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CRITIQUES DE CONCERTS 20 août 2018

Nouvelle production de Parsifal de Wagner dans une mise en scène de Richard Jones et sous la direction de Philippe Jordan à l'Opéra de Paris.

Un Parsifal mal inspiré
© Emilie Brouchon

Le rideau s'est enfin levé sur cette production de Parsifal, retardée de plusieurs semaines à cause d'un incident technique. Hélas, la montagne accouche d'une souris et Richard Jones ne parviendra pas à remplacer la production Warlikowski. Une fosse également en panne d'inspiration contraint à se tourner vers le cast pour trouver motif à satisfaction.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 20/05/2018
David VERDIER
 



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  • La société du Graal en secte rigoriste et mortifère : voilà qui ne surprendra guère ! Le parti pris de Richard Jones fonctionne autour d'un décor mobile qui se déplace latéralement, et dont la généreuse amplitude fait office de prédelle de peinture religieuse ou de vignettes de bande dessinée. Les espaces sont segmentés et défilent de jardin à cour (et vice versa), contraignant les personnages à vagabonder d'une pièce à l'autre. La communauté donne à lire à ses (jeunes) membres d'épais volumes estampillés WORT. Le verbe se fait chair et plus précisément : muscle. Gurnemanz est en survêtement, les Chevaliers en tenue de sport qui tient à la fois de l'uniforme d'établissement spécialisé, avec parfois d’étranges tuniques pseudo médiévales comme pour marquer une certaine hiérarchie.

    Adeptes d'un amalgame de Gestalt et de méthode naturelle à la mode Georges Hébert, ces membres-chevaliers présentent tous les signes de l'endoctrinement anima sana in corpore sano. Tout se gâte évidemment à l'ouverture du rideau au III. La société a rompu l'équilibre, des rixes fugaces traduisent une fin inéluctable à courte échéance. Il faut dire que tous ces braves jeunes gens sont menacés par un méchant Klingsor qui manipule aussi bien les âmes que les codes génétiques d'étranges plants de maïs. On hésite devant le résultat entre fou rire et soupir de désespoir. Ces Filles-fleurs transgéniques exhibent seins, fesses et sexes gonflés de désir et agités par une des chorégraphies les plus improbables qu'il nous aura été donnée de voir sur une scène.

    La fosse est à la dimension de ce morne spectacle : une approche distanciée et atone dans le détail des reliefs et des modulations, doublée d'une insistance à jouer avec des silences comme pour exprimer une grandiloquence à défaut de tension – l’abîme interminable après le cri de Parsifal au II. Les lignes étirées du I exposent dangereusement les cuivres, tandis que les cordes manquent cruellement de chair. Le prélude du III cumule tous ces défauts, avec une lenteur qui se veut diaphane et ne produit guère que de l'ennui. Seul le II permet à Philippe Jordan de renouer avec le drame et de soutenir réellement le plateau.

    Cette approche est doublement dommageable car en matière de distribution, l'affiche tient globalement ses promesses. L'Amfortas de Peter Mattei domine son rôle de la tête et des épaules, avec autorité et véhémence, sans cette forme de douleur ampoulée qu'on peut parfois y trouver. Anja Kampe assure une magnifique Kundry, parfaitement projetée, remarquable d’expression dans les changements de registre et la couleur générale, qui contrebalance à plusieurs reprises le Parsifal chien fou d'Andreas Schager, regardant vers Siegfried, déviant vers l'héroïsme une forme d'expression qui exige davantage de nuances.

    Au rayon des déceptions, le Gurnemanz de Günther Groissböck fait oublier les belles impressions de son entrée en scène et, progressivement, expose une ligne contrainte et durcie. Chanté à fleur de notes avec un matériau vocal trop fugace, le Klingsor d’Evgeny Nikitin ne marque pas vraiment les esprits. Préparé par José Luis Basso, le Chœur de l’Opéra national de Paris étonne par sa neutralité et sa cohérence aléatoire. Entre les trémulantes voix féminines en coulisses et une voix d'alto étrangement défaillante, on reste malheureusement, ici comme ailleurs, sur sa faim.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 20/05/2018
    David VERDIER

    Nouvelle production de Parsifal de Wagner dans une mise en scène de Richard Jones et sous la direction de Philippe Jordan à l'Opéra de Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Parsifal, ein Bühnenweihfestspiel en trois actes (1882)
    Livret du compositeur

    Chœur de l'Opéra National de Paris
    Orchestre de l'Opéra National de Paris
    direction : Philippe Jordan
    mise en scène : Richard Jones
    décors et costumes : ULTZ
    éclairages : Mimi Jordan Sherin
    chorégraphie : Lucy Burge
    préparation des chœurs : José Luis Basso

    Avec :
    Peter Mattei (Amfortas), Reinhard Hagen (Titurel), Günther Groissböck (Gurnemanz), Andreas Schager (Parsifal), Evgeny Nikitin (Klingsor), Anja Kampe (Kundry), Gianluca Zampieri, Luke Stoker, Alisa Jordheim, Megan Marino, Michael Smallwood, Franz Gürtelschmied (Knappen), Anna Siminska, Katharina Melnikova, Samantha Gossard, Tamara Banjesevic, Anna Palimina, Marie-Luise Dressen (Blumenmädchen), Daniela Entcheva (Alt-solo).

     



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