt au service de la gloire de Bach. La puissance des élans de la Fantaisie, l’intensité de l’émotion s’épanouissent, splendidement maîtrisées, rarement ainsi osées par les interprètes de Bach. La Fugue prend le relai de cette audace en contrepoints rigoureux avant de se détendre. Des basses somptueuses retrouvent le caractère passionnel de la Fantaisie. Ainsi s’opposent et s’unissent dans la densité des harmonies le dramatisme de celle-ci et la discipline formelle de sa suite. Ainsi s’impose en apothéose l’œuvre aux antagonismes fascinants de Bach.

    S’impose en apothéose la réunion visionnaire de deux compositeurs nés à plus d’un siècle de distance sous des cieux et des cultures différents.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 09/04/2018
    Claude HELLEU

    Récital du pianiste Kit Armstrong au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Johann Sebastian Bach (1685-1750)
    L’Art de la fugue BWV 1080 :
    Contrapunctus II
    Contrapunctus VIII
    Canon per Augmentationem in ContrarionMotu
    Franz Liszt (1811-1886)
    Sonate en si mineur
    Deux Elégies
    Johann Sebastian Bach
    Schmücke Dich, o liebe Seele
    Herr Jesu Christ
    Franz Liszt
    Variations sur Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen
    Johann Sebastian Bach
    Fantaisie chromatique et fugue BWV 903
    Kit Armstrong, piano

     


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