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CRITIQUES DE CONCERTS 06 juillet 2020

Version de concert de Samson et Dalila de Saint-Saëns sous la direction de Mikhail Tatarnikov dans la série des Grandes Voix au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Alagna au top
© Jean-Baptiste Millot

Ou au sommet, si l’on veut. Le grand ténor français a largement dominé cette version de concert du difficile Samson et Dalila de Saint-Saëns, face à une très solide distribution vocale et à une remarquable direction orchestrale du chef russe Mikhail Tatarnikov à la tête de l’Orchestre national de France et du Chœur de Radio France.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 12/06/2018
GĂ©rard MANNONI
 



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    En allant à l’essentiel, sans hâte excessive mais sans perte de temps, Mikhail Tatarnikov a entraîné masses vocales et orchestrales dans un rythme tonique, donnant à ce livret finalement très statique la vitalité d’une vraie action. Il a su également jouer des énormes possibilités instrumentales du National pour permettre à l’écriture de Massenet de bénéficier des couleurs les plus flatteuses, faisant oublier ce qu’il peut y avoir parfois de très daté dans cette musique lorsqu’elle remplit les obligations du genre grand opéra français avec ballet obligé notamment et danses lascives typiques et petites fantaisies rythmiques affriolantes.

    Tous les rôles moins importants mais tous essentiels étaient parfaitement tenus, par Laurent Naouri (le Grand Prêtre), Alexander Tsymbalyuk (Abimélech), Renaud Delaigue (un Vieillard hébreux), Loïc Félix, Jérémy Duffau et Yuri Kissin, messagers ou Philistins. Remarquables chœurs aussi, véritable personnage supplémentaire.

    Restent les deux principaux héros. Marie-Nicole Lemieux chante à la perfection, belle diction, registres parfaitement soudés sans que l’on sache pour autant très bien comment définir sa voix entre soprano dramatique, dont elle n’a pas toute la puissance naturelle, ou contralto dont elle n’a pas la couleur non plus. Une voix vaillante bien menée, avec intelligence et une vraie conviction théâtrale, mais dont il faut bien reconnaître que le timbre lui-même, peut-être gêné par la tessiture ou l’importance de l’orchestre, manque de charme, et même surtout de sensualité. Mais c’est irréprochable aussi à bien des égards et cette Dalila existe avec force.

    Quant à Roberto Alagna, il s’est montré dans une forme vocale somptueuse, dominant avec une aisance incroyable toutes les difficultés de ce rôle éprouvant : puissance, clarté de la diction et intelligence du texte, qualité du timbre sur toute la tessiture. À ce stade de sa carrière, il est totalement adéquat pour ces grands emplois qu’il aborde et domine, Otello, Samson et bientôt Lohengrin à Bayreuth. On ne lui voit de guère de rival sur ces hauteurs, d’autant qu’il a su garder la silhouette de ses vingt ans ! Malgré tous les mérites des autres, il a réellement plané au-dessus d’eux, comme le font ceux de cette race d’interprètes d’exception à laquelle il appartient sans conteste.

    Ce concert est redonné le 15 juin et sera retransmis sur France Musique le dimanche 24 juin à 20h.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 12/06/2018
    GĂ©rard MANNONI

    Version de concert de Samson et Dalila de Saint-Saëns sous la direction de Mikhail Tatarnikov dans la série des Grandes Voix au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Camille Saint-Saëns (1835-1921)
    Samson et Dalila, opéra en trois actes (1877)
    Livret de Ferdinand Lemaire

    Roberto Alalagna (Samson)
    Marie-Nicole Lemieux (Dalila)
    Laurent Naouri (Le Grand–Prêtre)
    Alexander Tsymbalyuk (Abimélech)
    Renaud Delaigue (un Vieillard hébreux)
    LoĂŻc FĂ©lix (un Messager philistin)
    Jérémy Duffau (Premier philistin)
    Yuri Kissin (Deuxième philistin)
    Chœur de Radio France
    prĂ©paration : Martina Batič
    Orchestre national de France
    direction : Mikhail Tatarnikov

     


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