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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2018

Version de concert de Faust de Gounod dans une version inédite de 1859 sous la direction de Christophe Rousset au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Bizarre bizarre…
© Ignacio Barrios Martinez

On sait le travail magnifique exécuté par les équipes du Centre de musique romantique française de Venise depuis presque une décennie. Fallait-il pour autant rafistoler, dans le cadre de ce Sixième Festival Palazzetto Bru Zane Paris, le Faust de Gounod, qui fonctionne très bien dans sa version ultérieure ? Résultat pour le moins discutable.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 14/06/2018
Gérard MANNONI
 



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  • Beaucoup de travail et de temps ont dû être passés pour reconstituer de manière assez approximative cette version originale de Faust, comme expliqué dans le programme. Inutile de revenir ici sur tous les détails des airs absents et remplacés par d’autres de la version de 1859. Exemple : si l’air de Valentin est assez pompier, le duo avec Marguerite qui le remplace ici est carrément sans intérêt aucun. Pour un certain nombre de raisons dues au goût de l’époque et aux circonstances de sa création, la version 1859 comportait des dialogues parlés.

    On les a reconstitués et refondus. Cela n’a pour effet que de rallonger l’œuvre, d’en couper l’unité musicale et dramatique, bref de tout remettre au ras des pâquerettes, d’autant que, comme presque toujours, les chanteurs ne sont pas à l’aise avec les textes dits. Certains, comme l’excellent Benjamin Bernheim, n’en font pas assez. D’autres, comme Ingrid Perruche en Dame Marthe, en font dix fois trop. Bref, on attend avec impatience que la musique revienne.

    Cette dernière sonne de manière différente, confiée à Christophe Rousset et à ses musiciens des Talens Lyriques. C’est le plus intéressant de l’entreprise, d’abord par la qualité de l’interprétation, intelligente, aux couleurs finement travaillées et qui met en valeur les idées de Gounod mieux que les plus lourdes versions suivantes. Car, de même que la plupart des grands opéras romantiques, Faust a connu de multiples tripatouillages par son compositeur lui-même et par quelques autres au fil des années suivant sa création. Si on ne sait plus très bien toujours si ce qu’on entend est vraiment de Gounod ou de ceux qui viennent de réécrire ou même de composer totalement des passages manquants de la partition dite originale, la partie orchestrale reste convaincante. Mais que ces dialogues sont mièvres et jouent les trouble-fête !

    Car la distribution, inégale, a aussi ses valeurs fortes. Le Faust de Benjamin Bernheim, d’abord, vaillant, aisé, bien musical, même si le timbre manque encore un peu de personnalité. Mais tout le reste de ce qu’il fait est superbe. Véronique Gens est une Marguerite très adaptée au contexte orchestral, c’est-à-dire assez légère, mais ce n’est pas un reproche à lui faire, car des voix encore moins corsées ont abordé le rôle dans le passé. Elle chante avec subtilité, très engagée aussi et le plus souvent émouvante, surtout dans son deuxième air, celui des bijoux manquant tout de même d’abattage.

    Le Valentin de Jean-Sébastien Bou est très bien chanté, même si l’air qui remplace celui que l’on connaît n’est guère flatteur, tout comme celui qui, chez Méphisto, remplace celui du premier acte. Et comme Andrew Foster-Williams n’a ni la voix ni l’impact du personnage, de toute façon, ce Méphisto pourtant si fondamental dans l’œuvre, a fâcheusement ici tendance à jouer les seconds couteaux. Belle intervention d’Anas Séguin en Mendiant, qui remplace en quelque sorte Wagner, mais le Siebel de Juliette Mars est bien effacé. Les chœurs font leur travail sans éclat particulier.

    Que conclure d’une telle expérience ? Qu’elle n’est pas dénuée d’un intérêt philologique, mais qu’en aucun cas elle n’est plus cohérente, ni dramatique, ni intéressante que la version qui s’est imposée partout depuis, d’autant qu’il est bien difficile de savoir ce qui est authentique ou refait aujourd’hui seulement, et que la plupart des airs ou chœurs absents ne sont remplacés par rien de meilleur. Et de toute façon, la présence des dialogues est un fléau. Si Gounod les a supprimés dès 1866, il savait ce qu’il faisait… Alors, on sort de là après une bien longue soirée, plein d’admiration pour tous ceux qui ont travaillé à cette expérience, mais en restant très perplexe sur sa nécessité.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 14/06/2018
    Gérard MANNONI

    Version de concert de Faust de Gounod dans une version inédite de 1859 sous la direction de Christophe Rousset au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Charles Gounod (1818-1893)
    Faust, opéra en quatre actes (1859)
    Livret de Jules Barbier et Michel Carré d’après Goethe
    Version inédite de 1859

    Benjamin Bernheim (Faust)
    Véronique Gens (Marguerite)
    Juliette Mars (Siebel)
    Ingrid Perruche (Dame Marthe)
    Andrew Foster-Williams (Méphistophélès)
    Jean-Sébastien Bou (Valentin)
    Anas Séguin (un mendiant)
    Chœur de la Radio Flamande
    Les Talens Lyriques
    direction : Christophe Rousset

     


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