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CRITIQUES DE CONCERTS 23 septembre 2018

Récital Schubert de Radu Lupu dans le cadre de Piano**** à la Philharmonie de Paris.

Illusions perdues
© Fred Toulet

Prévu au début du mois, ce récital de Radu Lupu à Piano**** avait dû être reporté et le programme modifié. Adieu Fantaisie de Schumann et Saisons de Tchaïkovski, bonjour Schubert, entre la mineur (D 784) et la majeur (D 958), les six Moments musicaux. Un beau programme mais à l'arrivée, l'impression décevante d'un souvenir qui n'est plus – hélas – réalité.
 

Philharmonie, Paris
Le 12/06/2018
David VERDIER
 



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  • La mémoire de l'auditeur fidèle peine à se défaire des souvenirs qui remontent irrésistiblement à la surface de la mémoire, surtout lorsque l'affiche annonce Radu Lupu dans Schubert et que surgissent les échos d'un récital donné Salle Pleyel en 2011 où figurait en seconde partie une autre Sonate en la mineur, la D 845 – certainement parmi les plus belles entendues. Mais il faut apprendre à oublier pour que l'écoute puisse encore trouver un sens, sauf à se résoudre à ne plus sortir et se replier sur des enregistrements qui ne sont désormais que le miroir (déformant) de la triste réalité.

    Jamais sans doute Moments musicaux n'auront à ce point aussi mal porté leur nom car les doigts qui se posent sur le clavier cherchent leurs marques et naviguent à vue vers la barre finale. Du Moderato initial, il ne reste que les contours vaguement esquissés par une nervosité aussi audible que déplorable. Le balancement fragile des triolets laisse affleurer une précarité de la justesse qui handicape considérablement quand il s'agit de discerner entre l'élégance de la vision et le manque de moyens. L'Allegro moderato retrouve son équilibre, posé sur un deux temps au tempo très bonhomme et précautionneux, tandis que l'Allegro vivace implose littéralement par l'à peu près des modulations et la mollesse du staccato. Privé de toute géométrie, l'Allegretto final coule comme une lumière à la fois lente et douce.

    Cette recherche d'une beauté indolente plane irrémédiablement sur la Sonate en la mineur, maintenue la tête sous l'eau par un tempo de plomb et des gouffres béants en guise de respiration. On se lance à tâtons dans un Andante où les doigts cherchent l'air qui manque à des cieux depuis longtemps obscurcis. Les exigences et la virtuosité de l'Allegro vivace font cruellement défaut, au point où le malaise point à se faire les témoins d'un naufrage où ne surnagent des sonorités trop fugaces et trop éphémères pour que l'on s'en contente.

    Redoutant de pénétrer à nouveau dans la salle pour une seconde partie qui annonce la grande Sonate en la majeur D 959, on se trouve surpris par une ligne de chant enfin retrouvée et un équilibre des deux mains moins approximatif qu'en première partie. L'énergie des marches harmoniques n'a pas encore l'assurance des grands soirs mais on sort du cadre étroit de l'aquarelle pour aller vers le grand format. Le lancinant et fragile Andantino est moins chorégraphique qu'il n'y paraît au premier abord, en témoigne un passage médian aux chromatismes brouillons et dégingandés.

    Les accords plaqués trop fébrilement fissurent d'étranges changements de tonalité un discours décousu. Tandis que le Scherzo s'apparente à un passage à gué mouvementé, l'Allegretto final vogue entre grains et accalmies vers une conclusion où l'on sent la volonté de maintenir l'harmonie et le chant contre l'évidence d'une main gauche qui trop souvent se dérobe et crée des contrechamps aléatoires.




    Philharmonie, Paris
    Le 12/06/2018
    David VERDIER

    Récital Schubert de Radu Lupu dans le cadre de Piano**** à la Philharmonie de Paris.
    Franz Schubert (1797-1828)
    Six moments musicaux D 780
    Sonate pour piano n° 14 en la mineur D 784
    Sonate pour piano n° 20 en la majeur D 959
    Radu Lupu, piano

     


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